À mi-chemin entre l’Europe et l’Asie, les Émirats arabes unis ont fait de leur situation géographique un formidable instrument de développement économique. Mais derrière les gratte-ciel et les hôtels de luxe, la confrontation entre l’Iran et les États-Unis a rappelé aux monarchies du Golfe leur vulnérabilité stratégique. À mi-chemin entre l’Europe et l’Asie, les Émirats arabes unis (EAU) ont fait de leur situation géographique un formidable instrument de développement économique.

Leurs compagnies aériennes, Emirates à Dubaï et Etihad à Abou Dhabi, contribuent à faire du pays une plaque tournante des échanges internationaux. Pour inciter les voyageurs à prolonger leur escale, Etihad propose même, sous certaines conditions, deux nuits d’hôtel offertes. Les Émirats se positionnent ainsi comme « hub » alternatif au nouvel aéroport d’Istanbul, entre trois continents.

Mais derrière les gratte-ciel, les hôtels de luxe et les infrastructures ultramodernes se dessine une réalité géopolitique plus complexe. La confrontation entre l’Iran et les États-Unis a rappelé aux monarchies du Golfe leur vulnérabilité stratégique. Comment préserver leur attractivité économique lorsque les garanties de sécurité offertes par leurs partenaires occidentaux peuvent aussi les exposer à des représailles ?

Positionnement stratégique et défense Les Émirats jouissent d’une position stratégique entre l’Europe et l’Asie, mais doivent ménager leurs différents partenaires. L’Iran les utilise comme plate-forme financière internationale, tout en restant un partenaire mineur par rapport aux intérêts russes et occidentaux sur place. Difficile cependant de faire fi du puissant voisin, surtout depuis qu’il s’en est pris aux bases américaines situées sur le territoire des pays qui lui font face.

Les Émirats ont réalisé à cette occasion que la présence militaire étrangère pouvait desservir leur attractivité pour les investisseurs. La réaction pourrait prendre des directions différentes : revenir à une plus grande neutralité ou étoffer leurs systèmes de défense au sein d’une coalition régionale. « Durant les hostilités, douze Mirage français au départ de la base d’Al Dhafra étaient constamment en activité, dont quatre en vol, pour intercepter les drones Shahed en provenance de la façade maritime.

Ceux-ci ont progressivement été remplacés par des hélicoptères AW139 et H225 équipés de mitrailleuses de 12,7 mm, plus adaptés au type d’engagement », raconte un expatrié proche de l’armée. Dans la foulée, Paris a cherché à capitaliser sur la commande exceptionnelle de 80 Rafale par les EAU pour financer le passage de leur version F4R à F5, qui permet une interconnexion avec un essaim de drones. Proposition finalement acceptée à la suite de la visite d’Emmanuel Macron en octobre 2026.

Depuis le 1ᵉʳ janvier 2024, les EAU font partie des BRICS, et peut-être est-ce une des raisons pour lesquelles les négociations pour l’achat de 50 F-35 américains avaient échoué au début de la décennie. Place économique et financière internationale La routine a repris son cours depuis les attaques et la priorité est au développement. La rente pétrolière et l’énergie bon marché ont permis aux familles qui dirigent les Émirats de faire sortir du désert des villes qui n’existaient pas il y a 50 ans.

Elles sont donc hyper modernes et offrent un confort apprécié des nouvelles générations. En attirant une main-d’œuvre bon marché venue d’Asie et de la côte est-africaine, l’économie locale a multiplié la population par dix. « Contrairement aux pays d’Europe occidentale, le modèle repose sur un contrôle strict de l’immigration, possible uniquement sur la base d’un contrat de travail.

L’obtention d’un passeport est soumise à des conditions extrêmement restrictives. Les conditions de vie des expatriés sont ainsi assurées par une politique rassurante », explique un expatrié établi en famille. Le petit personnel peut contribuer à entretenir sa famille à distance, tandis que les hauts salaires bénéficient d’un « golden visa » et peuvent acheter de l’immobilier.

Une fiscalité limitée à 5 % de TVA et 9 % sur les bénéfices des sociétés, à ce jour, encourage l’arrivée d’entrepreneurs et de grandes fortunes. Le centralisme étatique n’empêche ni le développement économique, ni l’innovation. Ainsi, un pont est établi avec le centre technologique et industriel de Shenzhen, en Chine.

De nombreux entrepreneurs naviguent entre les deux pour bénéficier des avantages combinés de ces terres d’accueil. Les projets vont de la logistique automatisée à la pharmacie, en passant par le développement d’alternatives énergétiques. Le pays accueille notamment le siège de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables : « Un projet de réutilisation du méthane dans le processus de raffinage afin d’alimenter de futurs centres de données donne une idée du dynamisme local », s’enthousiasme Bernard, banquier depuis bientôt vingt ans.

La priorité des Émirats reste de se positionner comme place financière entre l’Europe d’un côté et Singapour de l’autre. Le pays ne cesse donc d’attirer des talents dans les financements internationaux, notamment à travers la First Abu Dhabi Bank, présente grâce à des projets et des bureaux de représentation dans près de 20 pays. Pendant que Dubaï s’est spécialisée dans les services, Abu Dhabi fait fructifier la manne pétrolière pour gagner en influence.

On sait le rôle que jouent les Émirats au Yémen, au Soudan, mais également dans une partie de l’Afrique subsaharienne. Lieu d’histoire et de culture En 2017, Abu Dhabi avait fait les titres de la presse internationale en installant un musée en partenariat avec le Louvre. À taille plus humaine que son grand frère, l’établissement ultramoderne offre un lieu de paix et de culture au milieu d’un archipel d’îles en plein développement, principalement consacrées à l’immobilier de luxe, aux surfaces commerciales et à la consommation.

L’accent est mis sur la comparaison entre les civilisations. On trouve ainsi côte à côte trois figures maternelles : la déesse Isis allaitant Horus, la Phemba congolaise et une madone du XIVᵉ siècle. D’autres établissements ont ouvert dans les alentours pour former un complexe cohérent : un musée d’histoire nationale et un musée d’histoire naturelle proposent depuis 2025 une architecture futuriste.

Un « Guggenheim Abu Dhabi » doit ouvrir ses portes en décembre de cette année. Les amateurs de vestiges anciens apprécieront le fort Qasr Al Hosn, Fort Blanc en français, ses souvenirs des siècles passés et ses objets de la vie traditionnelle. Le mémorial au fondateur Zayed permet d’appréhender l’importance de ce dernier dans le développement de l’État fédéral.

Quitté en 1971 par les Britanniques, le territoire des EAU est composé de sept émirats, dont Abu Dhabi est la capitale. Zayed a su s’entourer des meilleurs conseillers et faire preuve d’une maturité politique exceptionnelle pour un petit territoire initialement sans envergure internationale. Le charisme du fondateur a permis aux Émirats de passer de la culture des perles aux derniers développements du XXIᵉ siècle sans transition.

Une monarchie qui soigne l’accueil et défend son image Afin de prendre en compte les besoins individuels et d’offrir des solutions personnalisées, un portefeuille ministériel du bonheur a été créé. On croit rêver ou replonger dans les pages prophétiques d’Orwell, mais ça marche : les expatriés rencontrés sur place confirment l’efficacité du concept et ne tarissent pas d’éloges sur la qualité de vie proposée. « Le niveau des écoles internationales est excellent, les enfants sont formés en français et en anglais dans un cadre stimulant », précise Alexandre.

Si l’économie est libre, la sécurité n’est pas laissée à la discrétion de chacun. L’État monarchique veille à la sécurité des résidents à travers un contrôle serré. Les caméras présentes sur les routes et aux abords des bâtiments principaux en sont la preuve, tandis que les forces de l’ordre restent discrètes mais réactives.

La paix sociale a un prix. Un portefeuille ministériel du bonheur a été créé. On croit rêver ou replonger dans les pages prophétiques d’Orwell, mais ça marche.

Alors que les tensions autour d’Ormuz et de Bab el-Mandeb ralentissent provisoirement l’attractivité de tous les États du Golfe persique, les plus petits n’en demeurent pas moins farouchement déterminés à poursuivre leur développement en se diversifiant, pour attirer des talents et compter de plus en plus sur la scène internationale. La guerre a rappelé aux monarchies du Golfe que la prospérité ne constitue pas une garantie contre les bouleversements géopolitiques. Pour les Émirats arabes unis, l’enjeu consiste désormais à préserver les conditions de leur réussite économique sans être entraînés dans les rivalités des puissances qui assurent leur sécurité.

Plus que jamais, leur avenir dépendra de leur capacité à concilier ouverture internationale, autonomie stratégique et stabilité intérieure. La guerre a rappelé aux monarchies du Golfe que la prospérité ne constitue pas une garantie contre les bouleversements géopolitiques.