Quand une décision politique provoque des remous dans le monde de la tech, c’est généralement sur X que les premières réactions fusent. Entre dirigeants qui prennent directement à partie les élus, entreprises qui sortent leurs calculatrices et personnalités du secteur qui alertent sur les conséquences économiques, le réseau social est devenu le principal théâtre des réactions à chaud. La taxe au gigaoctet, adoptée de justesse à l’Assemblée nationale le 30 octobre par 11 voix contre 10, ne fait pas exception.
Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la mesure ne passe pas vraiment auprès des principaux intéressés. Le Parti socialiste fait passer sa taxe sur les données Internet, une première étape avant la mise en place La réaction la plus remarquée est probablement celle de Xavier Niel. Interpellé sur X au sujet de cette nouvelle taxe, le fondateur de Free et d’Iliad n’a pas pris la peine de développer son argumentation : « Ce sont des ignares incompétents. » Quatre mots qui résument assez bien son sentiment sur le sujet.
Free étant lui-même concerné par le dispositif en tant que fournisseur d’accès chargé de mesurer les volumes de données et le seul opérateur à proposer un forfait mobile illimité en données, le dirigeant n’est pas exactement un observateur extérieur à l’affaire. Ce sont des ignares incompétents.— Xavier Niel (@Xavier75) October 31, 2026 L’association VideoLAN, qui développe notamment le célèbre lecteur VLC, avait ouvert le bal dès le 30 octobre, quelques heures après le vote. Elle estime que le dispositif pourrait lui coûter plus d’un million d’euros par an et s’interroge sur la capacité des parlementaires à comprendre les conséquences de leur propre amendement.
So, the French socialists, and Parliament members just voted a tax, that they don’t understand, which would cost VideoLAN more than 1 million euro per year. They are probably the most clueless politician on Earth? And they claim they want technological sovereignty… @LaurentLhardit— VideoLAN (@videolan) October 30, 2026 Laurent Lhardit, député socialiste à l’origine du texte, lui a répondu que le plafonnement de la taxe la protégerait.
Un argument qui n’a pas convaincu l’association : celle-ci rappelle qu’elle est à but non lucratif et dénonce l’absence d’exemption spécifique pour les associations et les projets de logiciel libre. Une situation assez ironique pour une mesure censée s'attaquer aux géants du numérique. You have no idea what you are talking about.
What you said about Facebook and Insta and other social networks are not targeted because they are free, means you don’t understand the basics of economy. You don’t understand the difference between Revenue and Profit. Nor what is a non-profit.
You don’t understand anything about digital economy and digital business models. You don’t understand anything about security and updates. You should be ashamed of yourself.— VideoLAN (@videolan) October 30, 2026 Même son de cloche du côté d’Octave Klaba, fondateur et PDG d’OVHcloud, qui a pris le temps de sortir la calculatrice pour mesurer les conséquences de la mesure.
Dans un long message publié le 31 octobre, il compare notamment le montant de la taxe aux coûts habituels du transit et du peering, avec des écarts qui peuvent atteindre plusieurs milliers de pour cent dans son exemple. Pour OVHcloud, le montant brut pourrait atteindre 70 millions d’euros par an, avant application du plafonnement prévu par le texte. Le dirigeant y voit notamment un risque de distorsion de concurrence pour les hébergeurs français, qui pourraient se retrouver avec une facture considérable à répercuter sur leurs clients.
J'ai lu l'amendement I-1358 au PLF 2027, adopté ce vendredi à l'Assemblée : une taxe de 0,055 € par Go envoyé vers les abonnés des FAI français. Le chiffre est abstrait, alors comparons-le. Corrigez-moi si vous voyez des erreurs.
Deux comparaisons et un cas concret : Le transit et le peering. Un port 100 Gbps coûte environ 6 300 € par mois chez un fournisseur de transit mondial. En interconnexion directe avec un FAI européen, compter 3 à 5 fois plus, soit 20 à 30 k€ par mois.
Sur ce port (a), la taxe atteint 1,02 M€ par mois, soit environ 3400 % à 16300 % du prix d'une interconnexion vers les FAI français. On change donc profondément le modèle économique de la bande passante en France. Les hyperscalers sont critiqués pour le prix de leur trafic sortant, qui va d'environ 0,08€ à 0,045€ par Go selon le volume.
La taxe, 0,055 € par Go, représente 68 % à 123 % de ce prix. On parle donc de doubler, pour le trafic vers la France, un prix déjà jugé trop élevé ! Le cas d'OVHcloud.
Nous envoyons de l'ordre de 500 Gbps au 95e percentile vers les FAI français, soit environ 324 Gbps en moyenne. Sur un an, la taxe brute atteindrait 70 M€. Le texte la plafonne à 15 % du CA réalisé en France ou à 2 % du CA mondial, soit entre environ 23 et 70 M€ par an que nous devrions collecter pour l'État, et donc répercuter sur nos clients.
Conclusions : Une taxe porte en général sur une petite fraction de son assiette. Celle-ci vaut plus de 3000 % du coût du transit, et environ 100 % du prix public des hyperscalers. Rappelez-vous la loi SREN, votée pour supprimer les frais de transfert qui empêchaient les clients de quitter un fournisseur cloud.
Ici, on parle de doubler le prix du trafic sortant vers les internautes français, un prix déjà très problématique. Le garde-fou, un plafond calculé sur le chiffre d'affaires, est incohérent. Ce chiffre d'affaires couvre des serveurs, du stockage, des datacenters et des équipes sans rapport avec la bande passante.
C'est comme créer une taxe calculée sur la consommation électrique des usines automobiles en France, plafonnée à 15 % du chiffre d'affaires des constructeurs. Quel rapport entre les deux ? Une taxe nationale de ce type frappe à coup sûr les entreprises établies en France, alors que leurs concurrents mondiaux sans présence en France livrent le même trafic aux mêmes FAI français sans payer cette taxe en pratique.
Cela crée une distorsion de concurrence au détriment des acteurs nationaux et déclasse les entreprises qui embauchent en France. Une taxe qui produit l'effet inverse serait une meilleure approche. (a) Facturé au 95e percentile, ce port n'est pas plein en permanence : avec un profil journalier type (22 % vers 4 h, 90 % vers 21 h), il transporte en moyenne 57 % de sa capacité, soit 18,6 millions de Go par mois.— Octave Klaba (@olesovhcom) October 31, 2026 Éric Larchevêque, cofondateur de Ledger, a lui aussi largement critiqué l'amendement, avec une approche plus directement compréhensible pour le grand public. « Ils ont complètement pété les plombs », écrit-il, avant d'illustrer le coût théorique de la mesure avec plusieurs usages du quotidien : jusqu’à 0,77 euro pour regarder un film Netflix de deux heures en 4K, 8,25 euros pour télécharger un jeu de 150 Go ou encore 55 euros pour récupérer 1 To de fichiers depuis Google Drive.
Des montants calculés à partir du tarif prévu par l'amendement, qui ne correspondent pas à une facturation déjà appliquée aux utilisateurs, mais illustrent le risque de répercussion redouté par ses opposants. 🚨 0.77€ de taxe pour regarder un film Netflix ! Ce vendredi, les députés viennent d'adopter un amendement socialiste visant à taxer les données qui circulent sur Internet à hauteur de 5,5 centimes par gigaoctet reçu en France. Ils ont complètement pété les plombs.
Voici quelques exemples de ce que ça va désormais vous coûter : 🔴 Vous regardez un film Netflix de 2 heures en 4K ? Jusqu'à 0,77 € de taxe brute sur les données transmises. 🔴 Vous téléchargez un jeu vidéo de 150 Go ? 8,25 €. 🔴 Vous récupérez 200 Go de photos personnelles stockées chez Google ?
11 €. 🔴 Vous rapatriez 1 To de vos propres fichiers depuis Google Drive ? 55 €. 🔴 Vous restaurez 2 To de sauvegardes après une panne informatique ? 110 €.
Ces taxes seront facturées aux plateformes américaines, qui vous vous en doutez bien, vous redescendront la facture ! Ils sont en train de construire une fiscalité qui pénalise le simple fait de transmettre de la donnée. Et ceci alors que nous sommes à l'aube d'une révolution technologique majeure avec l'IA !
Pour rester compétitifs, tous les pays doivent accélérer leur transformation numérique. Et nous en France, que trouve-t-on comme idée de génie ? UNE PUTAIN DE TAXE SUR LA DATA !
Et en plus ils ont le culot de nous la présenter comme une mesure écologique qui encouragerait à réduire les volumes de données échangées. Quelle bande de guignols. Il faut être totalement déconnecté des réalités économiques pour considérer qu'un pays peut retrouver sa prospérité en multipliant indéfiniment les prélèvements sur les activités productives.
Cet amendement n'est pas encore une loi définitive, mais le simple fait qu'une telle proposition ait été adoptée à l'Assemblée nationale en dit long sur la manière dont nous sommes gouvernés. Ces fous du bus vont vraiment nous mettre au fond du ravin.— Eric Larchevêque (@EricLarch) October 30, 2026 De son côté, Laurent Lhardit tente de défendre son amendement sur la question de la répercussion de la taxe sur les consommateurs. Selon un extrait diffusé par le journaliste Raphaël Grably, le député estime qu'elle ne pourra pas être répercutée sur les internautes puisque Facebook est « gratuit ».
Un raisonnement qui laisse tout de même quelques questions en suspens : Facebook ne fonctionne pas sans revenus, mais grâce à la publicité, dont le coût est indirectement supporté par les annonceurs et, potentiellement, les consommateurs. On vous laisse juge de cette réponse. Laurent Lhardit, à l’origine de l’amendement, estime que cette taxe ne pourra pas être répercutée sur le consommateur puisque Facebook est « gratuit ». https://t.co/LgB14GV5ZU— Raphael Grably (@GrablyR) October 30, 2026 Au-delà des formules, les critiques se rejoignent sur un même point : en voulant faire contribuer les grands fournisseurs de contenus, le texte risque aussi de toucher des acteurs français, des associations et des services qui n'ont rien des GAFAM. Car un gigaoctet reste un gigaoctet, qu'il corresponde à un film sur Netflix, à une distribution Linux, à un logiciel libre ou à la sauvegarde des photos d'un particulier.
C'est précisément ce mélange des usages, et le risque de faire payer davantage la circulation des données dans un pays qui cherche par ailleurs à accélérer sa transformation numérique, qui nourrit la contestation. Et pour l'instant, l'amendement n'est qu'une étape dans l'examen du budget 2027 : la taxe est loin d'être définitivement adoptée. Taxer les flux internet à 0,10 € le Go, bonne idée ou catastrophe ?