Manifestations du 24 octobre : le gouvernement Lecornu voulait bloquer des réseaux sociaux, les opérateurs “pas convaincus” Par Antoine Roche (@antoineroche.bsky.social) Publié le 26/10/26 à 12h19 Nos réseaux : Suivez-nous Ajoutez nous à vos favoris Google Commenter (2) 3 © Victor Velter/Shutterstock - Sébastien Lecornu voulait pouvoir bloquer les réseaux sociaux ce week-end. 2 Faisant suite aux déclarations du président Macron (“la recommandation générale, c’est qu’il n’y ait pas de manifestation dans les jours à venir”), le gouvernement aura (presque) tout essayé pour tenter d'empêcher les mobilisations de ce samedi 24 octobre d'avoir lieu partout en France. Entre interdictions préfectorales de manifester ou de se regrouper, des zones bouclées, des parcours modifiés au dernier moment ou encore des renforts des forces de l'ordre, le Premier ministre Sébastien Lecornu et le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez ont voulu à tout prix dissuader les Français de descendre dans la rue.Les images démontrent qu'il n'en a rien été, mais la situation aurait pu être bien différente si Sébastien Lecornu était parvenu à ses fins.

D'après une lettre relayée par le média indépendant Blast, le chef du gouvernement souhaitait pouvoir bloquer l'accès aux réseaux sociaux ce jour-là. À lire également : Bitchat : tout savoir sur cette application de messagerie sans Internet, très utile en manifestation Blocage de TikTok, Instagram et Snapchat : le plan de Sébastien LecornuEnvoyée le 22 octobre 2026, soit deux jours avant les manifestations, une lettre a été adressée aux directeurs généraux des quatre opérateurs français : Christel Heydemann chez Orange, Benoît Torloting chez Bouygues Telecom, Thomas Reynaud chez Iliad (Free) et Arthur Dreyfuss chez Altice France (SFR).En introduction, Sébastien Lecornu y évoquait les mobilisations du 17 octobre et indiquait que “les réseaux sociaux ont joué un rôle décisif non seulement dans la cristallisation et la viralité de mots d'ordre illicites, mais aussi comme leviers de coordination opérationnelle des violences au cours des manifestations”. Page 1 | © Blase 2 images Anticipant une possible reproduction de la contestation le 24 octobre, il souhaitait ainsi, pour quelques heures sur les connexions mobiles 4G et 5G, pouvoir disposer de la faculté de suspendre temporairement l'accès aux apps Snapchat, TikTok et Instagram “en cas de réitération de violences urbaines”, via un filtrage de leurs noms de domaine (DNS).Dans son courrier, Sébastien Lecornu invitait les opérateurs à anticiper dès le 22 octobre les opérations techniques nécessaires à la mise en œuvre immédiate de ce blocage, s'il venait à être décidé.

Il demandait également à connaître les conditions requises pour déclencher l'opération, tout en évitant au maximum de nuire à l'état du réseau et au bon fonctionnement des autres services (apps tierces, Internet fixe…).Ce n'est pas la première fois qu'une telle mesure est étudiée en France, voire appliquée. Pour mémoire, en Nouvelle-Calédonie, TikTok avait été bloqué du 15 au 29 mai 2024 par la nécessité revendiquée de limiter la communication entre les émeutiers et en raison d'inquiétudes liées à de potentielles ingérences azerbaïdjanaises. En mars 2025, le Conseil d’État avait recommandé l’annulation de la mesure, jugée disproportionnée.

À lire également : C’est déjà fini pour l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans : le Conseil constitutionnel censure la mesure Blocage des réseaux sociaux : une faisabilité technique et juridique contestée par les opérateursMais entre le flou juridique qui entoure un tel blocage et les difficultés techniques que cela représente, il semblerait que les quatre opérateurs, tenus au secret par cette lettre, n'ont pas répondu très favorablement à la requête.Toujours d'après Blast, une visioconférence de 70 min s'est tenue le lendemain, 23 octobre, entre le Secrétariat général du gouvernement, le cabinet du Premier ministre, la Direction générale des entreprises et les directions juridiques des opérateurs. D'après le compte rendu, ces derniers n’ont pas été convaincus par la mesure et ont jugé sa mise en œuvre “juridiquement très délicate”.Il s'avère en effet complexe de bloquer administrativement les réseaux sociaux sur une zone géographique spécifique et uniquement sur mobile à si court terme, d'autant que des VPN ou des messageries alternatives permettent de contourner facilement la restriction. Reste que l'étude concrète de cette solution de gouvernement, jugée liberticide par beaucoup, soulève de nombreuses interrogations, notamment dans un contexte où la mobilisation ne semble pas faiblir et fait peser le risque de nouvelles manifestations dans les prochaines semaines.

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