Qu’on s’en tienne au parc logiciel ou qu’on élargisse à l’exploitation informatique voire au budget global de fonctionnement des entreprises, l’open source est de moins en moins vu comme un levier de réduction des coûts. La Fondation Linux ne l’affirme pas, mais les données communiquées au fil des ans dans son rapport State of Open Source in Europe le suggèrent. Jusque-là, elle en a publié 5 éditions (2022-2026), à partir des éléments recueillis dans le cadre de son sondage World of Open Source.

Nous n’en reprenons pas les résultats « bruts », mais les synthèses – d’une quarantaine de pages en moyenne. Une vision partielle, donc, surtout que certains sujets tendent à en chasser d’autres. Pour autant, des tendances se dégagent…

La réduction des coûts, de moins en moins mentionnée… En 2022, lorsqu’on leur avait demandé pourquoi il fallait accroître l’usage de l’open source, 64 % des sondés avaient sélectionné l’option « réduire les coûts logiciels ». Ils avaient été à peu peu aussi nombreux à choisir les items « améliorer la productivité » (65 %), « améliorer la sécurité » (63 %) et « accroître l’attractivité des organisations » (63 %).

Lire aussi : Open source en entreprise : quelles bases pour 2024 en Europe Pour 2023 et 2024, la Fondation Linux avait légèrement changé l’angle de la question. Elle avait demandé aux sondés les aspects sur lesquels l’open source bénéficiait le plus aux secteurs économiques. En 2023, les deux éléments les plus cités furent la productivité (59 %) et l’innovation (58 %).

La réduction des coûts de fonctionnement n’était arrivée qu’au troisième rang (57 %). La réduction des coûts de développement produit (51 %) était au niveau des standards industriels et de l’interopérabilité (52 %) et de la collaboration (51 %). Suivaient transparence (48 %), partage des données (33 %), conformité (31 %) et gestion du risque (29 %).

En 2024, l’option « standards industriels et de l’interopérabilité » avait largement été la plus citée (66 %), devant l’innovation (58 %) et la productivité (55 %). Ils ne furent plus que 51 % à mentionner la réduction des coûts de fonctionnement (et 54 %, la réduction des coûts de développement produit). Pour le reste, pas de grande variation (transparence : 53 % ; collaboration : 47 % ; partage des données : 27 %, etc.).

En 2025, nouveau changement d'angle, tout du moins dans la synthèse. Les sondés devaient sélectionner les bénéfices pour le secteur d'activité. Ils furent moins de la moitié (48 % en l'occurrence) à choisir les coûts de fonctionnement.

Contre 49 % la transparence et 58 % l'innovation, entre autres. ... quel que soit l'angle de questionnement La tendance est similaire, quoique moins marquée, si on oriente la question sur la fréquence à laquelle l'open source procure des bénéfices. En 2023, ils furent 82 % à déclarer que l'open source abaissait « souvent » ou « toujours » les coûts logiciels. C'était l'item le plus cité, devant l'augmentation de la productivité (79 %), la réduction du lock-in (77 %), l'amélioration de la qualité logicielle (76 %), etc. Ils furent, en parallèle, 64 % à répondre « toujours » ou « souvent » concernant la baisse des coûts d'exploitation informatique.

Lire aussi : RISC-V : La Fondation Linux Europe lance le projet RISE En 2024, il n'y avait plus d'option « toujours ». Les coûts logiciels avaient à nouveau réuni la plus forte proportion de « souvent » (66 %), mais à égalité avec la productivité (66 %) et juste devant le lock-in (65 %). La réduction des coûts d'exploitation IT (47 %) avait glissé, entre autres, derrière l'amélioration de la sécurité (51 %).

En 2025, ils furent encore moins à juger que l'open source procurait souvent des bénéfices en matière de réduction des coûts logiciels : 58 %. Ils furent davantage à citer la productivité (63 %) et la réduction du lock-in (62 %). Recul aussi, même si moins prononcé, pour la réduction des coûts d'exploitation IT : 45 %, dans les mêmes eaux que « accroître l'attractivité de l'organisation » et « accélérer la mise sur le marché » (44 %).

Rapport coûts-bénéfices : une perception devenue moins positive À deux reprises, la Fondation Linux a évoqué la perception du rapport coûts-bénéfices. En 2023, 77 % des sondés avaient jugé que ce rapport était en faveur des bénéfices. Il l'était même « largement » pour 40 % de l'échantillon.

Seuls 5 % avaient estimé que l'open source engendrait plus de coûts. En 2025, ils ne furent plus que 55 % à déclarer davantage de bénéfices que de coûts. À l'inverse, 12 % constataient plus de coûts que de bénéfices (5 % en constataient même « largement » plus).

Ces deux mêmes années, la Fondation Linux a listé dans sa synthèse les technologies open source les plus utilisées au sein des organisations pour lesquelles travaillaient les sondés. En voici un récapitulatif : Technologies open source Taux d'utilisation 2023 Taux d'utilisation 2025 Systèmes d'exploitation 73 % (Linux) 64 % Cloud / conteneurs 65 % 55 % DevOps & CI/CD 60 % 52 % Bases de données & data management 57 % 53 % DevOps / GitOps / DevSecOps 56 % 51 % Développement web et applicatif 54 % 54 % Kubernetes 47 % Cybersécurité 42 % 36 % Analytics & data science 41 % 33 % IA / ML 34 % 41 % IoT & embarqué 29 % 19 % Stockage 29 % 26 % Réseau 23 % 20 % Edge 22 % 13 % Open hardware 14 % 5 % Blockchain 12 % 6 % AR / VR 9 % 10 % Données et modèles ouverts 22 % La sécurité, désormais en tête des facteurs limitants Pour ce qui est des facteurs limitant l'usage de l'open source, la perception s'avère beaucoup plus stable au fil des ans. Lire aussi : Open source en Europe : le constat cru de la Fondation Linux En 2022, la Fondation Linux avait fait le distinguo entre les métiers de l'IT et les autres populations.

Chez les premiers, licences et propriété intellectuelle étaient le frein le plus cité (28 %). Suivaient : Manque de compréhension de la proposition de valeur non technologique (27 %) Absence de politique ou de ressources pour la soutenir (25 %) Réglementations et autres restrictions formelles (18 %) Les autres populations avaient mentionné principalement l'absence de politique ou de ressources pour la soutenir (49 %). Puis : Manque de compréhension de la proposition de valeur non technologique (46 %) Licences / propriété intellectuelle (44 %) Réglementations et autres restrictions formelles (33 %) En 2025 et 2026, plus de distinction entre « l'IT et les autres » dans la synthèse du rapport State of Open Source in Europe.

Mais au final, relativement peu d'évolution dans la hiérarchie des freins perçus. En 2025, la Fondation Linux s'en était tenue à trois freins : manque de support technique (40 %), licences / propriété intellectuelle (35 %) et manque de compréhension de la valeur non technologique (34 %). Cette année, elle a élargi la sélection : Irritant Taux de mention Sécurité 39 % Licences 36 % Support technique 35 % Manque de leadership 34 % Manque de compréhension (de la valeur) 34 % Absence de politique ou de formation 34 % Qualité 31 % Réglementation 28 % Identité ou affiliation des mainteneurs de projets 26 % Comprendre la valeur non technologique À trois reprises, la Fondation Linux a mis en avant ce que les sondés considéraient comme les principaux leviers pour accroître l'usage de l'open source.

En 2022 et 2023, il leur avait été demandé de se prononcer au niveau global. En 2025, au niveau de leur organisation - ce qui peut expliquer les taux de mention plus bas. Les intitulés de certaines options ont changé d'un sondage à l'autre ; auquel cas nous en donnons une formulation la plus « harmonisée » possible.

Levier 2022 2023 2025 Assistance juridique / conformité / sécurité 51 % 56 % 26 % Amélioration de la politique open source ou des ressources associées 51 % 60 % 22 % Présence d'un OSPO ou d'un leadership visible 45 % 58 % 34 % (leadership 19 % (OSPO) Outils automatisés 44 % 52 % 16 % Compréhension de la valeur non technologique 40 % 53 % 30 % Amélioration des pratiques de développement sécurisé 55 % 21 % Utilisation de SBOM 49 % 17 % Le codage par IA, coup de boost pour l'open source Il y a des données au sujet du niveau d'encouragement à utiliser l'open source, mais elles sont assez « anciennes ». Les voici tout de même. En 2022, 57 % des sondés avaient déclaré que leur organisation encourageait « ouvertement » à utiliser l'open source.

22 %, qu'elle le faisait « sous conditions ». 1 %, qu'elle ne le permettait pas. 17 %, qu'il n'y avait pas de politique claire.

La répartition des réponses avait peu évolué en 2023 : 53 % d'« ouvertement », 12 % de « sous conditions », 1 % de « non » et 9 % de « pas clair ». Mais c'était essentiellement lié à l'intégration d'un choix supplémentaire : « Chaque équipe de développement décide ». 24 % des sondés l'avaient sélectionné.

Cette année, la Fondation Linux glisse une stat sur le codage assisté par IA. 48 % des sondés affirment que cela a accru leur utilisation de bibliothèques et de frameworks open source (15 %, « nettement plus »). 47 % déclarent que cet usage est resté stable.

5 %, qu'il a reculé (1 %, « nettement »). Illustration générée par IA