Les quatre plus grands opérateurs européens ont signé ce 19 octobre une lettre d’intention pour étudier une candidature commune aux fréquences satellites de 2 GHz, que l’Union européenne doit réattribuer à partir de 2027. Même si leur communiqué ne cite jamais Starlink, on sait SpaceX doit justement récupérer une partie de ces fréquences en 2027 ! Deutsche Telekom, Orange, Telefónica et Vodafone ont annoncé aujoud’hui la signature d’une lettre d’intention.
Les quatre opérateurs veulent étudier “une éventuelle candidature conjointe” pour la future attribution, en Europe, des fréquences destinées aux services mobiles par satellite, appelées MSS. Ces fréquences servent notamment aux services Direct-to-Device, qui permettent à un smartphone classique de se connecter directement à un satellite, sans antenne dédiée. Le projet avait été révélé par Bloomberg le 7 septembre, et Jesus Millon Millan, responsable des alliances stratégiques de Telefónica, avait confirmé le 16 septembre, lors de la World Space Business Week à Paris, qu’un groupe étudiait la question avec l’Union européenne, en ajoutant : “C’est compliqué.” Pas de satellites, mais les antennes au sol Les quatre opérateurs n’ont pas l’intention de construire leurs propres satellites, ils prévoient de mettre en place en Europe “des infrastructures de réseau au sol essentielles, ainsi que des fonctions critiques de coordination et de supervision, sans investir directement dans une constellation de satellites”.
La constellation serait fournie par un partenaire satellitaire qui reste à sélectionner. Les opérateurs promettent aussi un accès “ouvert et non discriminatoire” à tous les opérateurs mobiles européens qui voudront proposer ces services à leurs clients, avec un modèle conçu pour “réduire la fragmentation du marché”. Cette lettre d’intention ne remplace pas les partenariats satellitaires existants.
Des fréquences qui expirent en mai 2027 La bande de 2 GHz réservée aux services mobiles par satellite est harmonisée dans toute l’Europe depuis 2008. Les licences actuelles appartiennent à Viasat et à EchoStar, et elles expirent en mai 2027. Or, en septembre 2025, SpaceX a racheté des fréquences à EchoStar aux États-Unis pour 17 milliards de dollars, et les licences européennes d’EchoStar doivent elles aussi être transférées à SpaceX en 2027, selon le site Light Reading.
Elon Musk ne cache pas ses ambitions, puisqu’il expliquait dans le podcast All-In que l’on devrait pouvoir avoir un forfait Starlink comme on en a un chez AT&T, T-Mobile ou Verizon. La Commission européenne a anticipé ce changement, car lLe 27 mai 2026, elle a proposé un règlement qui organise une nouvelle procédure de sélection au niveau européen. Un tiers de la bande serait réservé à un usage gouvernemental, confié à un opérateur européen et intégré à IRIS², la future constellation de l’Union européenne.
Les deux autres tiers seraient consacrés aux usages commerciaux, avec une moitié réservée aux nouveaux entrants européens et une moitié ouverte aux opérateurs européens comme non européens, comme Starlink ou Luna d’Amazon. Ces droits ne pourront pas être revendus, et un changement de propriétaire, même par un rachat d’entreprise, imposera une nouvelle autorisation. Les licences actuelles de Viasat et d’EchoStar pourront être prolongées de deux ans, et l’attribution des nouveaux droits n’est pas attendue avant 2029.
Des opérateurs déjà partenaires de Starlink et d’AST SpaceMobile Les quatre opérateurs travaillent déjà avec différents acteurs du satellite. Deutsche Telekom a été, le 2 mars 2026, le premier partenaire européen du service Starlink Mobile de deuxième génération, qu’il prévoit de lancer en 2028 avec les fréquences rachetées par SpaceX à EchoStar. Vodafone a de son côté créé avec l’américain AST SpaceMobile une coentreprise à parts égales, Satellite Connect Europe, et Orange travaille aussi avec AST SpaceMobile, tout en proposant depuis novembre 2025 l’envoi de SMS par satellite grâce à Skylo.
Selon Light Reading, la coentreprise de Vodafone devrait passer sous contrôle majoritaire de Vodafone pour être considérée comme européenne dans le futur appel d’offres. En septembre, Tim Boddy, directeur des investissements de Vodafone, avait résumé la position des opérateurs : “Une issue que nous devons évidemment éviter pour le secteur, c’est un monopole.” Stéphane Cugnon de Sevricourt, d’Orange, rappelait toutefois que le réseau mobile couvre déjà 98 à 99 % de la population en Europe, et que le satellite concerne surtout le 1 % restant, où une coupure peut poser problème lors d’un appel d’urgence. Le règlement proposé par la Commission doit encore être adopté par le Parlement européen et le Conseil, ce qui n’est pas attendu avant fin 2027 ou 2028.