Les Big Tech’ sacrifient leurs employés humains pour investir dans les infrastructures IA Une telle engeance sacrificielle... Illustration : Flock Jean-Marc Manach Le 05 novembre à 11h59 Les entreprises états-uniennes de la tech’ ont licencié plus de 230 000 personnes en 10 mois, contre un peu plus de 200 000 pour tout 2025. Nombre d’entre elles ne le sont pas tant parce qu’elles seraient remplaçables par des IA, mais parce que leurs employeurs sont désespérément en quête de cash, et donc d’économies, pour trouver les milliards de dollars requis par leur course à l’IA.

Une erreur ? « On ne peut pas construire l’avenir de l’IA sans les scientifiques et les ingénieurs qui travaillent sur ces technologies fondamentales », déplore Jay Sujay Bagi auprès du Figaro. Titulaire d’un doctorat obtenu au MIT, il fait partie des milliers d’employés à avoir récemment été licenciés dans la Silicon Valley.

Pas parce qu’il aurait été remplacé par une IA, mais parce qu’elle a siphonné ses budgets de recherche : « J’ai le sentiment d’avoir été touché indirectement par l’IA, sans que l’IA ait remplacé mon travail. En clair, je suis un dommage collatéral. » Il fait partie d’un groupe Discord de 1 700 membres surnommé (un)PTO, pour « unpaid time off » (congés non payés), où ils échangent offres d’emplois, recommandations et conseils et qui se retrouvent aussi à randonner sur les collines de Berkeley. « La plupart des gens pensent que l’IA nous prend nos emplois.

Je ne crois pas que ce soit ça », plussoie Basem Istanbouli, remercié par Google en janvier 2025 et inventeur de ces randonnées : « Pour rester dans la course à l’IA, les entreprises dépensent des milliards de dollars par an. Où trouver cet argent ? Il faut supprimer de la masse salariale. » 233 000 licenciements en 10 mois, contre 206 000 pour tout 2025 Dans un second article, Le Figaro revient sur l’impact macroscopique de l’IA dans cette « annus horribilis » pour l’emploi dans la tech américaine : Microsoft (un plan de 60 000 départs volontaires, soit 1 salarié sur 4 !), Oracle (près de 30 000, 18 % de ses employés), Amazon (19 800), Dell (16 000), Block (4 000)…

Oracle (près de 30 000, 18 % de ses employés), Amazon (19 800), Dell (16 000), Block (4 000)… Microsoft ouvre un plan de départs volontaires à 60 000 salariés Meta réduit la voilure en France : un tiers des effectifs visé par un plan de départs En 2026, le tracker de licenciements de skillssyncer.com a dénombré au total 567 plans de licenciements touchant 232 946 personnes, soit en moyenne environ 756 suppressions d’emplois par jour. À titre de comparaison, pour l’ensemble de l’année 2025, il avait dénombré 338 licenciements touchant 205 773 personnes, soit une moyenne de 564 suppressions d’emplois par jour.

Les grandes entreprises tech se retrouvent en première ligne des bouleversements qu’entraînent l’IA sur l’emploi. D’une part parce qu’elles en sont les premières utilisatrices et qu’elles les intègrent plus tôt que les autres. 233 000 licenciements en 10 mois, contre 206 000 pour tout 2025 D’autre part parce que « ces départs traduisent un arbitrage devenu central : financer des investissements massifs, notamment dans les centres de données et la puissance de calcul, tout en maintenant la discipline sur les coûts », explique à nos confrères Diego Ferri, associé IA chez EY.

Les investissements sont tels que la trésorerie disponible chez Google, Meta et Amazon ne suffit plus, et qu’ils ont dû commencer à s’endetter et à lever de nouveaux capitaux sur les marchés. Or, ces levées de fonds ne suffisent pas non plus à réunir les centaines de milliards de dollars nécessaires, ce qui explique aussi ces licenciements. Mark Zuckerberg a d’ailleurs reconnu avoir coupé dans les effectifs pour financer ces investissements.

Intel, Amazon, Google : Wall Street fait les comptes de l’IA, et ils ne sont pas bons Après 3 ans d’IA générative, un marché de l’emploi des développeurs touché mais pas coulé « Son plan de départs volontaires est une décision très calculée et une façon de faire un peu nouvelle », souligne Stéphane Roder, associé chez Waveston, au Figaro : « Il s’allège d’une partie de ses dépenses opérationnelles pour les transformer en dépenses d’investissement. Il est tellement certain que l’IA va transformer son modèle qu’il se donne les moyens d’y aller à fond ». Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, a quant à lui promulgué le 30 septembre deux lois inédites : l’une interdit de licencier sur la seule foi d’un algorithme, l’autre oblige à signaler dans les préavis les suppressions de postes dues à l’IA.

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