Lecture Zen Résumer l'article Le 13 septembre 1985, le pilote américain Wilbert « Doug » Pearson devient le premier — et reste le seul — à détruire un satellite depuis un avion de combat. Conçu pour neutraliser des satellites soviétiques pendant la guerre froide, le missile ASM-135 a percuté Solwind sans charge explosive, à une vitesse relative d’environ 24 000 km/h. L’essai a généré des débris qui sont restés en orbite jusqu’en 2004, contribuant à l’interdiction des tirs contre des satellites et à l’abandon du programme en 1988.
Le 13 septembre 1985, le pilote américain Wilbert « Doug » Pearson devient le premier — et reste le seul — à détruire un satellite depuis un avion de combat. Conçu pour neutraliser des satellites soviétiques pendant la guerre froide, le missile ASM-135 a percuté Solwind sans charge explosive, à une vitesse relative d’environ 24 000 km/h. L’essai a généré des débris qui sont restés en orbite jusqu’en 2004, contribuant à l’interdiction des tirs contre des satellites et à l’abandon du programme en 1988.
Recevez tous les soirs un résumé de l’actu importante avec Le Récap’ Le 13 septembre 1985, le major américain Wilbert « Doug » Pearson a détruit le satellite Solwind, à 555 kilomètres d’altitude, avec un missile tiré depuis son F-15 Eagle. Plus de 40 ans après, il reste le seul pilote à avoir abattu un satellite depuis un avion. Chez les pilotes de chasse, on devient un « as » après cinq victoires aériennes.
Tel était le cas du Baron Rouge, l’Allemand Manfred von Richthofen, ou de la Cigogne Blanche, le Français René Fonck. Wilbert « Doug » Pearson, pilote d’essai de l’US Air Force, n’en compte qu’une, et sa cible était dans l’espace, à 555 kilomètres d’altitude. Cette victoire unique est surtout très symbolique.
L’aviateur a en effet été le premier au monde à abattre un satellite depuis son avion. L’affaire se passe le 13 septembre 1985, il y a plus de 40 ans. Au large de la Californie, Wilbert Pearson cabre son McDonnell Douglas F-15 Eagle, lui fait prendre de l’altitude et tire un missile pour détruire le satellite américain Solwind P78-1.
Coup au but. Wilbert Pearson est depuis ce jour le seul pilote à avoir abattu un satellite à bord d’un avion de combat. Une prouesse militaire, qui a cependant laissé 285 fragments en orbite pendant 19 longues années ; typiquement le genre de nuage de débris qui provoque aujourd’hui un tollé international à chaque essai d’arme antisatellite (ASAT).
Un F-15 avec l’ASM-135 ASAT. // Source : USAF Pourquoi vouloir tirer sur un satellite ? Parce que la guerre froide entre les États-Unis et l’URSS était à son apogée, et que Moscou testait depuis les années 1960 des engins qui rejoignaient leur cible en orbite avant d’exploser. Qui plus est, Washington avait vécu un « moment Spoutnik » traumatisant en 1957 : le pays s’était fait survoler par le premier satellite artificiel de la Terre, et il était soviétique !
La Maison-Blanche voulait donc pouvoir neutraliser les satellites espions soviétiques, notamment ceux qui suivaient ses porte-avions. En 1978, le président démocrate Jimmy Carter a lancé le programme qui a donné l’ASM-135 ASAT, un missile à trois étages conçu par Ling-Temco-Vought Aerospace (LTV Aerospace). En réalité, l’ASM-135 ASAT n’était pas un projet inédit.
L’Amérique avait déjà tenté le coup depuis les airs, et cela dès octobre 1959. Hélas, le missile Bold Orion tiré depuis un bombardier B-47 était passé à environ 6 kilomètres du satellite Explorer 6, trop loin pour le détruire. À cette distance, seule une tête nucléaire assez puissante aurait pu détruire la cible.
Et votre vie numérique devient sereine Bitdefender Premium Security est une solution de cybersécurité européenne qui vous protège automatiquement contre les pirates et toutes les menaces du web. Profitez de vos activités en ligne en toute tranquillité Sponsorisé La cybersécurité est en promo Par la suite, les États-Unis ont misé sur des missiles tirés depuis le sol et armés de têtes nucléaires (Nike Zeus, puis le programme 437 dérivé du PGM-17 Thor, déployé jusqu’en 1975), avant de chercher une autre voie : en effet, une explosion nucléaire en orbite aurait aussi endommagé leurs propres satellites. L’ASM-135 ASAT. // Source : Balon Greyjoy Le dernier étage de l’ASM-135, le Miniature Homing Vehicle, pesait 14 kilogrammes et ne portait aucun explosif.
Guidé par un capteur infrarouge, il devait percuter sa cible de plein fouet (les ingénieurs parlent d’impact cinétique : la vitesse de la collision suffit à tout détruire). Quant au missile lui-même, il pesait 1 180 kilogrammes. Il ne fallait pas non plus utiliser n’importe quel avion.
Wilbert Pearson a fait savoir au magazine Air & Space, en 2018, que le F-16 n’avait pas assez de garde au sol (avec le missile accroché sous le fuselage, il aurait touché la piste au décollage). C’est donc le F-15 qui a été retenu pour amener l’ASM-135 à 11,6 kilomètres d’altitude avant de le lancer. Pour aller plus loin Sondes, satellites, bombes… les bonnes et les (très) mauvaises idées du nucléaire dans l’espace Un tir réglé à la seconde près Initialement, il était prévu de conduire le tir le 4 septembre 1985, mais tout a été annulé à la dernière minute : des élus du Congrès et la Federation of American Scientists avaient saisi la justice pour bloquer l’essai, parce que la Maison-Blanche avait prévenu le Congrès 14 jours avant, au lieu des 15 exigés par la loi.
D’autres craignaient par ailleurs que Moscou perçoive un tel exercice comme une provocation, alors que Ronald Reagan, alors en poste à la Maison-Blanche, devait rencontrer son homologue soviétique Mikhaïl Gorbatchev deux mois après. Mais finalement, le report de tir n’a été que de quelques jours. Le 13 septembre, donc, Wilbert Pearson a volé pendant trois heures et demie jusqu’au point de tir, avec un ravitaillement en vol, en suivant des points de passage calculés à la seconde.
À environ Mach 1,2, soit à une vitesse supersonique, il a cabré son avion à plus de 60 degrés, et le missile s’est détaché à plus de 11 kilomètres de haut. Le tir de l’ASM-135 ASAT. // Source : USAF L’ASM-135 a ensuite percuté le satellite de 910 kilogrammes à une vitesse relative d’environ 24 000 kilomètres par heure (les deux engins fonçaient l’un vers l’autre). Le satellite, qui fonctionnait encore à ce moment-là, était un observatoire solaire lancé en 1979.
Il avait dépassé sa durée de vie prévue, ce qui n’en faisait pas une immense perte. Wilbert Pearson ne pouvait pas voir l’impact, car celui-ci s’est produit à des centaines de kilomètres du F-15. En revanche, il avait convenu d’un code avec un ami resté en salle de contrôle.
Celui-ci devait lui dire de rester à son altitude actuelle (36 000 pieds) en cas de succès ou bien de redescendre un peu (28 000 pieds) en cas de raté. D’après l’intéressé, il n’a pas eu besoin d’entendre le message codé de son ami. Dès qu’il a ouvert son micro, l’aviateur a entendu toute la salle hurler de joie.
Aggie-1, son indicatif d’appel, a donc su tout de suite que son tir avait réussi. Wilbert Pearson est ainsi entré dans l’histoire avec une seule victoire, remportée contre un satellite. 285 débris, puis un programme enterré La suite de l’histoire pour l’ASM-135, en revanche, a été moins heureuse.
D’abord, parce que le choc a produit, on l’a dit, 85 débris assez gros pour être suivis depuis le sol, et le dernier n’est retombé qu’en mai 2004. De plus, on s’est rendu compte du risque que ces fragments faisaient courir aux autres activités spatiales. L’agence spatiale américaine, qui avait modélisé l’essai, craignait même de devoir renforcer le blindage de sa future station spatiale.
Le Congrès a vite mis le holà à ces essais : en décembre 1985, les parlementaires ont interdit les tirs contre des cibles en orbite, au lendemain du lancement par l’US Air Force de deux satellites cibles prévus pour la suite du programme. La Maison-Blanche a mis le holà. // Alexey Topolyanskiy Le coût du programme a aussi explosé, passant de 500 millions à 5,3 milliards de dollars (environ 450 millions et 4,7 milliards d’euros au taux de change actuel, sans compter l’inflation). Trois ans après le tir, en 1988, l’administration Reagan a finalement enterré le programme, en invoquant des problèmes techniques, des retards et la dérive des coûts.
En fin de compte, quinze missiles ASM-135 ont été produits (l’US Air Force en prévoyait 112) et cinq ont été tirés, dont un seul sur un vrai satellite. Wilbert Pearson, lui, a fait toute sa carrière dans les essais en vol. Il a fini par prendre sa retraite en 2005 avec le grade de général de division, à la tête du centre d’essais en vol de l’US Air Force, à Edwards, la base d’où partaient déjà les vols du programme antisatellite.
Quant au F-15 de Pearson, surnommé « Celestial Eagle », il a revolé en 2007 pour les 22 ans du tir, piloté par son fils, le capitaine Todd Pearson. Toute l'actu tech en un clin d'œil Ajoutez Numerama à votre écran d'accueil et restez connectés au futur ! Installer Numerama Le futur n’attend pas : anticipez l’avenir des nouvelles technologies et de l’IA en lisant gratuitement ToujoursPlus, chaque jeudi dans votre boîte mail !
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