Après deux années de rebond, les Bourses chinoises reculent pour la dixième semaine consécutive — un record. En pleine montée en gamme industrielle et malgré l’essor de l’IA, Pékin a choisi la « bonne gouvernance » et le bâton plutôt que la relance. Pourquoi, et qu’est-ce qui pourrait inverser la tendance ?
À l’été 2015, le gouvernement chinois a estimé que les marchés boursiers avaient progressé trop haut, trop vite. Il a mis un frein au crédit sur marge et instauré diverses restrictions qui ont mis un terme brutal à la forte tendance haussière en cours. En janvier 2024, le gouvernement chinois a fait marche arrière, jugeant que les cours des actions chinoises avaient suffisamment baissé.
Pékin est intervenu sur le marché et a fixé un seuil plancher pour les marchés nationaux. Les actions ont alors rebondi, générant des rendements très solides en 2024 et 2025. Cependant, au cours de l’année écoulée, les rendements des marchés boursiers chinois ont été plutôt médiocres.
En effet, les marchés boursiers chinois sont désormais en baisse depuis dix semaines consécutives, un record qu’ils n’avaient jamais atteint auparavant. Et ce, malgré le fait que (a) l’engouement pour tout ce qui touche à l’« intelligence artificielle » ait été un moteur clé de la performance des marchés boursiers mondiaux et que (b) la Chine soit l’un des rares pays en dehors des États-Unis à enregistrer réellement des progrès notables dans le domaine de l’IA. En bref, les actions chinoises ont connu un mois, un trimestre, un début d’année et une période de douze mois très décevants, et ce qui était jusqu’alors une surperformance constante s’est désormais évaporé comme neige au soleil.
La Chine monte en gamme Comment en est-on arrivé là ? Après tout, les entreprises chinoises bénéficient de l’un des coûts d’électricité les plus bas au monde, des coûts de financement les plus bas et des coûts de main-d’œuvre les plus bas. Mais surtout, de nombreuses entreprises sont passées du statut de producteurs à bas coût et à faible marge de produits d’entrée de gamme à celui de producteurs de biens de haute qualité.
En effet, l’une des évolutions macroéconomiques les plus importantes de ces dernières années est que, à l’instar des entreprises japonaises dans les années 1970, les entreprises chinoises gagnent désormais des parts de marché à travers le monde non seulement grâce à leurs prix, mais aussi grâce à la qualité de leurs produits. Des entreprises comme BYD, Xiaomi, Huawei, Hesai, CATL… deviennent de véritables « marques », et ce à un moment où la plupart des gens estimaient que la Chine était encore loin de pouvoir créer des marques mondiales crédibles. À l’instar des entreprises japonaises dans les années 1970, les entreprises chinoises gagnent des parts de marché non seulement grâce à leurs prix, mais aussi grâce à la qualité de leurs produits.
Le choix de la gouvernance Une explication possible est que, au cours de l’année écoulée, ce n’est pas tant que Pékin ait soudainement cessé de soutenir à la fois la consommation intérieure et le marché boursier… mais que le gouvernement semblait plutôt déterminé à ralentir l’économie. Comme l’a écrit mon collègue Andrew Batson dans un article récent, « considérez certaines des mesures prises par Pékin cette année au lieu de stimuler la croissance et de stabiliser l’emploi : bon nombre de ces efforts sont antérieurs à 2026, mais se sont intensifiés alors même que la croissance s’affaiblissait. En bref, alors qu’en 2024 et 2025, le gouvernement chinois semblait déterminé à stabiliser les marchés financiers et à soutenir la consommation, les priorités politiques et économiques de cette année se sont concentrées sur la gouvernance ; il s’agit de veiller à ce que les règles soient respectées et que les responsables gouvernementaux agissent de manière appropriée. » Au nombre de ces mesures : mener des enquêtes anticorruption à un rythme record d’environ 1 million de dossiers par an ; pousser les collectivités locales à réduire leurs subventions et leurs allègements fiscaux en faveur des entreprises ; lutter contre l’utilisation de sociétés écrans et de structures offshore à des fins d’évasion fiscale ; renforcer l’application des réglementations antitrust et boursières à l’encontre de grandes entreprises ; mener campagne contre les « projets de prestige » source de gaspillage (voir La pression s’intensifie sur les élus locaux) ; tenter de maîtriser la dette et les déficits (voir À la recherche de la viabilité budgétaire) alors même que l’inflation est aux abonnés absents en Chine.
Le bâton plutôt que la carotte Bien sûr, une bonne gouvernance est toujours souhaitable, mais pourquoi se concentrer sur ces questions précisément maintenant ? Pourquoi, face à un ralentissement économique et à un marché boursier encore fragile, le gouvernement ne pourrait-il pas adopter une approche plus proche de celle de saint Augustin, à savoir : « donne-moi la vertu, mais pas tout de suite » ? Les deux explications les plus évidentes sont que (a) il n’est guère judicieux de mettre en place des mesures de relance face à une éventuelle crise énergétique mondiale et que (b) le 21ᵉ Congrès du Parti approche à grands pas et qu’avant de réunir tout le monde, Xi Jinping dispose essentiellement soit d’une carotte, soit d’un bâton pour motiver ses troupes.
Et d’une manière ou d’une autre, Xi Jinping semble préférer le bâton. Ou, à tout le moins, Xi semble parfois adhérer à l’idée selon laquelle les punitions doivent se poursuivre jusqu’à ce que le moral s’améliore. Tout cela nous amène à nous demander ce qui pourrait changer pour les actions chinoises au cours de l’année à venir.
Il va sans dire qu’aucune des possibilités ci-dessous ne s’exclut mutuellement ; et si elles devaient se produire simultanément, la hausse des actions chinoises pourrait s’avérer tout à fait considérable. D’ici là, il ne nous reste guère d’autre choix que de faire preuve d’une grande humilité et de citer une autre phrase de saint Augustin, à savoir que « c’est l’orgueil qui a transformé les anges en démons ; et c’est l’humilité qui fait des hommes des anges ». Xi semble parfois adhérer à l’idée selon laquelle les punitions doivent se poursuivre jusqu’à ce que le moral s’améliore.
Ce qui pourrait faire rebondir les Bourses chinoises Une possibilité serait que, à l’approche du Congrès (qui devrait se tenir en octobre 2027), Xi passe de la politique du « bâton » à celle de la « carotte », ne serait-ce que pour créer un climat de bonne volonté et de bonne humeur alors que les délégués venus de toute la Chine afflueront à Pékin. Une autre possibilité serait que la guerre en Ukraine ou celle contre l’Iran prenne fin (et de préférence les deux !) et que la Chine se retrouve alors comme la seule grande économie capable, et disposée, à « mettre les gaz ». Une autre possibilité encore est que le boom des investissements dans l’IA s’essouffle et que les marchés boursiers chinois (et indiens) cessent ainsi de servir de source de financement pour l’achat d’actions de Samsung Electronics, SK Hynix et Taiwan Semiconductor Manufacturing Co. Bien sûr, cela ne signifie pas que l’argent reviendra automatiquement en Chine (ou en Inde).
Mais le fait que les semi-conducteurs ne monopolisent plus toute l’attention serait probablement bénéfique. Surtout si, dans le même temps, des entreprises comme Alibaba, Tencent et d’autres poursuivent leurs programmes de rachat d’actions… Un autre facteur susceptible de favoriser un rebond des marchés boursiers chinois serait que le renminbi, qui s’apprécie régulièrement, commence à inciter les investisseurs chinois à redéployer leurs capitaux dans leur pays.
Enfin, la dernière possibilité (qui s’apparente quelque peu à ce qui s’est produit au Japon) est que l’inflation commence à s’accélérer en Chine (principalement sous l’effet de la hausse des prix de l’énergie et des denrées alimentaires) et que, à mesure que les prix grimpent, les milliers de milliards de renminbi qui dorment sur les comptes des banques commerciales (tant en Chine qu’à Hong Kong) commencent à brûler les poches des gens. « C’est l’orgueil qui a transformé les anges en démons ; et c’est l’humilité qui fait des hommes des anges. »