Le président russe, Vladimir Poutine, lors d’une réunion avec l’union des entrepreneurs Delovaïa Rossiya, à Moscou, le 12 octobre 2026. Photo MIKHAIL METZEL/AFP Une heure et demie au téléphone avec Vladimir Poutine, et Donald Trump rouvre son marché au gazole russe. Dans le très pro-Kremlin Komsomolskaïa Pravda, le correspondant de guerre Alexandre Kots jubile.

Vladimir Poutine a réussi son “mouvement favori de judo politique” en utilisant la force de son adversaire plutôt qu’en cherchant à le contraindre. Le chef du Kremlin a ainsi offert à Donald Trump, avant les élections de mi-mandat le 3 novembre, de quoi faire baisser les prix à la pompe. L’accord conclu le 9 octobre entre les deux présidents constitue, pour le tabloïd russe Moskovski Komsomolets, “l’un des tournants du conflit ukrainien”.

À lire aussi : Énergie. Donald Trump annonce un accord surprise avec Vladimir Poutine sur le diesel, Volodymyr Zelensky s’indigne Ajouter aux favoris Jusqu’au 7 avril 2027, les États-Unis autorisent à nouveau l’importation, le transport, le financement et l’assurance du carburant russe, interdits depuis le début de la guerre en Ukraine, en 2022. La promesse de livrer 300 000 tonnes immédiatement, 500 000 en novembre, puis 1 million supplémentaire, a fait la une de plusieurs quotidiens russes ce lundi 12 octobre, après un week-end d’emballement enthousiaste au sein des médias alignés sur la ligne du Kremlin.

Le correspondant spécial du quotidien économique Kommersant, Andreï Kolesnikov, a qualifié cet échange russo-américain de “coup de cavalier sur le grand échiquier” géopolitique − aux échecs, le cavalier est la seule pièce qui peut se déplacer en passant par-dessus les autres. Perviy Kanal, l’une des chaînes publiques les plus suivies de Russie, y a vu surtout la preuve que Moscou et Washington peuvent “trouver un accord sans conditions supplémentaires inscrites en petits caractères”. Dans son émission dominicale, la chaîne assure que Kiev a vécu un “choc” face à l’annonce des livraisons, auxquelles 3 millions de tonnes supplémentaires pourraient s’ajouter, en fonction de l’état des raffineries russes.

Un nouveau moyen de pression Or ces infrastructures russes sont la cible d’attaques de drones ukrainiens de plus en plus intenses depuis juillet, qui ont provoqué une pénurie de carburant dans la quasi-totalité du pays. Les volumes livrés à Washington dépendront donc de leur bon fonctionnement. “Si [Volodymyr] Zelensky continue de brûler les usines russes et fait échouer les livraisons, il s’attaquera désormais aux prix de la pompe aux États-Unis, à la veille des élections, prévient Kots dans Komsomolskaïa Pravda. Trump ne pardonnera pas ce genre de choses.” À lire aussi : Géopolitique.

Diesel russe : après les critiques de Kiev, Trump suggère aux Ukrainiens de remplacer Zelensky Ajouter aux favoris “De quoi dépend l’état des raffineries russes ? Exactement. De l’absence de frappes de drones ukrainiens”, ironise Moskovski Komsomolets, dans un article au titre évocateur sur “l’accord [qui] a fait sortir Zelensky de ses gonds”.

Elles doivent prendre fin, conclut le titre. Washington pourrait désormais considérer “les frappes ukrainiennes visant les infrastructures pétrolières de Russie comme des attaques contre l’accord lui-même”, suggère Rossiïskaïa Gazeta. Donald Trump a également montré qu’il pouvait “négocier avec Moscou directement, sans attendre de changements dans la position de Kiev”, souligne Konstantin Soukhoverkhov, politologue et chercheur russe interrogé par le quotidien pro-Kremlin Izvestia.

Une rupture que relève également Oleg Bogdanov, chroniqueur économique d’une radio liée au journal Kommersant. Après des mois passés à invoquer “l’esprit d’Anchorage”, en référence au sommet russo-américain d’août 2025 en Alaska, voilà enfin “un événement concret”, se réjouit-il. “Les Américains ne lient pas la délivrance d’une licence d’exportation de gazole russe à la question ukrainienne”, déclare-t-il, saluant un “précédent très important” et susceptible de produire des “effets durables” sur les relations économiques entre les deux pays. À lire aussi : Ukraine.

Trump crée la surprise en annonçant un “cessez-le-feu énergétique” entre Kiev et Moscou Ajouter aux favoris “Le balancier de Washington semble s’être de nouveau éloigné de l’Ukraine”, observe de son côté Andreï Kortounov, politologue et expert du club de discussion Valdaï, dans les pages du quotidien économique Vedomosti. Il y voit un “succès de la diplomatie russe”, sans prédire pour autant un rapprochement durable. Et le cessez-le-feu énergétique entre Kiev et Moscou, annoncé par le locataire de la Maison-Blanche, le dimanche 11 octobre, reste quant à lui incertain.

Ce lundi 12 octobre, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, s’est contenté d’assurer que “les contacts se poursuivent”, sans confirmer l’existence d’une telle trêve, alors que l’Ukraine signalait de nouvelles frappes russes. Aruzhan Yeraliyeva Énergie Europe Sanctions contre la Russie Russie Énergies fossiles Amériques Nos lecteurs ont lu aussi Article réservé aux abonnésPolitique. L’Irlande critiquée “de toutes parts” pour son projet de coupes dans le budget de l’UE Écouter l’article Ajouter aux favoris Vu de l’étranger.

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