Diplomatie, Chine, avions de combat, histoire du train, Habsbourg-Lorraine. Aperçu des livres de la semaine Xavier Driencourt, Une diplomatie sans diplomates, préface de Boualem Sansal, Salvator, 19 € Quarante années passées au Quai d’Orsay donnent à Xavier Driencourt une position rare pour juger ce que la diplomatie française est devenue. Membre du cabinet d’Alain Juppé, directeur général de l’administration du ministère, inspecteur général, ambassadeur en Malaisie puis en Algérie : il a connu la maison dans ses postes de prestige comme dans ses arrière-cuisines.

Le livre tient du mémoire et de l’essai. Les anecdotes abondent, souvent drôles, mais elles servent une thèse qui court d’un chapitre à l’autre. La diplomatie est un métier, et l’on ne s’improvise pas ambassadeur.

Il y faut des langues, des pays, des réseaux, ce que seule une carrière longue permet d’acquérir. D’où la sévérité du jugement porté sur la suppression du corps diplomatique décidée par Emmanuel Macron : en ouvrant les postes à des profils extérieurs, la réforme a facilité la politisation des nominations au moment même où le désordre du monde réclame des connaisseurs. L’auteur décrit aussi un glissement plus ancien, celui d’une diplomatie présidentialisée où la communication prend le pas sur l’analyse.

Les pages consacrées à l’Algérie, où il fut ambassadeur à deux reprises, sont les plus fortes. Huit années à Alger disent la solitude de l’ambassadeur, seul face à un régime qu’il doit comprendre sans jamais en être dupe, et souvent seul face à Paris. La préface de Boualem Sansal donne à ce témoignage une résonance particulière.

Le livre aide à comprendre pourquoi la France pèse moins dans le monde. L’outil s’est émoussé à mesure qu’on a cessé d’en reconnaître l’exigence. Éric de La Maisonneuve, Lettre à un ami chinois.

Paris-Pékin, les nouvelles routes d’un dialogue, Saint-Simon, 22 € Le genre épistolaire a ses lettres de noblesse, de Montesquieu aux Lettres à un ami allemand d’Albert Camus. Le général Éric de La Maisonneuve s’en réclame pour écrire à un diplomate chinois rencontré il y a plus de vingt ans lors d’un colloque à Beidaihe, la station balnéaire où se réunissent chaque été les dirigeants du Parti communiste. Professeur à l’Institut de diplomatie de Pékin de 2004 à 2014, il parle à un interlocuteur réel et prend le temps que n’autorisent ni WeChat ni les courriels.

Sa conviction est posée dès l’introduction : aux deux extrémités de l’Eurasie, la France et la Chine peuvent ouvrir ensemble une voie nouvelle dans un ordre international qui se défait. Il mobilise pour cela le shi, ce « potentiel de situation » de la pensée chinoise que François Jullien avait fait connaître dans La Propension des choses, et le kaïros des Grecs, le moment opportun qu’il ne faudrait pas laisser passer. De l’université à l’intelligence artificielle, la lettre parcourt les fractures du temps avec l’érudition d’un homme qui connaît les deux rives.

L’auteur sait qu’il nage à contre-courant et assume le risque d’être rangé dans un camp infréquentable. Il ne ménage d’ailleurs aucune des deux parties : la Chine masque ses difficultés intérieures derrière ses succès technologiques, la France refuse de voir l’insoutenabilité de son modèle. Reste une question que le livre n’épuise pas.

Un dialogue suppose deux volontés libres, et Pékin, qui voit volontiers dans Paris un moyen de diviser l’Occident, n’a peut-être pas les mêmes attentes que son correspondant. C’est tout l’intérêt de cette lettre : elle permet au lecteur de prendre la mesure de la diversité des points de vue. Paolo Matricardi, 100 ans d’avions de combat, préface de Gérard Feldzer, Glénat, 39,95 € Un siècle d’aviation militaire tient dans ce fort volume de plus de 440 pages, dont Glénat publie une nouvelle édition entièrement mise à jour.

Paolo Matricardi suit les appareils de combat depuis les fragiles biplans de la Grande Guerre jusqu’aux chasseurs furtifs de cinquième génération, l’Eurofighter Typhoon, le Soukhoï Su-57 ou le F-35. Le plan est chronologique et calé sur les conflits. La Première Guerre mondiale voit l’avion passer de l’observation à la chasse, puis au bombardement.

La Seconde consacre le monoplan et les grandes batailles aériennes ; elle s’achève sur les premiers chasseurs à réaction et sur la bombe atomique. La Corée marque la transition des pistons aux jets. Avec le Vietnam et la guerre froide viennent l’électronique, les missiles et le bombardier stratégique, pièce maîtresse de l’équilibre de la terreur.

Plus de 750 photographies, dessins et schémas techniques accompagnent le texte, et l’ouvrage se termine par des données techniques classées par ordre chronologique et par pays. La mise à jour porte sur les programmes de sixième génération, du NGAD américain au SCAF que portent la France, l’Allemagne et l’Espagne, sans oublier le Tempest codéveloppé par le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon. Elle fait aussi une large place aux drones, devenus centraux en Ukraine comme au Moyen-Orient.

On y lit en filigrane une histoire de la puissance. Chaque génération d’avions reflète l’état industriel des nations qui la produisent, et la capacité à concevoir un chasseur reste l’un des marqueurs de la souveraineté ; peu d’États en sont encore capables. Préfacé par Gérard Feldzer, de l’Académie de l’air et de l’espace, le livre servira autant au passionné qu’à l’étudiant en stratégie.

Jeremy Black, La Grande Épopée du train à travers les cartes. 250 ans d’histoire ferroviaire, Glénat/British Library, 39,95 € Le chemin de fer a fabriqué le monde moderne ; il a aussi fabriqué ses cartes. L’historien britannique Jeremy Black en tire un beau livre publié avec la British Library, dont les collections fournissent l’essentiel des documents reproduits.

Le parcours va des bassins houillers du nord-est de l’Angleterre, à la fin du XVIIIᵉ siècle, aux grands réseaux d’infrastructures du XXIᵉ, sur six continents. L’auteur ne se contente pas de commenter des tracés. Une ligne n’existe pas sans avoir été cartographiée, et les promoteurs l’avaient compris bien avant les compagnies.

Le voyageur lui-même a dû apprendre à lire un réseau pour organiser ses trajets. La carte devient ainsi un instrument de pouvoir, celui des gouvernements qui planifient comme celui des états-majors qui mobilisent. Le chapitre consacré aux années 1885-1918, le plus long du livre, montre combien le rail fut au cœur de la géopolitique avant de l’être de la guerre.

Black insiste aussi sur ce qu’une carte choisit de taire. Aucune ne peut tout montrer, et chacune dit l’intention de celui qui l’a dessinée. L’introduction en donne un exemple savoureux avec le London Overground, dont les six lignes ont reçu en 2024 des noms et des couleurs propres.

Lioness ou Windrush n’évoquent ni la géographie ni l’histoire du rail, et la polémique suscitée par ces baptêmes montre l’attachement du public à ses plans de réseau. Chaque carte est accompagnée d’un commentaire précis. Marie Petitot, Marie-Christine de Habsbourg-Lorraine.

L’anti-Marie-Antoinette, Passés composés, 27 € Marie-Antoinette a éclipsé toutes ses sœurs. Marie-Christine, son aînée de treize ans, mérite pourtant mieux que cette ombre, et Marie Petitot lui consacre une biographie de près de 600 pages. Fille préférée de l’impératrice Marie-Thérèse, « Mimi » reçoit une instruction rare pour une archiduchesse et obtient ce qu’aucune de ses sœurs n’obtiendra : épouser l’homme de son choix, le prince Albert de Saxe, cadet sans fortune que la dot impériale rend opulent.

L’auteur découpe cette vie en quatre saisons, du printemps viennois à l’hiver révolutionnaire. Les premières pages sont les plus intimes. La correspondance passionnée avec sa belle-sœur Isabelle de Bourbon-Parme, morte à vingt et un ans, révèle une sensibilité que la réputation d’intrigante avait recouverte.

Puis vient la politique. Quinze années à Presbourg, en Hongrie, puis le gouvernement des Pays-Bas autrichiens à partir de 1781 font de Marie-Christine une femme d’État, confidente de son frère Joseph II dont elle mesure pourtant le danger des réformes. Les Belges les rejettent jusqu’à l’insurrection de 1789.

Chassée de Bruxelles par la révolution brabançonne, elle y revient sous Léopold II avant de fuir de nouveau devant les armées françaises. Le bombardement de Lille, en 1792, lui vaut le surnom de « Marie brûle-maison ». De Bruxelles, elle a aussi observé le naufrage de sa sœur, dont elle ne fut jamais l’intime.

Les chapitres consacrés à Varennes et au trésor de Marie-Antoinette sont parmi les plus neufs. Nourri de lettres et d’archives, le livre se lit comme un récit, ce que l’on attend de l’animatrice de Plume d’histoire. Il rend à cette princesse sa vraie place, celle d’une actrice de premier rang dans l’Europe des révolutions.