Une free zone émirienne propose des centaines d'activités, rédigées en anglais. En choisir une au hasard coûte cher : refus bancaire, licence à amender, autorisation en plus... Quand on prépare une société aux Émirats, on compare longuement free zone et mainland, on discute le prix, on s'inquiète du visa.
Les activités, elles, se cochent souvent en fin de formulaire, en cinq minutes. C'est une erreur. Dans les dossiers que je suis, une ouverture de compte échoue bien plus souvent à cause d'un code d'activité qui ne colle pas au métier réel qu'à cause du régime choisi.
Pour mesurer le problème, j'ai repris la nomenclature complète de la free zone des Émirats du Nord. Voici ce qu'elle apprend. 886 lignes, toutes en anglais La liste compte 886 activités.
Plus de la moitié relève du commerce (501), 279 des services, 93 sont classées « autres » et 13 sont regroupées sous l'étiquette blockchain, IA, crypto et jeu vidéo. Une licence peut en porter jusqu'à dix, commerce et services mélangés. Aucune traduction officielle n'existe, et les intitulés suivent une logique administrative.
« Conseil » n'est pas une activité : 79 intitulés contiennent le mot consultancy, de « Computer Systems Consultancies » à « Real Estate Consultancies ». Deux d'entre eux, « Aviation Consultancy » et « Sports Consultancy », demandent même l'accord d'une autorité extérieure. Se déclarer consultant ne règle donc rien.
Il faut dire conseil en quoi, et pour qui. Vous pouvez retrouver l'ensemble des activités avec une traduction certifiée pour vous aider dans vos recherches : la liste des 886 activités, en accès libre. Les chiffres de cette chronique en viennent.
La banque lit votre licence, puis vos factures Aux Émirats, le compte de la société s'ouvre après la licence, et le service conformité de la banque compare les deux. Il demande vos clients types, leur pays, le contenu de vos factures et le chiffre d'affaires attendu. Si la licence annonce un métier et que les flux en racontent un autre, le dossier bloque.
On en sort par un amendement de licence, payant, puis par un nouveau dépôt. Un exemple type : un acheteur média qui pilote des campagnes publicitaires pour des marques françaises s'immatricule en « Internet Consultancy », parce que le mot internet le rassure. La banque voit passer des budgets publicitaires reversés à des régies.
Rien dans la licence ne l'explique. La parade tient en une phrase, à écrire avant de chercher le moindre code : je vends quoi, à qui, dans quel pays, pour combien. Par exemple : « gestion de campagnes sur les réseaux sociaux pour des PME françaises, factures mensuelles de 3 000 à 6 000 euros, environ 150 000 euros la première année ».
Ensuite seulement, on cherche dans la nomenclature les mots de la facture, pas ceux de la carte de visite. 46 activités demandent une autorisation de plus Sur les 886, 46 exigent l'approbation d'une autorité émirienne en plus de celle de la free zone, à peu près une sur vingt. Les métaux précieux et la bijouterie passent par le régulateur de la sécurité (SIRA), l'édition et l'audiovisuel par le régulateur des médias.
Le sport a aussi son autorité. D'autres cas surprennent davantage. La comptabilité et le conseil fiscal sont soumis à une conformité auprès du ministère de l'Économie.
Les sociétés holding figurent dans la liste. La location de trottinettes électriques dépend de l'autorité des transports routiers. Le cas le plus parlant se trouve dans la publicité.
« Advertising Agency » se prend sans autorisation particulière. « Advertising Services Via Websites », qui décrit pourtant le quotidien de beaucoup d'agences françaises, demande l'accord du Media Council. Deux intitulés voisins, deux parcours différents.
Chaque autorisation ajoute des frais et des délais : mieux vaut le savoir avant le dépôt qu'après. Ces mentions sont celles de cette free zone, une autre peut classer autrement. Ce que le code ne règle pas Une activité bien choisie ne change pas la nature de la free zone.
Vendre des marchandises à des particuliers aux Émirats passe par une structure mainland ou par un distributeur. Une free zone peut en revanche servir des clients professionnels basés aux Émirats pour des prestations de services, à condition que le code les couvre. Le code ne décide pas non plus de l'impôt.
Le taux de 0 % propre aux free zones dépend d'une autre liste, celle des activités qualifiées au sens fiscal, où le conseil ne figure pas. Je l'ai détaillé dans une précédente chronique. Dix cases, ce n'est pas une invitation Dernier piège, propre aux free zones qui autorisent dix activités pour le même prix : tout cocher « au cas où ».
À mon sens, c'est une mauvaise idée. Une licence qui aligne dix métiers sans rapport se lit mal à la conformité, et chaque activité doit pouvoir s'expliquer. Deux ou trois codes précis, que vos factures confirment, valent mieux qu'un inventaire.
Si un nouveau métier arrive dans deux ans, une licence s'amende. Le code d'activité tient en quelques chiffres sur la licence. Il pèse plus lourd que sa taille.
Chiffres tirés de la nomenclature de cette free zone au 22 octobre 2026.