Vladimir Poutine et Xi Jinping. Dessin d’Arcadio paru dans La Prensa Libre, San José (Costa Rica) S’inscrire à la newsletter La Lettre de l’éduc L’article de la semaine À lire aussi : Géopolitique. En se tournant vers l’Asie, la Russie doit tenter d’éviter toute dépendance économique Ajouter aux favoris Pourquoi cet article Nous vous proposons cette semaine un article du quotidien moscovite Kommersant qui analyse la stratégie russe dite du “pivot vers l’Est”.
Cet article est tiré du hors-série de Courrier international intitulé Géopolitique : l’arme de l’économie, un numéro qui recèle énormément de ressources pour les élèves qui ont choisi la spécialité HGGSP. Cet article est particulièrement intéressant pour les élèves de première qui travaillent sur le thème 2 consacré aux dynamiques des puissances internationales, puisqu’il montre que pour la Russie l’économie est à la fois un instrument de la puissance et une vulnérabilité. S’il ne fallait retenir qu’une citation “Le danger du modèle actuel est qu’il est de plus en plus dépendant d’un nombre limité de partenaires, la Chine notamment, ce qui réduit la marge de négociation, accentue la pression sur les prix et peut créer une dépendance unilatérale en matière de technologies et d’approvisionnements.” Depuis 2022, les sanctions occidentales, c’est-à-dire des mesures restrictives visant à faire pression sur un État sans recourir à la force, ont fermé à la Russie le marché européen, alors que l’Europe était jusque-là son premier partenaire commercial.
Pour compenser cette perte, Moscou a opéré un “pivot vers l’Est” : il s’agit d’une réorientation de l’économie mais aussi de la diplomatie russes vers l’Asie, et d’abord vers la Chine. Le terme fait écho au “pivot vers l’Asie” voulu par le président américain Barack Obama en 2011, mais la logique est inverse : Washington se tournait vers l’Asie-Pacifique pour contenir la Chine, Moscou se tourne vers Pékin par contrainte, au risque d’en devenir dépendant. Ce pivot transforme l’économie russe.
Les échanges avec la Chine ont atteint 228 milliards de dollars en 2025, et ceux avec l’Inde ont presque quintuplé en trois ans. Aujourd’hui, près d’une société étrangère active en Russie sur quatre est chinoise, souligne Kommersant. Saint-Pétersbourg (dans le nord-ouest du pays), qui fut une “fenêtre sur l’Europe”, espère à présent devenir la porte occidentale de la “route maritime du Nord”, un trajet qui relie le nord-ouest de la Russie à la zone Asie-Pacifique via l’océan Arctique.
Mais la Russie a remplacé une dépendance par une autre, comme l’analyse Vladislav Aïrapetov, PDG d’un groupe russe actif dans différents secteurs, dans la citation que nous avons choisie. Les politistes Robert Keohane et Joseph Nye parlent d’“interdépendance asymétrique” : quand l’un des partenaires a bien plus besoin de l’autre que l’inverse, l’échange devient un levier de puissance pour le plus fort. La Chine contrôle environ 60 % des importations russes, relève Olga Sokolnikova, directrice d’une société de logistique, citée par Kommersant, et elle peut imposer ses prix : en cas de fermeture de cette filière, souligne-t-elle, “15 % des entreprises russes seraient tout simplement paralysées”.
Exportatrice de matières premières et importatrice de technologies, la Russie s’enferme dans une économie de rente, qui tire l’essentiel de ses revenus de ses ressources naturelles, au point que certains observateurs parlent de “vassalisation” – bien que ce ne soit le cas d’aucun de ceux cités par Kommersant, un journal proche du Kremlin. Pour l’économiste Svetlana Batanova, le pivot vers l’Est est donc “un test pour l’ensemble du pays : saura-t-il bâtir un partenariat technologique fondé sur un rapport d’égalité ?” Pour aller plus loin Pour approfondir les relations complexes qui lient le président russe, Vladimir Poutine, à son homologue chinois, Xi Jinping, nous vous proposons de consulter les liens suivants : cette revue de la presse russe qui, si elle souligne la solidité du partenariat entre les deux dirigeants, traduit l’asymétrie qui marque leurs relations ; cette analyse du quotidien économique américain The Wall Street Journal, qui montre que l’isolement de Poutine le place désormais dans une position subalterne par rapport à son homologue chinois ; et cet article du site russe indépendant Republic, qui montre que Xi Jinping est en train de devenir le leader du Sud global aux dépens de Vladimir Poutine. Et ce qu’il ne fallait pas rater non plus cette semaine Pour les élèves de terminale qui travaillent sur le thème de l’environnement nous proposons la lecture de ce “Tout s’explique” consacré à la COP17 sur la biodiversité qui s’est ouverte à Erevan, en Arménie, le 19 octobre.
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