Plus de 90 % des facteurs qui influencent les marchés sont des bruits et des signaux qu’il convient d’identifier. Jean Jacques Netter, directeur de la rédaction, vous aide à les interpréter pour construire l’allocation d’un portefeuille qui sera robuste. Un article à retrouver dans le N°65.
Rome : la permanence de l’Empire BRUITS En Iran, l’onde de choc économique de la guerre se poursuit autour du détroit d’Ormuz. La quasi-totalité des médias nous explique que la République islamique sortirait renforcée de cette guerre et plus revancharde que jamais. Les chaînes logistiques se sont réorganisées au mieux et la Chine a contribué à une stabilisation des cours du pétrole, puisque le baril a rarement dépassé les 100 dollars.
Les bruits que nous entendons sont malheureusement biaisés par le manque d’informations fiables en provenance de tous les côtés. La Russie est confrontée à un manque d’essence après les attaques de drones ukrainiens sur ses raffineries. Michaïl Khodorkovski, ancien directeur de la compagnie pétrolière russe Yukos, la première de Russie à l’époque, qui a été jeté durement par Poutine dans des camps pénitentiaires en Sibérie, a expliqué dans Le Figaro que plus personne dans le cercle proche de Poutine ne soutenait la guerre sauf lui.
Espérer un retour à un comportement normal de la Russie tant que Poutine est vivant serait, selon lui, une erreur dangereuse. L’Ukraine est affaiblie, mais son sentiment national s’est affirmé. La perspective d’intégrer l’Europe lui est ouverte.
L’OTAN s’est renforcée et élargie. Pour une fois l’Union européenne a réagi dans l’unité. L’extraordinaire capacité de résistance et d’innovation technologique de l’Ukraine dans le domaine des drones a permis de retourner la situation.
Mais pour le moment, frappée économiquement, la Russie ne parvient pas à gagner la guerre et l’Ukraine réussit à ne pas la perdre. Les monarchies du Golfe doivent se préparer à plusieurs scénarios, dont le plus dangereux serait une nette victoire de l’Iran, qui menace les usines de production d’eau douce et les câbles sous-marins de télécommunication. Le Qatar est pour l’apaisement avec l’Iran, la prise de distance avec les États-Unis et le rapprochement avec la Turquie, le Pakistan et la Chine.
Abou Dhabi est pour la défiance vis-à-vis de l’Iran. L’Arabie Saoudite tente l’apaisement. Doha et Oman jouent les médiateurs avec un rapprochement avec les États-Unis, Israël et l’Inde.
SIGNAUX Les marchés montrent plusieurs signaux de fragilité : les taux d’intérêt remontent, la volatilité sur la technologie aux États-Unis est de nouveau dans ses plus hauts, les indices sont de plus en plus concentrés aux États-Unis sur un petit nombre de valeurs (Nvidia, Alphabet, Apple, Microsoft, Amazon…) ; les investissements réalisés dans les entreprises d’Intelligence Artificielle sont largement financés par de la dette. En France, le risque d’une dérive des finances publiques devient tout à fait clair. La Cour des Comptes a pointé la menace d’une France étouffée par la dette.
Le gouvernement a convoqué un « Comité d’Alerte sur les comptes Publics ». Le PIB de la France a reculé pour la première fois depuis la crise du covid et l’inflation est de nouveau au-dessus du seuil de 2 % en mai. La consommation a baissé en avril.
Tout cela constitue des signaux très négatifs pour les prochains mois. Aux États-Unis, les marchés du crédit privé et du private equity vont peut-être provoquer l’équivalent d’une prochaine crise des « subprimes ». Ce sont des placements risqués et pas très liquides qui promettaient aux clients particuliers des gains importants.
Les grands fonds américains limitent les rachats et les fonds de private equity deviennent de plus en plus créatifs pour faire des liquidités. C’est souvent le signe avant-coureur d’une mauvaise surprise. En Europe, 300 Md € d’épargne financière partent s’investir chaque année aux États-Unis.
Cela développe les entreprises américaines qui ensuite vendent leurs produits et leurs services aux consommateurs européens. Le Rapport Draghi avait bien constaté la mauvaise allocation du capital et le manque de compétitivité en Europe, mais elle n’a rien fait, car elle ne peut rien faire d’efficace tant que la gouvernance de l’Europe n’évoluera pas. Au Japon, le Yen est au plus bas depuis 40 ans.
Le gouvernement fait de l’interventionnisme. Les taux longs sont à 2,3 %, soit au-dessus du taux de croissance de l’économie ce qui n’était pas le cas il y a deux ans. Les réformes sont moins favorables aux investisseurs étrangers.
Signe d’un retour à une politique plus nationaliste. Tous les placements faits par les Japonais à l’étranger vont revenir au Japon.