Après la claque électorale, des promesses pour amadouer les réfractaires aux datacenters Acheter la pAIx Illustration : Flock Mickael Bazoge Le 06 novembre à 07h47 La victoire écrasante des démocrates aux midterms repose en grande partie sur le ras-le-bol général des Américains devant le coût de la vie. Mais la question de l’IA a aussi pesé lourd dans les décisions des électeurs. Le message est-il passé auprès des acteurs du secteur ?
Une erreur ? Les élections de mi-mandat aux États-Unis sont un désaveu cinglant des politiques de Donald Trump et de ses alliés républicains. Les grandes entreprises de la tech et de l’IA ont aussi pris une claque, elles qui veulent faire pousser les centres de données comme des champignons.
Société Vague démocrate aux États-Unis : quels effets sur le secteur de la tech ? Société Mercredi 04 novembre 2026 à 17h52 04/11/2026 17h52 18 Ces résultats étaient prévisibles : la question des datacenters a été abordée à maintes reprises durant les débats ayant précédé les élections. L’opacité avec laquelle les décisions d’implantation sont prises, l’impact sur l’environnement, le bruit, les factures d’énergie qui explosent…
Les entreprises de l’IA ont senti le vent du boulet bien avant les midterms et, à l’image d’Amazon, cherchent depuis un moment à infléchir la méfiance, voire l’hostilité envers leurs infrastructures. Un milliard de dollars pour faire bon voisinage Dans un billet au ton étrangement passif-agressif, Matt Garman, le directeur général d’Amazon Web Services, a ainsi déroulé dès le 2 octobre une série de promesses aux collectivités qui accueillent ses centres de données : éviter une hausse des factures d’électricité pour les habitants en couvrant l’énergie consommée et en payant les améliorations nécessaires pour les infrastructures ; faire bénéficier l’économie locale des retombées économiques du centre de données, par exemple en recrutant et en achetant localement ; améliorer la transparence et le dialogue : AWS ne fera plus signer d’accords de confidentialité (NDA) aux responsables publics, et l’entreprise s’engage à informer les habitants le plus tôt possible en organisant des rencontres publiques ; réduire l’impact environnemental des infrastructures en utilisant des énergies décarbonées, de respecter les normes locales de bruit et de privilégier l’eau non potable ; publier chaque année des indicateurs sur la consommation d’énergie et d’eau. Sur ce dernier point, Amazon est un des géants du numérique à ne pas publier de données précises sur les volumes d’eau prélevés, ni sur sa consommation électrique.
Il y a parfois quelques indicateurs, mais sans volume précis des consommations ils ne sont pas très utile. Hardware Plongée dans les datacenters : Google prélève autant d’eau en 30 h qu’OVHcloud en un an Hardware Mardi 02 juin 2026 à 10h28 02/06/2026 10h28 4 AWS prend aussi un engagement financier à hauteur d’un milliard de dollars sur cinq ans pour les collectivités, qui pourront flécher cet argent vers leurs priorités (formation, éducation, coût de l’énergie ou préservation des ressources). OpenAI promet des garanties mais réclame des permis OpenAI a publié le 5 novembre deux documents : le premier, « Community Compact » (PDF), énumère les engagements de l’entreprise envers les riverains des centres de données.
Le second, « Compute Campus Policy Blueprint » (PDF), propose des règles aux pouvoirs publics pour encadrer et faciliter la construction de ces infrastructures. OpenAI promet de payer pour ses propres besoins énergétiques, y compris les coûts supplémentaires des infras nécessaires, sans les reporter sur les autres consommateurs. Des garanties financières sont prévues si un projet est retardé, réduit dans son ampleur ou tout simplement annulé.
Le créateur de ChatGPT veut aussi : contribuer à soulager le réseau électrique en réduisant temporairement sa consommation en cas de surcharge ; consulter les habitants avec un interlocuteur local avec la possibilité de faire remonter des leurs préoccupations ; cesser d’imposer des accords de non confidentialité ; publier les impacts de chaque site : consommation d’eau et d’électricité, emplois, impôts et investissements locaux, bruit ; limiter la consommation d’eau ; investir financièrement dans les collectivités et pour la formation. Le « Policy Blueprint » demande aux pouvoirs publics de transformer plusieurs de ces principes en obligations pour le secteur. Cela va de la transparence sur les consommations et les nuisances, à la protection des consommateurs d’électricité, en passant par la consultation des habitants, le suivi des emplois et l’encadrement des avantages fiscaux.
Tout cela n’est pas gratuit, cependant. OpenAI demande aussi de faciliter les constructions, en accélérant les permis et les raccordements électriques, en développant des lignes et de la production d’énergie. L’entreprise s’oppose aussi à une obligation imposant aux grands consommateurs d’énergie de construire leur propre capacité de production électrique.
« Si vous souhaitez vous implanter quelque part et y construire, vous devez le faire avec les habitants et recueillir leur avis », a déclaré Chris Lehane, directeur des affaires internationales d’OpenAI, à Bloomberg. « Le fait que les citoyens se soient exprimés comme ils l’ont fait dans les urnes est un message important, qu’il faut écouter et auquel il faut réagir et apporter une réponse. C’est ainsi que la démocratie est censée fonctionner. » Le dirigeant prévoit que plusieurs projets de l’entreprise risquent d’être retardés.
« À l’échelle à laquelle nous construisons, il y aura forcément toutes sortes de questions à régler à différents échelons, au niveau des États comme au niveau local », convient-il. Les promesses à l’épreuve des urnes Dans ce nouveau paysage politique américain, les entreprises de l’IA auront la vie bien plus difficile que durant les deux premières années de la présidence Trump. Gina Hinojosa, la nouvelle gouverneure démocrate au Texas, n’a pas fait mystère de son intention d’imposer un moratoire immédiat au développement de centres de données.
Un tel moratoire est déjà en place dans l’État de New York. De nombreux candidats démocrates ont mis de tels engagements dans leurs programmes… et beaucoup d’entre eux ont été élus. Colossus, le centre de données de SpaceXAI, installé dans le Tennessee.
Image : SpaceXAI Selon le Data Center Watch, 45 projets représentant 88 milliards de dollars ont été perturbés, d’une manière ou d’une autre, par les oppositions locales au deuxième trimestre de cette année. Meta estime que le tsunami bleu aux élections de mi-mandat vont compliquer la construction de datacenters, mais reconnait dans le même temps que le secteur a mal expliqué les bénéfices (éventuels) de ces investissements. Dina Powell McCormick, la présidente du groupe, a expliqué durant une conférence WSJ que « les centres de données sont en quelque sorte la manifestation visible de l’IA, et les gens peuvent dire : “Je ne veux pas de ça chez moi” ».
« Je pense qu’il y a derrière cela une question plus large : la façon dont les gens perçoivent l’IA en général », ajoute-t-elle. Cette technologie a en effet mauvaise presse par une bonne partie des citoyens. Mais la dirigeante rétorque : « La question de savoir qui développe les technologies permettant de guérir le cancer ou de donner accès à l’éducation est, elle aussi, fondamentale… » Même si l’IA de Meta sert surtout à bombarder ses réseaux sociaux de slop en tout genre.
« Il faut démocratiser cette technologie et permettre à chacun d’y accéder de manière équitable et transparente », ajoute-t-elle. Pour faire accepter ses projets, Meta met en avant plusieurs conditions qui recoupent plus ou moins les engagements d’ASW et d’OpenAI : payer sa propre électricité, orienter les recettes fiscales supplémentaires vers les enseignants et les services de secours, faire travailler la main d’œuvre locale, et obtenir un soutien politique bipartisan. À l’heure actuelle, le vent politique, des deux côtés de l’arêne politique, souffle surtout contre les datacenters.
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