La Commission européenne menace Tiktok d'une potentielle lourde amende si elle ne change pas davantage ses flux de vidéos personnalisés, qui sont conçus pour proposer encore et encore tout type de contenus qui a suscité l'intérêt d'un utilisateur.Déjà dans le collimateur de l'Union européenne, Tiktok risque une nouvelle amende. Bruxelles a sommé le réseau social de modifier radicalement ses flux de vidéos personnalisés, accusés de nuire au bien-être et à la santé mentale des utilisateurs en les exposant à des spirales de contenus aux effets très négatifs.La Commission européenne estime que la filiale du groupe chinois Bytedance pourrait avoir ainsi enfreint des dispositions cruciales du règlement européen sur les services numériques (DSA). En cause, le fonctionnement même de son algorithme de recommandation de contenus.Les flux de vidéos personnalisées (consultables dans la section "pour toi" de l'application) sont conçus pour proposer encore et encore tout type de contenus qui a suscité l'intérêt d'un utilisateur.

Y compris, et c'est le cœur du problème, lorsque les vidéos portent sur des thèmes qui peuvent affecter le bien-être physique et moral à force de les regarder, comme la tristesse, la solitude, ou l'estime de soi.Des changements insuffisantsS'enfermer dans le visionnage ininterrompu et répété de tels contenus (un phénomène surnommé en anglais les "rabbit holes") peut avoir des effets négatifs sur la santé mentale, prévient la Commission européenne, en particulier lorsqu'il s'agit d'adultes vulnérables ou de mineurs.Le réseau social a déjà procédé à des modifications de ses flux personnalisés, mais Bruxelles estime qu'elles ne sont pas suffisantes. Raison pour laquelle l'exécutif européen demande une série de changements profonds à Tiktok, qui touchent au cœur même de son modèle d'activité visant à capter le plus possible l'attention des utilisateurs. Cela porte sur la façon dont son algorithme sélectionne les contenus montrés.L'UE voudrait notamment que les utilisateurs aient plus de contrôle sur les vidéos qui leur sont recommandées et que leurs préférences soient vraiment respectées.

Car Bruxelles déplore qu'actuellement, si un internaute signale qu'un certain type de contenus ne l'intéresse pas ou plus, l'algorithme de Tiktok puisse passer outre ce choix, dans le but de maximiser le temps passé par l'utilisateur sur la plateforme.Des spirales dont il est difficile de s'extraireLa Commission européenne pourrait en outre, au terme de cette procédure qui découle d'une enquête lancée en 2024, infliger à la plateforme une amende pouvant atteindre jusqu'à 6% de son chiffre d'affaires annuel mondial. La raison: elle soupçonne Tiktok d'avoir commis une infraction au DSA, qui impose aux grandes plateformes en ligne d'évaluer et d'atténuer les risques encourus par leurs utilisateurs.La filiale de Bytedance est déjà soupçonnée d'avoir commis d'autres infractions à ce même règlement. L'UE l'avait accusé en juillet de manquer à ses obligations de protection des mineurs, créant des risques de cyberharcèlement et d'exposition à d'éventuels prédateurs.

Et Bruxelles lui avait en outre demandé en début d'année de supprimer de son interface plusieurs fonctionnalités jugées beaucoup trop "addictives"."À chaque fois qu'un utilisateur fait défiler ou 'aime' une vidéo sur Tiktok, l'algorithme lui en propose davantage, l'entraînant dans des spirales dont il lui est difficile de s'extraire", a résumé la vice-présidente de la Commission chargée du Numérique, Henna Virkkunen, pour qui "ces nouvelles injonctions préliminaires montrent une fois de plus que Tiktok doit intensifier ses efforts pour préserver le bien-être des utilisateurs, y compris celui des mineurs".L'UE est lancée dans une vaste offensive pour mettre au pas les réseaux sociaux, en application du DSA, et a présenté en septembre un projet de loi, le Kids Act, qui vise à les interdire aux moins de 13 ans, en raison de nombreux risques pour leur bien-être et leur développement.Parallèlement, les grandes plateformes font face à un vaste contentieux aux États-Unis, où des milliers de familles et de districts scolaires, ainsi que la quasi-totalité des États, les accusent de nuire à la santé mentale des jeunes. Fin septembre, Tiktok avait échappé au premier procès intenté par un État américain, au prix d'une série d'engagements et d'un paiement qui pourrait atteindre plusieurs centaines de millions de dollars.Sujets liés :TikTokRéseaux sociauxActualitésTechTop ArticlesDe -30°C à de "très hautes températures": les chambres froides de l'Établissement français du sang ont été victimes du piratage d'un prestataire, "aucun impact sanitaire n'a été identifié"Assurant que ses fonctions d'IA sont "profondément intégrées" à ses outils, Google va priver de son moteur de recherche les écoles qui interdisent l'intelligence artificielleCyberespionnage: la Russie soupçonnée d'être à l'origine d'une nouvelle campagne visant à extraire les données de smartphones en piégeant des sites webMiniatures IA, voix numérisées et add-ons clonés: la sortie de "World of Warcraft Forever" entâchée par un raz-de-marée de contenus générés par l'IA"Les gens méritent d'être informés": Google imposerait le silence sur les risques de l'IA à ses employés grâce à des clauses de non-dénigrement à vie, de plus en plus de salariés appellent à leur abandon