Jusqu’où pourra-t-on repousser les limites physiques du stockage ? La deeptech française Biomemory, issue des travaux de recherche de Sorbonne Université et du CNRS, franchit un cap avec le lancement de DNA Shield. Présenté comme son premier produit commercial fondé sur sa plateforme d’« informatique moléculaire », il s’agit d’un service géré de conservation hors ligne de données critiques, encodées dans de l’ADN synthétique.
DNA Shield vise les informations dont une organisation souhaite préserver l’intégrité sur le long terme : les clés cryptographiques, la propriété intellectuelle, les registres réglementés ou encore archives institutionnelles. Les données sont d’abord sélectionnées et chiffrées par le client, puis encodées dans de l’ADN synthétique conservé hors ligne, sous garde gérée. La récupération n’est pas conçue comme un accès permanent ou en libre-service.
Biomemory décrit un processus contrôlé et déclenché lorsque cela s’avère nécessaire. C'est le cas, notamment, en cas de cyberattaque, de changement d’infrastructure ou de perte de disponibilité des systèmes environnants. Biomemory présente la solution comme un complément à un module de sécurité matérielle certifié, notamment pour la continuité de la garde des clés cryptographiques.
Une conservation hors ligne Biomemory ouvre au quatrième trimestre 2026 un programme d’accès anticipé, réservé aux organisations qui cherchent à mettre à l’abri leurs données les plus sensibles TechRadar Pro indique qu’un programme pilote est prévu jusqu'à mi-2027 avant une mise à disposition plus large du service. La publication évoque également un abonnement Early Access à partir de 10 000 € par mois. DNA Shield ouvre la voie à « Molecular IT », la feuille de route de Biomemory, qui prévoit du stockage de données sur ADN dès 2029, puis des travaux de recherche et de calcul moléculaires « DNA Shield repose sur la plateforme moléculaire que nous avons mis des années à industrialiser, mais c'est la première fois que nous demandons à un client de s'appuyer dessus sur le plan opérationnel, et non plus comme dans le cadre d’une démonstration de recherche.
Réussir cela de bout en bout, de l'encodage à la récupération sécurisée, est ce qui fait de nous la première entreprise à amener le l’informatique moléculaire sur le marché. » explique Vincent Franceschini, Vice-Président Gestion de produit chez Biomemory, sans citer l'identité de son client. Rachat des actifs de Catalog Technologies Le lancement intervient après deux événements qui ont modifié le périmètre de l’entreprise. En mars 2026, Biomemory a acquis les actifs de Catalog Technologies, une société américaine spécialisée dans le stockage et le calcul sur ADN.
L’opération lui a notamment permis de récupérer des brevets, des équipements et une présence à Boston, sans que les conditions financières soient divulguées. En juillet 2026, Biomemory a nommé Laurent Guengant au poste de directeur général. Son expérience, notamment près de 20 ans passés chez Hitachi, va permettre le passage d’une phase de recherche vers l’industrialisation et la commercialisation.
Le stockage sur ADN reste un domaine émergent, réservé à de petits volumes de données à très forte valeur. Biomemory en fait toutefois la démonstration avec le ministère des Armées, avec qui elle explore des solutions de protection souveraine hors réseau. Illustration : © DR