En imposant des restrictions sur la portabilité des licences VMware, Broadcom risque de créer des « mini-monopoles » régionaux et sectoriels. Telle est la perception de l’association CISPE, qui représente les clouders européens. Elle en fait part dans le quatrième rapport de son « observatoire » de la concurrence.
Les trois premiers avaient été publiés en février, mai et octobre 2025. Dans cet intervalle, la liste des doléances contre le groupe américain s’était progressivement allongée. Après VCSP, le BYOL : une solution de repli en moins Un an plus tard, il y a encore du nouveau.
CISPE pointe tout particulièrement deux actions. D’un côté, la fermeture « subite » du programme VCSP. C’était le 26 janvier 2026.
Les partenaires avaient appris que passé le 31 mars, ils ne pourraient plus signer de nouveaux contrats clients ni de renouvellements. Non qu’on n’eût pu le voir venir : Broadcom avait déjà fortement refondu le programme à l’automne 2025. Avec, entre autres effets, l’obligation pour les clouders de choisir entre les rôles de revendeur et de fournisseur de services.
Quant à ceux qui ne feraient plus partie du programme, ils ne pourrait plus héberger de solutions VMware – uniquement revendre des licences. Lire aussi : Broadcom complique la tâche pour les outils de migration VMware À en croire CISPE, les fournisseurs invités à rejoindre le nouveau programme partenaires ont vu leurs frais de licences augmenter de 15 %. En toile de fond, notamment, la fin du modèle qui permettait d’exploiter des cœurs supplémentaires ensuite payés en arriérés.
L’association déplore plus globalement la perte d’accès à un produit qui « n’a pas de substitut immédiat » et qui, au-delà de sa revente, est devenu le socle de tout un écosystème de services cloud. L’autre élément que pointe le CISPE touche le bring your own license. Des « restrictions sévères » s’appliquent depuis mai 2026, estime-t-il.
Jusque-là, les clients finaux pouvaient exploiter leurs licences sur site dans le cloud de leur choix, aussi longtemps que c’était sur de l’infra dédiée fournie et opérée par le CSP. Cette forme de « plan de contingence » pour les clouders exclus du programme partenaires n’est plus. Le choix des clients finaux se limite dorénavant aux plates-formes que Broadcom a certifiées.
D’où la référence au risque de « mini-monopoles »… Le secret professionnel retarde la procédure antitrust Le rapport de février 2025 prêtait à Broadcom des « tactiques dilatoires » employées dans le cadre de ses litiges – notamment avec Orange et Thales en France – afin de retarder les décisions sur le fond. CISPE dénonce toujours ces méthodes, mais désormais dans le contexte de la procédure antitrust ouverte par la Commission européenne.
Il n’y a pas encore d’enquête formelle. On en est au stade de la demande de renseignements… depuis maintenant 8 mois. Broadcom a effectivement fait barrage à cette requête.
Il a saisi le Tribunal de l’UE pour la faire annuler. Au cœur du débat, le secret professionnel appliqué aux communications avec des avocats dans le cadre de services de conseil juridique. Aux États-Unis existe ce qu'on traduit volontiers par « privilège client-avocat » et qui garantit une protection totale de ce type de communications.
Broadcom l'a revendiqué pour dénoncer une demande illicite de la part de la Commission européenne. La justice a toutefois rejeté son recours début août. Bruxelles a toutefois fait une concession, acceptant de ne pas demander la production intégrale des échanges avec des avocats externes.
CISPE dit craindre un précédent que pourraient exploiter d'autres sociétés technologiques. Et rappelle qu'à l'inverse, Broadcom cherche à lui faire produire des informations qui relèvent du secret commercial. Le reporting de conformité, assimilé à un kill switch De rapport en rapport, un autre sujet a pris de l'importance : la « souveraineté ».
CISPE réaffirme que Broadcom se livre à des communications « trompeuses » en la matière. L'association s'appuie sur un référentiel qu'elle a publié au printemps 2026 : le Sovereign and Resilient Cloud Framework. L'initiative s'inspire nettement du niveau 3 du référentiel Gaia-X, mais s'en différencie par une double approche « souverain » / « résilient ».
Elle constitue une forme de réponse au Cloud Sovereignty Framework que pousse la Commission européenne. CISPE regrette en particulier la possibilité que laisse Bruxelles de calculer un « score de souveraineté », éventuellement avec une pondération par objectif (souveraineté stratégique, technologique, opérationnelle, etc.). De son avis, on ne peut pas être « souverain à 75 % » : on l'est ou on ne l'est pas.
VCF ne remplit pas les critères du Sovereign and Resilient Cloud Framework, y compris au niveau de base. Avant tout parce qu'il s'agit d'une pile propriétaire émanant d'un éditeur exposé, entre autres, au CLOUD Act et aux restrictions à l'export que décrète Washington. Mais aussi parce qu'il garde un contrôle unilatéral en tant que seule source de correctifs, de mises à jour et de maintenance.
CISPE y ajoute un élément qu'il a déjà pointé par le passé : le mécanisme de reporting de conformité de VCF. Il l'assimile à un kill switch au sens où une non-conformité peut résulter en une dégradation ou un blocage du plan de contrôle (cf. documentation Broadcom). Illustration générée par IA