Une fuite de données perce l’opacité du département américain de la Sécurité intérieure La nouvelle génération de hackers Illustration : Flock Mickael Bazoge Le 30 octobre à 08h32 Le département américain de la Sécurité intérieure (DHS) a des fuites. Et pas qu’un peu. Des données personnelles sur plus de 41 000 employés et prestataires sont dans la nature, tout comme des informations sensibles sur des programmes de surveillance.

Une erreur ? Un groupe de pirates se faisant appeler « Department of Peace » aurait obtenu les données volées sur les serveurs du DHS, puis transmises au site Distributed Denial of Secrets (DDoSecrets) qui a publié une archive sous le nom « Icepick ». Les fichiers, mis à jour pour la dernière fois le 19 août, ont été consultés par WIRED.

Le ministère confirme par le biais d’un porte-parole avoir eu connaissance d’une « possible intrusion » et travaille à y remédier « rapidement et efficacement ». « Nous prenons au sérieux toutes les menaces visant la sécurité de nos employés et de nos agents et veillerons à ce que tous soient correctement protégés », ajoute-t-il. Un annuaire qui dévoile les rouages du DHS DDoSecrets explique que les données proviennent du système d’authentification Okta du DHS.

L’entreprise dément toute intrusion : « Nous avons pris connaissance de ces informations. Okta est sécurisé et nous n’avons aucune preuve que nos données ou nos systèmes aient été compromis ». Quoi qu’il en soit, la fuite expose les données (adresses email, numéros de téléphone, adresses des bureaux) de 41 000 employés et fournisseurs du ministère.

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, le DHS, qui chapeaute notamment la police de l’immigration ICE et les services de protection des frontières, s’est transformé en citadelle du secret. Au cœur de la politique migratoire radicale de l’administration, le DHS est critiqué pour ses méthodes musclées de surveillance des opposants et pour l’opacité entourant ses agents et ses opérations. « Ils ont nos informations, il est donc normal que nous ayons les leurs », se justifient les hackers de Department of Peace.

La fuite dépasse cependant l’annuaire d’adresses ; elle révèle aussi les noms de responsables hiérarchiques et plus de 55 000 groupes qui définissent les accès aux outils et systèmes internes du DHS. Les noms de ces groupes permettent d’identifier les logiciels utilisés – la fuite contient des références à des outils IA comme ChatGPT, Gemini, Copilot et Grok – les programmes de surveillance (comme la plateforme Falcon de Palantir) et certaines opérations (notamment de surveillance et de couverture) auxquels les personnels ont accès. Cette fuite pourrait par exemple révéler des agents liés aux activités de l’ICE en charge de l’immigration.

Toutes ces informations permettent de reconstituer l’organigramme du DHS. La base de données peut être consultée sur un site créé par la chercheuse en sécurité maia arson crimew, qui estime que malgré l’intimidation exercée par le DHS, il ne faut pas « renoncer à enquêter sur eux ». Une mine de renseignements pour qui voudrait infiltrer le ministère Alexander Leslie, spécialiste de la sécurité chez Recorded Future spécialisée sur les cybermenaces, explique à WIRED que « si ces données sont authentiques et à jour, elles constituent une source de renseignement d’une valeur exceptionnelle pour quiconque cherche à infiltrer le DHS. » « [La] valeur [de ces données] augmente considérablement lorsqu’elles sont croisées avec des informations déjà compromises, des données commerciales et d’autres renseignements.

Un adversaire pourrait passer des mois à exploiter ces liens pour repérer des personnels vulnérables, préparer des usurpations d’identité convaincantes ou compromettre des enquêtes en cours. » Cette fuite rappelle celle du FBI orchestrée en septembre dernier par les pirates de ShinyHunters. Ils n’ont cependant jamais publié les données subtilisées. La situation ici est donc différente, puisque les informations du DHS sont disponibles en ligne.

Le réseau social Bluesky a d’ailleurs bloqué les liens vers l’archive. Cet article est en accès libre, mais il est le produit d'une rédaction qui ne travaille que pour ses lecteurs, sur un média sans pub et sans tracker. Soutenez le journalisme tech de qualité en vous abonnant.

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