Thomas Tirtiaux, CEO d'Elax Energie Chauffer l’eau en début d’après-midi pour prendre une douche le soir : ce décalage de quelques heures peut contribuer à l’équilibre du réseau électrique. Alors que la facture énergétique pèse sur le budget des ménages, Elax Énergie associe deux approches : ajuster la chauffe aux besoins des habitants pour réduire leur consommation, et la déclencher lorsque l’électricité est plus abondante. L’entreprise annonce une levée de 30 millions d’euros pour étendre sa solution de pilotage, déjà installée dans près de 100 000 logements selon ses chiffres.Un chauffe-eau possède une qualité que l’on remarque peu : il peut travailler longtemps avant que l’on ait besoin de lui.

Une fois chauffée, l’eau reste dans un réservoir isolé, disponible pour les usages suivants. La douche de 20 heures n’oblige donc pas à consommer de l’électricité à 20 heures. Cette séparation entre le moment où l’on chauffe et celui où l’on utilise l’eau intéresse Elax Énergie.

L’entreprise installe un thermostat connecté sur des ballons existants pour répondre à deux questions : quelle quantité de chaleur faut-il préparer pour les habitants, et à quel moment faut-il consommer l’électricité nécessaire ? La première doit permettre de réduire les dépenses du foyer. La seconde ouvre une activité économique à l’échelle du système électrique.

Éviter de chauffer plus que nécessaire Dans un logement, les besoins d’eau chaude changent avec le nombre d’occupants, leurs horaires ou leurs absences. Un réglage fixe ne tient pas nécessairement compte de ces variations. Le ballon peut ainsi maintenir une réserve à une température plus élevée que nécessaire pour couvrir les usages.

Or, même isolé, un chauffe-eau perd progressivement de la chaleur. L’électricité sert à chauffer l’eau utilisée, mais aussi à compenser ces pertes. Ajuster le fonctionnement aux besoins peut donc réduire la consommation, à condition de préserver une réserve suffisante et de respecter les exigences sanitaires.

C’est la première fonction du boîtier Elax. Selon la société, il s’installe en une vingtaine de minutes sur l’appareil existant et communique par une connexion mobile, sans utiliser le Wi-Fi du logement. Après une phase d’observation des habitudes, il adapte la température et les cycles de chauffe.

Elax revendique des économies de 20 à 25 % sur la consommation du chauffe-eau. Ce chiffre concerne uniquement la production d’eau chaude, et non l’ensemble de la facture électrique du logement. Les gains dépendent notamment du réglage initial et des usages des occupants.

Pour les calculer, l’entreprise compare la consommation mesurée avec son dispositif à une estimation de ce qu’aurait consommé le ballon sans pilotage. Elle indique avoir développé cette méthode avec Carbone 4. Préparer l’eau quand l’électricité est abondante La deuxième fonction consiste à choisir les horaires de chauffe.

Le principe existe déjà avec les heures creuses : un contacteur déclenche le ballon sur des plages prévues dans le contrat d’électricité. Elax cherche à rendre cette organisation plus adaptable. Prenons un logement dont les habitants utilisent surtout l’eau chaude le soir.

Si la réserve et les équipements le permettent, le ballon peut chauffer en début d’après-midi, pendant une période de production solaire abondante. Il conserve ensuite l’eau chaude jusqu’à son utilisation. À l’inverse, lorsque la demande électrique est forte, un ballon qui dispose encore d’assez d’eau chaude peut attendre avant de redémarrer.

L’habitant garde son horaire de douche, tandis que la consommation de son appareil est déplacée. Le chauffage d’une pièce offre aussi des possibilités de décalage, notamment dans un bâtiment bien isolé. Mais le confort dépend directement de la température intérieure.

Le ballon possède, lui, une réserve de chaleur destinée à une utilisation ultérieure. Cette propriété facilite l’organisation de sa consommation. Pourquoi le réseau électrique peut rémunérer ce service À chaque instant, le système électrique doit équilibrer la production et la consommation.

Lorsque de nombreux appareils démarrent ensemble, il faut disposer de suffisamment de production pour répondre à la demande. À d’autres moments, l’électricité disponible est plus abondante que les besoins. Déplacer une partie de la consommation aide à rapprocher ces deux courbes.

Un seul chauffe-eau représente une petite marge de manœuvre. Des milliers d’appareils coordonnés peuvent former un ensemble suffisamment important pour participer aux marchés de l’électricité. C’est ce que le secteur appelle la « flexibilité » : la capacité à modifier temporairement sa consommation.

Elax réunit celle de nombreux logements et la valorise selon les mécanismes de marché auxquels elle peut accéder. Le thermostat lui donne les moyens d’agir sur les appareils ; leur coordination constitue le service économique. Ces revenus peuvent contribuer au financement du pilotage.

Thomas Tirtiaux, dirigeant d’Elax, a ainsi expliqué dans une prise de parole publique que la rémunération de la flexibilité avait permis de supprimer l’abonnement auparavant facturé aux bailleurs pour le pilotage des chauffe-eau. Le matériel, sa pose, la connexion et la maintenance conservent toutefois un coût. L’équilibre du modèle dépend donc des revenus que chaque appareil peut générer pendant sa durée d’exploitation.

Le communiqué ne précise ni ces revenus ni le coût complet d’un logement équipé. Les bailleurs sociaux permettent de déployer des milliers d’appareils Elax a développé son activité auprès des bailleurs sociaux. Ces organismes gèrent des parcs importants de logements et peuvent organiser des programmes d’équipement à une échelle difficile à atteindre en démarchant les particuliers un par un.

Leur intérêt porte à la fois sur les charges des locataires et sur l’entretien du patrimoine. Le boîtier doit permettre de mieux régler les chauffe-eau, mais aussi de recueillir des informations sur leur fonctionnement pour repérer des anomalies et préparer les interventions. La RIVP a notamment annoncé en 2025 un programme portant sur plus de 22 000 chauffe-eau.

Ce volume correspond à un programme d’équipement, à distinguer des installations effectivement réalisées. Dans son communiqué d’octobre 2026, Elax revendique près de 100 000 logements équipés au total, plus de 100 bailleurs partenaires et 58 collaborateurs. Une concurrence sur la manière de piloter les logements Elax n’est pas seule à vouloir organiser la consommation des équipements domestiques.

Voltalis pilote plusieurs usages électriques, dont les ballons d’eau chaude. Octopus Energy propose également un pilotage des chauffe-eau via Linky, sans ajout de boîtier dans les logements éligibles. Ces approches placent une question au centre de la concurrence : quelle valeur apporte un équipement supplémentaire installé sur le ballon ?

Pour Elax, la réponse repose sur l’ajustement de la température, la connaissance des besoins et le suivi de maintenance, en complément du déplacement des horaires. Ces bénéfices doivent justifier le coût et l’organisation d’une intervention dans chaque logement. Sur ce marché du pilotage de la consommation électrique, la qualité du service aux habitants compte autant que la capacité à coordonner les appareils.

Deux nouveaux marchés à organiser Elax veut désormais atteindre davantage de particuliers grâce à Elax Pro, un réseau d’artisans du bâtiment. Les plombiers, électriciens et chauffagistes doivent devenir un relais pour proposer et installer sa solution. Ce développement suppose de former les professionnels, de contrôler les poses et de maintenir un support adapté à une clientèle plus dispersée.

L’entreprise prévoit aussi d’étendre son activité aux chaufferies collectives. Il s’agit d’ajouter une production électrique à une installation fonctionnant au gaz, afin de basculer une partie de la production de chaleur vers l’électricité lorsque les conditions s’y prêtent. Cette extension introduit des contraintes supplémentaires : dimensionner les équipements, disposer du raccordement nécessaire et financer les installations.

Les économies dépendront alors du coût des travaux, des prix respectifs du gaz et de l’électricité et de la manière dont la chaufferie sera exploitée. Dans les logements individuels comme dans les bâtiments collectifs, Elax devra conserver la même priorité d’usage : disposer d’eau chaude au moment où les habitants en ont besoin. La possibilité de décaler la chauffe commence par cette réserve disponible.

Développée autour de Jean-François Eggericx, Thomas Tirtiaux et Samuel Beaussier, Elax Énergie annonce une levée de 30 millions d’euros auprès de Noria et du Fonds Révolution Environnementale et Solidaire, géré par Crédit Mutuel Impact et abondé par le dividende sociétal de Crédit Mutuel Alliance Fédérale. Le financement doit soutenir le déploiement dans le logement social, le lancement d’Elax Pro et l’électrification partielle des chaufferies collectives. L’entreprise prévoit également 30 recrutements d’ici fin 2027.

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