Pour célébrer l'événement, la Bretagne a choisi un lieu symbolique : le Cap Fréhel, dans les Côtes-d'Armor. Le raccordement à la fibre de son célèbre phare marque la fin d'un chantier engagé en 2014.Après le Grand Est, la Bretagne rejoint ainsi les régions qui annoncent avoir achevé leur grand programme de déploiement de la fibre. Un changement de statut spectaculaire pour un territoire qui, pendant des années, a dû courir après le reste de la France.Comment la Bretagne a rattrapé son retard sur la fibreIl y a encore trois ans, la Bretagne était bonne dernière.
À la fin du deuxième trimestre 2023, seulement 55% des locaux bretons étaient raccordables à la fibre. Un an plus tard, le retard restait considérable : à la mi-2024, la région affichait toujours le taux de couverture le plus faible de France métropolitaine, avec 67% de locaux raccordables, contre près de 90 % au niveau national.Ce retard tient notamment à la géographie du déploiement. Les opérateurs privés ont concentré leurs investissements sur les grandes villes et les principales agglomérations, notamment Rennes, Brest, Lorient ou Vannes.
Des zones qui ne représentent que 10% de la superficie régionale, mais regroupent 40% de la population.Restait donc à fibrer l'immense majorité du territoire. Une mission prise en charge par les collectivités bretonnes, sous la maîtrise d'ouvrage du syndicat mixte Mégalis Bretagne. C'est le principe d'un réseau d'initiative publique : les collectivités assurent le déploiement là où les opérateurs privés n'investissent pas spontanément.À l'origine, ce chantier gigantesque devait s'étendre jusqu'en 2030.Mais en mai 2019, Mégalis décide d'accélérer les choses.
Le syndicat choisit le groupement Axione–Bouygues Énergies & Services pour réaliser les deuxième et troisième phases du déploiement. Le contrat porte sur 1,1 million de prises, avec un objectif ambitieux : terminer les travaux dès la fin 2026, soit quatre ans plus tôt que prévu.Ariase revenait dès janvier 2020 sur ce changement de calendrier. Le programme prévoyait alors une montée en cadence rapide, jusqu'à 150000 prises construites par an.Un dernier coup d'accélérateur pour tenir l'objectif de 2026Le rattrapage prend véritablement de l'ampleur à partir de 2024.
Cette année-là, Mégalis annonce avoir rendu 304000 foyers et entreprises supplémentaires éligibles à la fibre, soit environ 800 nouveaux locaux chaque jour. Le réseau public dépasse alors les 800000 locaux raccordables.La dynamique se poursuit en 2025. Au 31 octobre, le compteur affiche 1,08 million de locaux éligibles.Et ce 6 novembre 2026, la Région Bretagne annonce avoir franchi une nouvelle étape : plus de 1,45 million de foyers et entreprises sont désormais éligibles à la fibre sur le réseau public.
En un peu plus d'un an, ce sont donc plus de 360 000 locaux supplémentaires qui ont été annoncés éligibles.Derrière ces chiffres, il y a un chantier hors norme : 81695 kilomètres de câbles déployés, 247 nœuds de raccordement optique, 3578 sous-répartiteurs et quelque 5000 emplois directs ou indirects mobilisés.1,7 milliard d'euros ont été investis, financés à 48% par les collectivités bretonnes, à 14% par l'État, à 9% par l'Union européenne et à 29% par les recettes de la délégation de service public.Cela représente environ 1170 euros par local annoncé éligible, une moyenne calculée sur le coût global du programme, et non sur celui de chaque raccordement individuel.Avec ses 1,45 million de prises annoncées, Bretagne Très Haut Débit revendique désormais le titre de plus grand réseau public de fibre optique de France.Une Bretagne "100 % fibrée" : que signifie vraiment cette annonce ?La Bretagne compte près de 2,5 millions de logements et locaux professionnels, selon les données de l'Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT). Tous ne dépendent pas de Mégalis : les opérateurs privés assurent le déploiement dans les grandes agglomérations.Or, au 24 septembre 2026, l'ANCT recensait encore 223848 locaux non raccordables en Bretagne, soit un taux de couverture régional de 91 %.La quasi-totalité de ce retard se concentrait dans les zones de réseaux d'initiative publique : 212 627 locaux, soit près de 95 % du total régional.Six semaines plus tard, la Région Bretagne annonce l'achèvement de son réseau public et une Bretagne entièrement fibrée. C'est-à-dire que de Sarzeau à l'Île-de-Bréhat, et de Rennes à Ploudalmezaeau, la fibre est disponible.Cet écart mérite toutefois une précision : l'achèvement des travaux ne signifie pas nécessairement que les 224 000 locaux encore non raccordables fin septembre ont tous été rendus commercialement raccordables depuis.
Les données de l'ANCT et l'annonce de Mégalis ne mesurent pas exactement la même chose.Même lorsque le réseau est construit, il peut rester des opérations de mise en service, des raccordements complexes ou des délais d'ouverture commerciale, avant de pouvoir souscrire une offre fibre.Pour savoir si la fibre est réellement disponible à son adresse, le plus simple reste donc de tester son éligibilité afin de connaître les opérateurs et les offres accessibles.Et dans les autres régions, où en est le déploiement de la fibre ?Selon les données de l'ANCT arrêtées au 24 septembre 2026, 96,3% des locaux français sont raccordables à la fibre, soit un peu plus de 43 millions de logements et locaux professionnels.Plusieurs régions métropolitaines dépassent déjà 98 % de couverture. Mais des écarts subsistent entre les territoires.RégionCouverture fibrePays de la Loire98,8 %Centre-Val de Loire98,7 %Bourgogne-Franche-Comté98,5 %Hauts-de-France98,4 %Nouvelle-Aquitaine98,1 %Île-de-France97,6 %Normandie97,6 %Occitanie96,6 %Grand Est96,1 %Provence-Alpes-Côte d'Azur96,0 %Corse94,5 %Auvergne-Rhône-Alpes93,4 %Bretagne91,0 %Source : ANCT, taux de locaux raccordables au 24 septembre 2026. Ces données précèdent l'annonce du 6 novembre en Bretagne.Le Grand Est illustre bien la distinction entre fin du déploiement et couverture effective.
Alors que la région avait déjà annoncé la généralisation de la fibre sur ses réseaux publics Losange et Rosace, son taux régional de raccordabilité n'atteignait encore que 96,1 % fin septembre.Ailleurs, les derniers logements à raccorder restent souvent les plus complexes : habitations isolées, difficultés techniques, refus de travaux ou constructions nouvelles.Pour suivre le déploiement près de chez soi, il est possible de consulter la carte de couverture fibre d'Ariase.Avec l'achèvement annoncé de son réseau public, la Bretagne franchit une étape majeure. Comme ailleurs en France, il reste désormais à garantir l'accès effectif à la fibre pour les dernières adresses.