Djenabou Cisse, spécialiste des questions de défense et de sécurité en Afrique, avec une expertise particulière sur le Sahel et le Golfe de Guinée. Chercheuse associée à la FRS, chargée de mission Afrique au CAPS (MEAE), Djenabou Cisse est également enseignante à Sciences Po Paris et diplômée de l’École de Guerre-Terre en tant qu’auditrice civile. Entretien organisé et conduit par Pierre Verluise, docteur en Géopolitique, fondateur du Diploweb, il produit Planisphère sur RCF Notre Dame.

Cette émission a été radiodiffusée la première fois le 2 novembre 2026. Sous le titre Planisphère géopolitique et stratégique cette émission est disponible comme podcast sur les plateformes Spotify et Apple Podcast. Après avoir été une puissance coloniale, la France ne dispose plus en 2026 que d’une seule grande base militaire permanente en Afrique, à Djibouti, des détachements français demeurant notamment au Gabon et en Côte d’Ivoire.

Manifestement, des contestations et compétiteurs ont bousculé ses positions. Par un biais culturel sur lequel il faudrait s’interroger, les Français suivent maintenant assez peu l’actualité de ce continent aujourd’hui peuplé de 1,5 milliard d’habitants. Pourtant, l’Afrique est au cœur d’importantes dynamiques géopolitiques présentes et à venir.

Entre défis démographiques et climatiques, l’émergence de nouveaux compétiteurs stratégiques y bouscule les équilibres antérieurs. Les États africains affirment leur rôle, tandis que les crises se régionalisent. Comment mieux comprendre ces nouveaux enjeux ?

Planisphère pose la question à Djenabou Cisse, spécialiste des questions de défense et de sécurité en Afrique. Une émission enregistrée à Toulon dans le cadre des RSMED. Podcast et synthèse rédigée revue et validée par D.

Cisse. Avec en pied de page une suggestion bibliographique par le Diploweb.com Planisphère [1]. Quelles nouvelles dynamiques géopolitiques en Afrique ?

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Quelles nouvelles dynamiques géopolitiques en Afrique ? Avec Djenabou Cisse. Synthèse rédigée revue et validée par D.

Cisse. Démographie et climat : des défis structurels majeurs L’Afrique est le principal moteur de la croissance démographique mondiale. Elle pourrait avoisiner les 2,5 milliards d’habitants d’ici 2050.

Le Nigeria, par exemple, pourrait voir sa population se rapprocher de celle des États-Unis à cette date. Cette jeunesse représente un potentiel, mais pose d’importants défis : éduquer et créer des emplois pour cette population active croissante, mais aussi réduire autant que possible les pressions sur les ressources et les tensions sociales. Ces enjeux sont aggravés par le changement climatique.

L’Afrique subsaharienne, bien que peu émettrice de carbone, est parmi les plus affectées par le stress hydrique, la désertification et la hausse des températures, impactant gravement l’agriculture, principal secteur d’emploi. Sans réformes économiques et sociales majeures, ces tendances risquent de multiplier les vulnérabilités. De nouveaux compétiteurs stratégiques aux approches diversifiées Au cours des vingt dernières années, la Russie, la Chine, la Turquie et les pays du Golfe ont accru leur influence en Afrique.

La Russie, via Wagner puis Africa Corps, propose une assistance militaire pour sécuriser des régimes autoritaires, surtout en Afrique de l’Ouest et centrale. La Chine privilégie une approche économique axée sur les infrastructures (Routes de la soie, ports) et l’accès aux ressources stratégiques, avec une présence particulièrement importante en Afrique australe et de l’Est, mais qui s’étend à l’ensemble du continent. La Turquie propose une offre multidimensionnelle (drones Bayraktar TB2, aide humanitaire, investissements, diplomatie religieuse), agissant discrètement mais avec une influence croissante.

Les pays du Golfe, notamment les Émirats arabes unis (EAU) combinent diplomatie religieuse et implication dans des crises régionales, comme au Soudan où leur soutien aux Rapid Support Forces et leur rôle dans le trafic d’or contribuent à la régionalisation du conflit. Les États africains : des acteurs à l’agentivité croissante Djenabou Cisse souligne une évolution notable : les États africains, dont l’agentivité a longtemps été sous-estimée, l’affirment aujourd’hui notamment à travers la diversification de leurs partenariats. Cette diversification des partenariats est un moyen de revendiquer autonomie et souveraineté, leur permettant de choisir des coopérations selon leurs propres termes et de renégocier les conditions, à l’instar du Sénégal dans l’énergie.

Cette diversification n’est cependant productive que si les États exploitent activement la concurrence entre partenaires, sans quoi elle risque de remplacer une dépendance par une autre. Le poids démographique croissant de l’Afrique renforce par ailleurs ses revendications sur la scène internationale, notamment pour un siège au Conseil de sécurité des Nations Unies, marquant une volonté d’implication accrue dans la gouvernance mondiale. Sur Spotify Planisphère.

Quelles nouvelles dynamiques géopolitiques en Afrique ? Avec Djenabou Cisse D’un clic, abonnez-vous à cette émission sur Spotify ! Les partenaires traditionnels face à une position relative déclinante La France et l’Union européenne restent des partenaires historiques, économiques et financiers majeurs de l’Afrique.

Cependant, leur position relative a changé : ils ne bénéficient plus d’une influence « naturelle » ou d’un quasi-monopole. Ils sont désormais confrontés à des critiques concernant des « doubles standards » sur la démocratie et les droits humains. Les États-Unis, notamment sous l’administration D.

Trump, ont adopté une approche plus transactionnelle. Malgré un « mépris culturel » pour le continent, leur stratégie s’articule autour du slogan « trade but not aid », privilégiant les intérêts américains (« America First »), comme l’accès aux minerais critiques africains pour en tirer profit. Fragmentation des acteurs et régionalisation des crises Le continent africain est marqué par une fragmentation des acteurs au-delà des États.

Mouvements djihadistes, groupes rebelles et groupes d’autodéfense (VDP au Burkina Faso) se multiplient, s’accompagnant d’une externalisation des fonctions de sécurité à des acteurs variés, étrangers ou locaux. Sur le plan politique et social, des mobilisations de la « Gen Z » ont émergé, utilisant massivement les réseaux sociaux pour exprimer des revendications liées à la « cherté de la vie », à l’emploi et au manque de perspectives. Ces mouvements, souvent spontanés et décentralisés, peinent parfois à se structurer durablement.

Enfin, les crises africaines se caractérisent par une forte régionalisation. Au Sahel, la menace djihadiste [2] s’est étendue du Mali aux pays voisins et au Golfe de Guinée. Les crises du Soudan et des Grands Lacs (RDC) illustrent des imbrications complexes entre dynamiques nationales, communautaires et économiques.

Ces phénomènes, où groupes armés, réfugiés et trafics transfrontaliers créent de véritables « systèmes » de crise, complexifient la tâche des États. L’analyse de Djenabou Cisse dépeint une Afrique en profonde mutation, confrontée à des défis démographiques et climatiques majeurs. Face à l’arrivée de nouveaux compétiteurs stratégiques et au déclin de l’influence des partenaires historiques, les États africains affirment leur agentivité par la diversification de leurs partenariats.

Cependant, cette dynamique est complexifiée par la fragmentation des acteurs non étatiques et la régionalisation des crises qui transcendent les frontières. Loin d’être une périphérie isolée, l’Afrique est un acteur géopolitique central, dont le poids démographique et la complexité des enjeux pèseront de plus en plus sur les tendances mondiales. Une compréhension nuancée et approfondie du continent est indispensable pour saisir les réalités géopolitiques contemporaines.

FRS, Biographie complète et publications de Djenabou Cisse Suggestions bibliographiques par Diploweb.com, à partir de propositions faites par d’autres auteurs du Diploweb que nous remercions. « L’Afrique des sciences sociales : bas, débats, combats ». Politique africaine, 2021/1, n°161-162.

Alexandre Lauret & Mathieu Mérino (Dir.), « L’Afrique face aux mutations stratégiques », Revue de Défense Nationale, n°882 (été 2025). Michel Foucher, Frontières d’Afrique. Pour en finir avec un mythe, CNRS Éditions, coll.

Débats, 2020.