Airzone, Withings : quand des fonctions connectées gratuites deviennent payantes Le trésor des données Illustration : Flock Vincent Hermann Le 03 novembre à 12h49 L’achat de matériels domotiques comprend souvent tout un lot de fonctions connectées pour les exploiter depuis d’autres plateformes. Il arrive pourtant que les entreprises derrière ces produits changent brutalement de logique commerciale, des capacités gratuites devenant tout à coup payantes. Plusieurs cas interrogent sur ces revirements.

Une erreur ? La société espagnole Airzone commercialise des solutions de contrôle connectées pour le chauffage et la climatisation. Depuis fin octobre, les clients doivent décider s’ils payant pour une formule à 48 euros par an permettant de préserver certaines fonctions, notamment le pilotage à distance.

Ce changement est rétroactif et concerne donc l’ensemble des clients disposant déjà de produits Airzone. Comme l’un de nos lecteurs nous l’a signalé, cette bascule se fait dans la douleur, avec de très nombreux négatifs sur Trustpilot, la note moyenne de l’entreprise s’étant effondrée à 1,1 sur 5. L’instauration de la formule payante Airzone Cloud passe mal.

Plusieurs avis mentionnent un changement abusif dans les conditions d’utilisation et certains vont jusqu’à mentionner qu’un signalement a été fait auprès de la DGCCRF. « Quant à la clause vous autorisant à annuler unilatéralement cette gratuité ou à modifier les caractéristiques du service après l’achat, je vous rappelle qu’en droit français (Article L. 212 - 1 du Code de la consommation), les clauses permettant à un professionnel de modifier unilatéralement les conditions du contrat ou de supprimer une fonctionnalité essentielle du bien sont réputées abusives et nulles.

Elles ne sauraient m’être opposées », fustige par exemple un client. Ce changement n’est cependant pas une surprise. Il avait été communiqué en mai et Airzone précise depuis que les nouveaux clients ont droit à une période gratuite de six mois.

Mais attention, car la formule payante affecte d’autres aspects de l’utilisation, notamment un abaissement à un seul jour d’historique des données pour les graphiques intégrés, contre 1 à 3 ans dans la formule payante. Comme le précisait alors iGen, Airzone est partenaire d’environ 200 fabricants d’équipements CVC, dont des pompes à chaleur et climatisations. Ses produits se retrouvent donc souvent dans des équipements vendus dans le commerce, rendant le changement particulièrement visible.

Le composant Webserver, nœud du problème Une installation Airzone (qui comprend les registres motorisés, les thermostats et la carte centrale) doit fonctionner seule. On peut cependant demander à ajouter en option un composant nommé Webserver. Il se branche sur le bus domotique de la maison et connecte le tout au réseau.

Le Webserver est une option payante, ajoutée au devis pour pouvoir justement piloter l’installation domotique à distance. C’est un cas classique, qui permet par exemple de déclencher manuellement le chauffage ou la climatisation à l’avance quand on est sur la route du retour. Or, comme mentionné par plusieurs clients dans les forums de QueChoisir, Airzone mettait en avant la gratuité du service liée à ce composant optionnel.

Ils estiment que cet aspect a été un facteur important de la décision d’achat. « J’ai acheté le webserver à la fin de l’hiver pour pouvoir piloter ma maison depuis mon téléphone. Si j’avais su que cela allait devenir payant je n’aurais pas dépensé cet argent, car maintenant si je ne paye pas l’abonnement (qui n’existait pas et dont personne ne m’a parlé au moment de l’achat) je reviens au point de départ », explique un client, qui évoque une « prise d’otage ».

« J’ai le système Airzone sur gainable Hitachi depuis plusieurs années. Depuis peu le contrôle extérieur par application est payant. Une honte quand on voit le prix d’achat du système sachant qu’avant cela était gratuit et qu’à la pose on m’a vendu ce système de réglage comme gratuit », indique un autre.

Nous avons contacté Airzone pour éclaircir ce point et mettrons cet article à jour en cas de réponse. Le cas Withings L’entreprise française Withings a également fait parler d’elle pour des raisons similaires. À la mi-octobre, l’entreprise a en effet introduit un changement particulièrement désagréable pour les nouveaux clients : pour les comptes créés depuis le 13 octobre, il est désormais nécessaire de passer par une formule payante Withings+ (10 euros par mois ou 100 euros par an) pour transférer les données vers des plateformes tierces.

Les anciens utilisateurs ne sont pas concernés. La décision a créé une vive polémique, notamment chez nos confrères de MacG, qui s’interrogeaient alors : cela ne revient-il pas à placer un verrou sur les données des utilisateurs ? La formule payante devient d’autant plus incontournable que parmi les plateformes tierces, il y a Apple et Google.

Pour les personnes qui visaient des produits Withings dans l’idée de synchroniser et rassembler les données dans Santé (Apple) ou Health (Google), l’abonnement est nécessaire, alors qu’il s’agissait jusqu’à très récemment d’une fonction considérée comme basique. Même chose pour Strava. Au micro de BFMTV, Vincent Brand, chef de produit numérique, a assumé pleinement le choix, évoquant une nécessité pour l’entreprise : « Si on veut que Withings soit encore là dans les années qui viennent, il faut compter sur un transfert de valeur.

Avant, elle était sur le hardware, aujourd’hui, c’est la donnée », ajoutant que « le monde n’est plus le même aujourd’hui ». Facteur « aggravant » autour du changement, Withings n’a pas fait de communication dédiée, frôlant l’effet Streisand. Il est simplement apparu dans une FAQ sur la page d’assistance et sur les écrans des nouveaux clients qui voulaient transférer des données.

Interrogé sur ce manque de communication, Vincent Brand a simplement répondu : « On savait que nos clients allaient le voir ». Problème, la méthode peut donner l’impression que le changement a été introduit en douce. « On a sûrement fait quelque chose qui n’était pas totalement optimisé, c’est une certitude », a concédé le responsable.

Et pour cause : cette information n’est pas disponible sur les emballages des produits, des clients s’estiment donc floués. La compatibilité avec le Data Act et le RGPD s’est également posée. Mais pour Withings, il n’y a aucun problème : non seulement rien ne change pour les personnes souhaitant rester dans le seul écosystème Withings, mais les données personnelles peuvent toujours être récupérées.

« Le RGPD et le Data Act sont bien évidemment respectés, notamment le droit à la portabilité ou l’interopérabilité ». Et comme dans un nombre croissant de situations similaires, quelqu’un a décidé de contourner le changement. Un développeur s’est servi de Claude Code pour créer YourOwnWeigh pour récupérer les données et les synchroniser avec des plateformes tierces sans avoir à passer par l’abonnement.

Disponible sur GitHub sous licence MIT, le projet se présente sous forme d’application web avec des composants en Python spécifiques à chaque plateforme (fonctionne sur macOS et Linux, bientôt sur Windows). Grain à moudre Tous ces cas – y compris celui de Wink en 2020 – invitent cependant à la réflexion sur les achats d’appareils connectés. Le point de vue commun est que la vente de matériel ne suffit pas, même si les deux changements diffèrent : Airzone fait payer l’usage d’une fonction, quand Withings fait payer la circulation des données.

Rien ne porte à croire que ce changement était envisagé dès le départ, mais qu’il s’agisse de contraintes économiques ou d’autres facteurs, la sentence est la même pour la clientèle. Pour les acheteurs prospectant dans la domotique ou la santé connectée, la question de la politique des données est donc encore plus importante. Il ne s’agit plus seulement de leur sécurité ou de la vie privée, mais de la manière dont leurs données seront exploitables à travers d’autres services.

Ces formules ont toutes pour trait commun de rendre payante une fonctionnalité qui était jusque-là gratuite. Il ne s’agit donc pas de formules premium au sens classique, qui reviendraient à payer un supplément pour des fonctions supplémentaires. Pour autant, aucune règle n’oblige actuellement un fabricant à annoncer, au moment de la vente, combien de temps un service restera gratuit, ni même s’il continuera d’exister.

Ces changements invitent quoi qu’il en soit à se poser la question avant d’acheter, car il ne suffit plus de savoir ce que l’objet sait faire le jour de son acquisition. Des projets comme Home Assistant ou YourOwnWeigh montrent que l’on peut presque retirer les fabricants de l’équation, mais il faut pour cela des compétences, du temps et parfois d’autres matériels spécifiques. Cet article est en accès libre, mais il est le produit d'une rédaction qui ne travaille que pour ses lecteurs, sur un média sans pub et sans tracker.

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