Le Fast Pass 5G+ arrive, mais il signe aussi la fin de la neutralité du net. Depuis le 8 octobre, un opérateur français propose une solution très simple à un problème vieux comme les antennes mobiles : plutôt que de galérer à capter la moindre barre de réseau dans un évènement plein à craquer, Orange veut vous faire payer plus pour capter plus. Le Fast Pass 5G+ d’Orange est une option ponctuelle à 5 €, sans abonnement ni renouvellement automatique.
Une fois activée, depuis l’espace client ou l’application, elle reste valable jusqu’à 23h59 le lendemain, soit entre 25 et 45 heures selon l’heure de souscription. Pensé comme une option de contournement pour les évènements sociaux, le principe est simple. Lorsqu’une zone couverte par une antenne dépasse 80 % de sa charge, les détenteurs du pass basculent sur une voie réservée.
Orange promet un débit « jusqu’à deux fois plus rapide », sans préciser par rapport à quoi, et ne garantit aucun débit minimal. Le gain dépend de la couverture, de la capacité de l’antenne, du téléphone, et surtout du nombre d’autres clients qui auront eu la même idée. Les conditions d’accès sont strictes.
Il faut un forfait Orange compatible avec la 5G+ et un smartphone compatible, dans une zone couverte par ce réseau. Est-ce que c’est légal ? En Europe, la neutralité du net est encadrée.
Son principe central oblige les opérateurs à traiter tout le trafic de manière égale, sans bloquer, ralentir ni favoriser un contenu, une application ou un service en fonction de son origine ou de sa nature. Un opérateur n’a pas le droit, par exemple, d’accélérer YouTube parce que Google aurait payé pour, ou de brider un service concurrent du sien. Concernant le Fast Pass, l’option d’Orange se contente d’accélérer l’ensemble du trafic de l’abonné qui l’a acheté, quel que soit le site ou l’application utilisés.
Il ne trie donc pas les contenus, mais les clients. Et cette nuance change tout. Dès 2022, l’Arcep, le régulateur français des télécoms, a estimé que le network slicing n’était pas contraire au règlement européen, à deux conditions : il est interdit de discriminer les contenus, et de dégrader la qualité de service des autres utilisateurs.
La première condition semble remplie. La seconde est beaucoup plus floue. À ce jour, l’Arcep ne s’est pas prononcée sur cette offre précise, et indique examiner ce type d’usage au cas par cas.
Reste que la France n’est pas pionnière en la matière. Aux États-Unis, Verizon et T-Mobile hiérarchisent depuis des années l’accès à leur réseau selon le prix du forfait, les abonnés les moins chers étant les premiers ralentis en cas de bouchon. Orange est en revanche le premier en France à vendre cette priorité d’accès au grand public.
Juridiquement, l’offre a de bonnes chances de passer, tant qu’elle ne fait pas de différence entre les services. Symboliquement, en revanche, elle franchit un cap. Pendant des années, le débat sur la neutralité du net opposait les opérateurs aux géants du Web, accusés de profiter des réseaux sans les financer.
Le Fast Pass déplace la ligne de front, en créant un accès à deux vitesse pour les usagers.