Fibre en zone rurale : l’Arcep veut des hausses de tarifs, mais le secteur ne s’y “retrouve pas du tout” L’Arcep veut permettre aux opérateurs d’infrastructures de mieux couvrir les coûts d’entretien des réseaux de fibre optique dans les zones rurales. Mais les hausses tarifaires envisagées sont jugées très insuffisantes par les industriels et les collectivités, qui dénoncent un dispositif déconnecté de leurs difficultés économiques. Les nouvelles lignes directrices tarifaires de l’Arcep étaient particulièrement attendues par le secteur des télécoms.

Publié le jeudi 15 octobre, ce document vise à préserver le « maintien en condition opérationnelle » des réseaux de fibre optique dans les campagnes, qui couvrent 45 % de la population française. L’objectif est d’éviter que ces infrastructures, devenues essentielles à l’accès à Internet, ne se dégradent faute de moyens suffisants pour les entretenir. De nombreux opérateurs d’infrastructures, qui exploitent ces réseaux pour le compte des collectivités, alertent en effet sur des surcoûts d’exploitation qu’ils peinent à absorber.

Pour leur permettre de les répercuter, l’Arcep propose de faciliter leur intégration dans les tarifs de gros facturés aux opérateurs commerciaux, comme Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free. Selon les modélisations du régulateur, « un peu plus de la moitié des réseaux ruraux disposent, d’après les modélisations de l’Arcep, de tarifs inférieurs à leurs coûts réels ». Dans la plupart des zones concernées, les prix pourraient ainsi augmenter de « 0,5 et 2 euros par accès Internet actif par mois », selon la présidente de l’Arcep, Laure de La Raudière.

Une partie du dispositif reste toutefois soumise à consultation jusqu’au 16 novembre. « Nous sommes tous en état de choc » Ces propositions sont loin de convaincre les acteurs directement concernés. Les opérateurs d’infrastructures et les collectivités jugent les mesures insuffisantes au regard des dépenses réellement engagées pour maintenir les réseaux en état de fonctionnement.

« Nous sommes tous en état de choc, fustige Ilham Djehaïch-Mezouar, la présidente d’InfraNum, la fédération des industriels des télécoms, qui rassemble notamment tous les opérateurs d’infrastructures. Le dispositif ne répond pas à la réalité des coûts des réseaux », renchérit-elle, celui-ci risquant même, à ses yeux, « d’aggraver » leurs difficultés économiques. Même constat chez Axione, qui gère 3,5 millions de lignes dans les campagnes.

Sa directrice des réseaux de fibre, Marie Lamoureux, déplore une revalorisation trop limitée : « On ne s’y retrouve pas du tout, cette augmentation n’est pas à la hauteur de nos enjeux. » L’Avicca, qui représente les collectivités engagées dans le numérique, partage cette déception. Pour Ariel Turpin, son délégué général, le problème tient aussi à une autre évolution des tarifs de gros : « le régulateur reprend d’une main ce qu’il donne de l’autre, puisqu’il a, en parallèle, révisé à la baisse une autre composante des tarifs de gros ». Reste à savoir comment les opérateurs commerciaux réagiront à ces évolutions.

Historiquement opposés à des augmentations importantes des tarifs de gros, plusieurs d’entre eux n’ont pas répondu aux sollicitations du Monde ou estiment qu’il est encore trop tôt pour se prononcer. L’un d’eux exprime néanmoins une réserve claire, sous couvert d’anonymat : il n’a « pas vocation à servir d’assurance aux projets déficitaires d’opérateurs [d’infrastructures] tiers ». La question est donc loin d’être réglée.

Si l’Arcep entend donner aux gestionnaires de réseaux les moyens de financer leur maintenance, les industriels estiment que les ajustements proposés ne répondent pas à l’ampleur de leurs difficultés. L’enjeu dépasse les seules négociations tarifaires : il s’agit aussi de garantir la pérennité des réseaux de fibre optique dans les territoires ruraux, alors que leur entretien représente un coût croissant pour ceux qui les exploitent. Cet article a été repris sur le site Univers FreeBox Publié le 19/10/2026 à 10h52 par Lucas Musset