Après l’opération de sabotage sur les installations frigorifiques de la grande distribution en France, certains magasins ont pris les mesures nécessaires. D’autres non, et ils en ont subi les conséquences. Constat cru de la part de Danfoss, au lendemain d’une nouvelle vague d’attaques à travers l’Europe.
Des enseignes ont été touchées en Belgique, en Estonie, en Finlande, en Irlande, au Luxembourg, aux Pays-Bas et en Suède. L’offensive des 11 et 12 octobre derniers avait compromis, entre autres, des systèmes dépendant de contrôleurs Danfoss AK-SC et AK-SM. Ces modèles ont à nouveau été ciblés, reconnaît le fabricant. Mais ceux dont les pirates ont effectivement pris le contrôle avaient un point commun : une interface gestion exposée à Internet et utilisant le mot de passe par défaut.
Au lendemain de l’attaque d’octobre, une pluie de remèdes… Danfoss n’est pas le seul fournisseur impliqué dans l’un et l’autre incident. Copeland/Dixell l’est aussi.
Le CERT-FR les avait tous deux mentionnés dans son bulletin d’alerte. « De manière générale, l’exposition d’une interface de gestion sur Internet est contraire aux bonnes pratiques », avait-il commenté. Il avait suggéré d’y préférer un réseau protégé ou un VPN sécurisé… en vérifiant au préalable les conditions d’assurance en cas de coupure de la remontée des données vers le prestataire frigoriste.
Lire aussi : Binance piraté : ce qu'on sait sur l'origine de l'attaque et ses conséquences Dans son propre bulletin d’alerte, Copeland/Dixell avait lui aussi conseillé d’utiliser un VPN chiffré. Il avait proposé trois solutions : Un routeur 4G fourni par ses soins, équipé d’un VPN et d’une SIM sans abonnement Le serveur VPN intégré aux box Internet (Free, Free Pro et Orange Pro le proposent nativement sans surcoût, avait-il souligné) Un serveur VPN dédié (trois fournisseurs cités : Teltonika, Stormshield, UniFi) Dixell France avait rappelé que la vulnérabilité exploitée concernait une ancienne génération de contrôleurs (XWEB EVO), arrivée en fin de maintenance en mars 2026. Il avait invité ses clients à prendre contact avec lui pour envisager une migration vers la plate-forme XWEB PRO. … pas tous simples à mettre en place Stephan Moelans est P-DG de Sacobel, installateur belge de systèmes de réfrigération.
Sur place, il a recensé une vingtaines d’installations touchées. Une mise à jour logicielle ne suffit pas, précise-t-il : des modifications physiques sont nécessaires. La solution la plus simple consiste à gérer les équipements via une connexion sécurisée, confirme-t-il.
Ceux piratés attendaient encore l’intervention physique en question. Selon Stephan Moelans, la même vulnérabilité a été exploitée que lors des attaques en France. Son homologue chez Kitman Coldtech – installateur estonien – n’en dit pas moins : « La signature est la même »…
Il compte une victime parmi ses clients : le groupe Selver, dans la « dernière succursale » du réseau qui n’avait pas encore migré vers des contrôleurs sécurisés. D’après le bilan qu’en tirent les chaînes concernées, beaucoup de victimes se trouvent dans les réseaux affiliés. Pour Delhaize, par exemple, les magasins de proximité Shop & Go.
Ou pour Colruyt, les magasins Spar, que tiennent des exploitants autonomes. Ces réseaux ont leurs propres contrats d’installation et de maintenance frigorifique. En Suède, Coop et ICA en témoignent.
Le premier explique que les équipements concernés communiquaient via une connexion cellulaire 4G non intégré à son réseau central. Le second évoque des « liaisons de télégestion indépendantes ». Illustration générée par IA