XCPE : Videostrong a vendu 1,3 million de box TV Android chargées d’un malware Ce qu'il nous faut, c'est un lapin de Troie sur roulettes Illustration : Flock Alexandre Laurent Le 03 novembre à 09h51 Google affirme avoir identifié une porte dérobée baptisée XCPE, qui changeait 1,3 million de box TV Android infectées en un botnet capable de lancer des actions malveillantes à grande échelle. L’éditeur accuse le fabricant des box en question, Videostrong Technology, d’avoir intentionnellement piégé ses appareils en usine à des fins lucratives. Une erreur ?

Google, la police japonaise et plusieurs éditeurs spécialisés en cybersécurité ont annoncé lundi avoir démantelé un réseau de machines infectées (botnet) composé d’environ 1,3 million de box TV Android produites par le constructeur chinois Videostrong. Celui-ci faisait jusqu’ici partie des fabricants accrédités pour la production de boîtiers Android TV, avec un double statut OEM / ODM et des box vendues notamment sous la marque Mecool. « Nous estimons avec un degré de certitude élevé que la porte dérobée et le botnet ont été intentionnellement développés, déployés et exploités à des fins lucratives par Videostrong Technology Co », affirme le centre de sécurité de Google dans un billet publié lundi 2 novembre qui revient sur les coulisses techniques de cette infection à grande échelle.

Un botnet pensé pour le profit Le point de départ identifié par Google et ses partenaires consiste en une backdoor baptisée x.cpe, préchargée dans la partition firmware et dissimulée de façon à passer au travers des contrôles qualité d’Android. « Videostrong a utilisé des techniques d’obfuscation pour exploiter une faille dans nos tests et charger du code malveillant après le premier démarrage de l’appareil », décrit Google. Cachée dans la partition /oem de façon à ce qu’elle soit réinstallée automatiquement en cas de réinitialisation, cette porte dérobée permet d’établir un pont entre la box piégée et une infrastructure de commande et contrôle (C2).

Les différents niveaux de cette dernière référençaient les appareils distribués dans 200 pays, et permettaient ensuite de distribuer les charges malveillantes justifiant l’existence du botnet. Google et ses partenaires listent une dizaine de modules correspondant à autant de scénarios d’exploitation, par exemple pour fournir de la bande passante à des attaques coordonnées, pour utiliser les box comme proxies résidentiels, ou pour simuler la consultation de publicités afin de générer automatiquement des revenus. « Le réseau x.cpe a été conçu dans un but lucratif continu.

En accordant un accès détourné à des affiliés spécialisés dans les logiciels malveillants, les opérateurs ont conspiré pour monétiser ces appareils longtemps après leur achat », conclut Google, dont les analyses soulignent que le réseau x.cpe ne se limitait pas à des box TV Android. « Nous avons observé un certain nombre d’autres appareils IoT sous Android infectés, notamment des appareils de télésanté, des machines de karaoké et des dispositifs d’affichage numérique ». Une infrastructure en constante évolution L’éditeur affirme avoir banni Videostrong et ses filiales des programmes de certification Android et mis en œuvre les mesures légales nécessaires pour faire fermer l’infrastructure de contrôle du botnet.

Il promet par ailleurs que des améliorations seront apportées aux processus de contrôle de l’intégrité du firmware sur les appareils certifiés Android. En attendant, Google admet que le botnet créé par l’intermédiaire des box Android piégées par Videostrong a pu opérer pendant des années, avec une infrastructure qui n’a cessé de gagner en complexité pour améliorer sa résilience. L’entreprise remarque ainsi qu’à partir de fin 2024, Videostrong et ses clients ont commencé à faire appel à un loader externe, com.abc.nexus, pour réserver x.cpe aux communications avec l’infrastructure C2 et ainsi limiter la visibilité de la porte dérobée.

En août 2026, la méthode évolue à nouveau, avec cette fois des malwares qui se dissimulent derrière des noms d’applications système Android et disposent de nouveaux canaux de communication en propre, là encore pour que le contrôle à distance soit possible sans exploiter la backdoor installée en usine. L’analyse de la distribution de x.cpe montre une présence sensible au Brésil, en Asie du Sud-Est, au Mexique, mais aussi en Australie, aux États-Unis, au Canada, en Russie, au Royaume-Uni, en Allemagne et en Espagne. Distribution de la backdoor x.cpe – crédit Google Google ne donne pas directement de conseil aux détenteurs d’une box possiblement infectée, et pour cause : le démantèlement de l’infrastructure C2 ne corrige pas la porte dérobée, et conseiller un reset d’usine ne serait pas suffisant puisque le code concerné est logé dans le firmware.

Le plus sûr est donc de débrancher l’appareil, ou à défaut de l’isoler sur un réseau local privé d’accès à Internet. Le moteur de recherche recommande tout de même de privilégier l’achat d’appareils produits par des partenaires accrédités, au rang desquels figurait encore récemment Videostrong. Cet article est en accès libre, mais il est le produit d'une rédaction qui ne travaille que pour ses lecteurs, sur un média sans pub et sans tracker.

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