Il fut un temps où le divertissement à bord d'un avion se résumait à quelques canaux musicaux, un casque à la qualité douteuse et, pour les plus chanceux, un film projeté sur un écran commun (demandez aux ministres, encore jusque fin 2010 ils se coltinaient un écran de 10 pouces à peine, suspendu au-dessus d’une rangée sur deux, qui diffusait un film sur Video8. Si si). Les choses ont bien changé depuis, et United Airlines compte désormais aller encore plus loin : la compagnie américaine intègre Spotify directement dans les écrans individuels de ses appareils, avec l'aide de Starlink.

De quoi retrouver ses playlists préférées à 11 000 mètres d'altitude, sans même sortir son smartphone. Une app dédiée entièrement maison. macOS va être jaloux, lui qui se traîne une app codée en CEF. Image Spotify.

L'annonce, rapportée par The Verge, marque une nouvelle étape dans la modernisation des systèmes de divertissement en vol, les fameux IFE (In-Flight Entertainment). United Airlines a développé une application Spotify native, directement intégrée aux écrans situés au dos des sièges. Les passagers peuvent ainsi se connecter à leur propre compte pour retrouver leur bibliothèque musicale, leurs playlists, leurs podcasts et même leurs podcasts vidéo.

L'idée paraît presque banale à une époque où chacun dispose de plusieurs services de streaming dans sa poche. Pourtant, elle représente un changement important pour l'industrie aéronautique, longtemps contrainte de faire fonctionner ses systèmes de divertissement sans connexion permanente à Internet. Des cassettes audio aux satellites Pendant des décennies, les compagnies aériennes ont dû composer avec une contrainte assez évidente : à 900 km/h au-dessus de l'Atlantique, difficile de tirer un câble Ethernet jusqu'au sol.

Les contenus proposés aux passagers étaient donc stockés directement dans les systèmes embarqués, avec des catalogues mis à jour périodiquement, d’abord sur BGM (Background Music, voir TechMoan qui en a décortiqué une pelletée) puis sur disque dur. La FAA découvre le XXIe siècle : les disquettes prennent enfin leur retraite Les plus anciens se souviendront peut-être des écouteurs à tubes acoustiques, ces étranges dispositifs qui transmettaient le son par deux tubes en plastique. Ils ont progressivement laissé leur place aux prises audio classiques (souvent au format double mini-jack mono), puis aux écrans individuels et aux systèmes multimédias de plus en plus évolués.

Non, ce n'est pas un sthétoscope. Vous n'entendrez pas le rythme cardiaque des réacteurs avec. Image Reddit.

L'arrivée du Wi-Fi à bord a commencé à changer la donne, mais les premières générations de connexions satellitaires avaient leurs limites. Entre les débits parfois faméliques, les coupures et une latence à faire regretter le modem 56K, regarder une vidéo en streaming relevait régulièrement de l'exploit. C'est précisément ce que Starlink entend faire oublier.

Starlink met les gaz United Airlines déploie actuellement la connexion satellitaire de SpaceX sur l'ensemble de sa flotte. Contrairement aux solutions reposant sur des satellites géostationnaires, situés à environ 36 000 kilomètres d'altitude, Starlink utilise une constellation de satellites en orbite basse, permettant de réduire considérablement la latence. Essai de Starlink dans un avion Air France : les performances du Wi-Fi s’envolent Selon Grant Milstead, vice-président chargé du numérique chez United, les performances obtenues sont suffisamment bonnes pour permettre aux passagers de regarder des contenus en streaming sur les écrans individuels sans interruption.

La compagnie explique même avoir pu se passer de certaines optimisations complexes autrefois nécessaires pour compenser les limitations des connexions en vol. Autre avantage mis en avant : la couverture géographique, notamment dans les régions polaires traversées par certaines liaisons transatlantiques et transpacifiques. De quoi transformer progressivement la cabine en salon connecté, à une différence près : impossible de demander au voisin de baisser le volume de son casque diffusant du Jul à volume totalement déraisonnable sans risquer de déclencher un incident diplomatique au rang 32.

Spotify n'est qu'un début Le partenariat entre United Airlines et Spotify ne date pas d'hier. Initialement, les deux entreprises envisageaient simplement de proposer des contenus musicaux préchargés dans les systèmes embarqués. Elles ont finalement préféré aller plus loin en permettant aux passagers d'accéder directement à leurs comptes personnels.

Air France fait décoller Apple TV à bord de ses long-courriers Et la compagnie ne compte pas s'arrêter là. Spotify doit servir de modèle pour l'intégration d'autres plateformes de streaming dans les années à venir. United Airlines sait néanmoins que son avantage technologique pourrait être de courte durée.

Plusieurs compagnies aériennes ont déjà engagé leur transition vers des connexions satellitaires à haut débit, et le Wi-Fi rapide devrait progressivement devenir aussi banal que la présence d'un écran individuel. La véritable différence se fera donc sur les services proposés aux passagers, plutôt que sur la seule connexion Internet. Chacun son Bose, pas de jaloux.

Mais lui n'écoute pas le dernier Lady Gaga, contrairement aux passagers. Spotify n'est pas inclus dans le cockpit, sniff… Image Bose.

Reste une question essentielle : maintenant qu'il devient possible d'écouter sa propre musique pendant tout le vol, combien de passagers lanceront Danger Zone au moment du décollage ? Les amateurs de Top Gun ont probablement déjà leur réponse.