Vue sur la tour du Centre Lakhta, siège du groupe russe Gazprom, le 1er octobre 2026 à Saint-Pétersbourg (Russie). Photo Timur Kasumov/Anadolu/AFP “Ne creuse pas de fosse pour autrui, tu pourrais y tomber toi-même” : c’est par cet adage populaire que Vladimir Poutine a commenté, le 27 octobre, les tentatives d’isoler la Russie du marché du gaz mondial. Le dirigeant russe, qui présidait un forum économique réunissant les pays exportateurs de gaz, a suggéré à cette occasion une reprise des livraisons de gaz vers l’Europe. “En apparence conciliante”, cette déclaration de Poutine “dissimule un strict pragmatisme : il s’agit moins de sauver l’Europe que [d’assurer] l’avenir des exportations de gaz russe”, analyse le magazine russe Monocle.

Cet hebdomadaire économique aligné sur les orientations de l’État l’affirme sans détour : il est temps pour le gaz russe de retrouver le marché européen. À lire aussi : Énergie. L’Europe a augmenté ses importations de gaz russe avant l’interdiction totale Ajouter aux favoris Jusqu’à récemment encore, une telle perspective apparaissait inenvisageable.

Qu’elle soit désormais énoncée semble traduire l’actuelle tendance diplomatique : l’administration Trump cherche un terrain d’entente avec Moscou, tandis qu’en Europe, certaines lignes bougent pudiquement. Dans cet article publié le 2 novembre, le journaliste Evgueni Ogorodnikov analyse l’état du marché mondial et prédit une situation “extrêmement douloureuse et difficile” pour les acheteurs de gaz dont les prix, “déjà élevés, pourraient dans les mois à venir s’envoler vers la stratosphère”. Vladimir Poutine a donc choisi “le moment idéal” pour proposer une reprise des livraisons de gaz vers l’Union européenne, écrit-il.

Concurrence accrue Comme les autres publications favorables au Kremlin, Monocle a longtemps minimisé les conséquences des sanctions économiques infligées à la Russie. Or le journal concède ici les pertes du géant Gazprom, qui “a construit son modèle économique autour du marché européen pendant des décennies” : “Des gisements ont été mis en exploitation et des milliers de kilomètres de gazoducs, des stations de compression et des installations de stockage souterrain ont été construits. Des sommes colossales ont été investies.

Une part importante des capacités est désormais inutilisée ou exploitée bien en deçà de son potentiel. La perte du marché européen s’est traduite par une chute brutale des revenus de l’entreprise à l’exportation. Et même une augmentation des livraisons vers la Chine ne suffira pas à rentabiliser les infrastructures situées dans la partie occidentale du pays.” À lire aussi : Énergie.

Bruxelles dit stop à “un demi-siècle de coopération énergétique” avec la Russie Ajouter aux favoris La Russie a donc tout intérêt à retrouver le marché européen, soutient l’auteur. Seulement, la fenêtre d’opportunité est étroite, car “le marché mondial se prépare à une nouvelle vague d’offre” : dans les cinq prochaines années, d’importants projets de production de GNL [gaz naturel liquéfié] vont être lancés aux États-Unis, au Canada, en Afrique et au Moyen-Orient, et la concurrence va s’intensifier. D’où l’avertissement de Monocle : “Aujourd’hui, il est encore possible de se battre pour le client européen.

Dans cinq ans, celui-ci pourrait se retrouver lié par des contrats à long terme avec d’autres fournisseurs. Pour la Russie, cela représente le risque de perdre définitivement une partie de son ancien marché.” Courrier international Énergie Tensions Russie-Europe Europe Gazprom Énergies fossiles Sur le même sujet Article réservé aux abonnésGéopolitique. Kaliningrad, l’“île russe” qui attise la militarisation en Europe Écouter l’article Ajouter aux favoris Vu de Kiev.

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