Si vous avez l'opportunité de passer par le Museo de Historia de la Computación, situé à Majadas dans la province de Cáceres en Espagne, vous tomberez nez à nez avec une impressionnante réplique à taille réelle du Cray-1, le célèbre superordinateur imaginé par Seymour Cray en 1976. Plutôt que de s'appuyer sur du matériel de pointe hors de prix, l'équipe à l'origine du projet a fait le choix de motoriser la bête avec trente Mac mini datant d'une dizaine d'années. Fruit de dix-huit mois de développement, cette installation se veut un hommage au cinquantième anniversaire du Cray-1 ainsi qu'à la fondation d'Apple.
Image : Museo de Historia de la Computación Des Mac mini de 2012 Des Mac mini de 2012 ne constituent pas nécessairement le choix le plus évident pour concevoir un superordinateur en grappe. Toutefois, une fois mis en réseau, ces machines permettent d'orchestrer soixante-quatre cœurs de calcul actifs pour atteindre une performance combinée de 1,3 téraflop, selon les récents tests effectués via un script Python sur mesure dédié à la multiplication matricielle. Avant qu'un nœud ne rende l'âme, le musée affichait même 1,5 téraflop en exploitant la totalité des soixante-dix cœurs initiaux.
Dans le détail, la configuration rassemble cinq modèles équipés de processeurs i7 à quatre cœurs et vingt-cinq modèles i5 bicœurs. À l'exception de deux unités produites en 2014, l'intégralité de la grappe provient du catalogue de 2012. Image : Museo de Historia de la Computación Quoi qu'il en soit, les performances affichées sont sans commune mesure avec celles du Cray-1 original.
Cette pièce d'histoire, construite autour d'un processeur 64 bits cadencé à 23 MHz, se contentait de 8 Mo de RAM et nécessitait un refroidissement au fréon. La puissance de cet ensemble de cinq tonnes, qui avoisinait les 160 mégaflops théoriques en crête, équivalait peu ou prou à celle d'un banal Intel Pentium de 1993. Au-delà des chiffres, la réplique constitue un formidable outil pédagogique pour illustrer l'évolution des architectures informatiques depuis 1976.
Là où l'authentique Cray-1 s'appuyait sur un traitement vectoriel, appliquant simultanément une instruction unique à de multiples éléments de données, la copie espagnole distribue sa charge de travail sur des processeurs indépendants au sein d'une grappe parallèle. Mojave à la baguette Pour mener ce projet à bien, les responsables ont joué la carte de la fidélité à l'écosystème Apple d'un bout à l'autre. Il aurait sans doute été plus simple et économique d'installer une distribution Linux sur ces machines vieillissantes.
L'équipe a cependant constaté que macOS Mojave répondait parfaitement à ses besoins. La version 10.14 du système d'exploitation dispose en effet d'une prise en charge native du MPI (Message Passing Interface), la couche logicielle indispensable pour que tous les nœuds de la grappe puissent s'échanger des tâches. Image : Museo de Historia de la Computación Le recours à ces Mac mini présente un avantage inattendu, particulièrement appréciable dans le cadre d'une exposition muséale : le système est presque inaudible.
Loin du vacarme assourdissant d'un centre de données contemporain, l'équipe a opté pour un refroidissement par convection passive, utilisant un châssis en acier et des plateaux en aluminium pour chaque machine. Le secret de ce silence monacal réside dans le montage vertical des ordinateurs. Cette orientation spécifique, couplée aux matériaux employés, permet à la tour de se comporter comme une véritable cheminée thermique naturelle, dissipant la chaleur sans exiger une ventilation agressive.
Un poste de contrôle rétro Afin de piloter cette installation, les concepteurs ont assemblé un terminal sur mesure qui semble tout droit sorti d'une salle de commande de la guerre froide. Mêlant habilement des éléments visuels du DEC VT05 et du Sol-20 de Processor Technology des années 1970, le meuble intègre même un panneau de contrôle analogique. Un Mac mini maître, dissimulé au cœur de ce terminal, se charge de distribuer les instructions à l'ensemble des nœuds.
Image : Museo de Historia de la Computación Si des moniteurs cathodiques étaient initialement prévus pour parfaire le mimétisme, des écrans plats modernes de marque Samsung ont finalement été retenus pour s'épargner les inévitables casse-têtes de connectique entre différentes époques technologiques. Les concepteurs ne comptent pas s'arrêter là : les prochaines étapes prévoient l'ajout de lecteurs de disquettes 3,5 et 5,25 pouces sous le bureau, l'intégration de véritables lampes issues d'un IBM System/3, et la création d'une coque imprimée en 3D pour donner au clavier l'allure du classique HP 250. L'installation trône désormais de manière permanente au sein du musée, non loin de deux authentiques systèmes Cray CX1 hors service Source :Ars Technica