Multisourcing et gestion fédérée : avec le temps, ce schéma s’affirme pour la gestion des API. Gartner le souligne dans la synthèse du Magic Quadrant qu’il dédie à ce marché. D’une année sur l’autre, 6 fournisseurs sont restés « leaders ».

Aucun n’a corrigé tous les défauts que le cabinet américain lui reprochait en 2025. Plus précisément : Boomi au niveau de l’intégration avec les passerelles tierces Google sur la stratégie commerciale, l’expérience utilisateur et la tarification Gravitee concernant sa notoriété et la concentration géographique de sa clientèle IBM pour sa difficulté à vendre hors de sa base installée Kong sur la stratégie sectorielle, la présence géographique et l’expérience utilisateur Salesforce sur la tarification L’an dernier, le franco-américain Axway faisait partie des « leaders ». Il a rétrogradé chez les « challengers ».

Sensedia et WSO2 ont fait le chemin inverse. Lire aussi : Virtualisation : comment la concurrence s'est rapprochée de VMware Le Magic Quadrant se structure en deux axes. L’un, étiqueté « exécution », reflète la capacité à répondre au besoin (tarification, expérience client, qualité des produits/services…).

L’autre, dit « vision », traduit les stratégies (ventes, marketing, innovation…). La situation sur l’axe « exécution » : Rang Fournisseur Évolution annuelle 1 IBM + 1 2 Kong + 2 3 Salesforce (MuleSoft) = 4 Microsoft + 5 5 Gravitee + 2 6 Axway = 7 Google – 6 8 WSO2 = 9 Microsoft = 10 SAP = 11 Sensedia + 1 12 AWS – 1 13 Workato + 2 14 Tyk = 15 Postman + 1 16 SmartBear – 3 17 Traefik Labs nouvel entrant Sur l’axe « vision » : Rang Fournisseur Évolution annuelle 1 Kong = 2 IBM + 3 3 Google + 3 4 Salesforce (MuleSoft) = 5 Boomi – 3 6 Gravitee – 3 7 WSO2 + 7 8 Sensedia + 7 9 Postman – 1 10 Tyk – 3 11 Axway – 2 12 Microsoft – 1 13 Workato – 1 14 SmartBear – 4 15 SAP – 2 16 AWS + 1 17 Traefik Labs nouvel entrant Des acquisitions bien intégrées chez Boomi… L'an dernier, Gartner avait noté que Boomi dépendait désormais moins de la seule brique iPaaS pour se différencier, les acquisitions d'APIIDA et de TIBCO Mashery (mai 2024) ayant accompagné la refonte de l'offre et de la feuille de route.

Leur intégration a été efficace, confirme-t-il cette année en y ajoutant le rachat de Thru (transfert de fichiers géré ; mai 2025). Autre bon point qu'on retrouve d'une année sur l'autre : l'extension de la présence commerciale. En 2025, Gartner avait mis en avant le renforcement des partenariats, en particulier avec AWS et ServiceNow.

Il les mentionne à nouveau cette année, en plus de Snowflake. Et note la capacité de Boomi à toucher les profils d'acheteurs spécialisés sur l'intégration et sur l'IA. Nouveauté cette année : un bon point sur l'innovation.

Plus spécifiquement au titre des avancées sur l'IA agentique, dont témoignent Boomi Connect (MCP géré) et Boomi Orchestrate. Gartner salue les possibilités de combinaison avec des workflows déterministes. ... dont les solutions restent complexes à prendre en main L'intégration avec les passerelles tierces peut s'avérer complexe, avait signalé Gartner en 2025. Il en dit tout autant cette année.

Et parle plus globalement d'une plate-forme complexe à prendre en main. Lire aussi : Gestion des conteneurs : l'effet de lock-in demeure Malgré des certifications et des « accélérateurs » pour des secteurs comme la santé et la distribution, l'attrait reste limité pour qui cherche des solutions verticales. Boomi n'a, par ailleurs, pas encore développé à l'international la présence et la notoriété qu'il a développées en Amérique du Nord.

Gartner se fait, en outre, l'écho des inquiétudes de clients sur la transparence tarifaire. Google salué pour son rayon d'action... L'an dernier, Google avait eu un bon point pour son outillage favorisant la conception d'API par des agents.

Cette année, Gartner salue son positionnement « en première ligne » sur les passerelles IA et l'agentique. Et mentionne l'add-on Specification Boost, qui améliore la lisibilité et la « découvrabilité » des API pour les agents. En 2025, Google était crédité d'un bon point pour la stabilité de son offre et sa capacité à couvrir les cas d'usage les plus complexes.

Cette année, Gartner met l'accent sur la large diffusion de ses solutions dans les secteurs réglementés. Il y ajoute la sécurité multicouche et les fonctionnalités IA qui favorisent la prise en charge des environnements « difficiles » (banque, production industrielle). ... mais toujours pas pour sa tarification D'une année sur l'autre, même réflexion sur la stratégie commerciale : Google positionne ses produits (Apigee et Google Cloud API Gateway) comme des compléments à GCP plutôt que des solutions autonomes. La complexité de l'offre reste d'actualité : il faut beaucoup d'expertise pour l'implémenter et l'exploiter.

La tarification demeure aussi un irritant. Elle « reste une des plus grosses barrières à un usage soutenu », pour reprendre les mots de Gartner. Lequel avait, l'an dernier, pointé les doutes de certains clients de longue date quant au rapport coût/bénéfice.

Lire aussi : Cloud public : dans la foule des « stacks IA », IBM s'efface De l'indépendance et de la vision chez Gravitee... Gravitee a su rapidement proposer une passerelle IA gérant MCP, avait souligné Gartner en 2025. Il va un peu plus loin cette année : l'entreprise née à Lille a vite eu la vision d'un catalogue d'interfaces orienté événements.

Et elle a concrétisé, en lançant la plate-forme Gamma, l'unification de la gestion des API, des flux d'événements et des agents. Gravitee a toujours pour lui une indépendance vis-à-vis de tout cloud, progiciel ou iPaaS. Et une approche de déploiement flexible avec gestion de la fédération. ... toutefois exposé à une acquisition Gravitee manque toujours de notoriété.

Surtout en Amérique du Nord, ajoute Gartner cette année. La clientèle demeure largement concentrée en Europe (à près des deux tiers), le reste se trouvant pour l'essentiel en Amérique du Nord. Les acheteurs sur d'autres plaques géographiques se poseront la question du service et du support.

Gravitee est par ailleurs un des plus petits fournisseurs en termes de revenus. Cela l'expose, souligne Gartner, à un risque d'acquisition ; d'autant plus que parmi ses concurrents figurent certains des plus gros éditeurs mondiaux. IBM avance une roadmap « intéressante » au croisement des agents IA et des API...

En 2025, IBM avait été salué sur la livraison de fonctionnalités IA (gestion des prompts et routage LLM, notamment). Cette année, Gartner apprécie son approche de la gouvernance des API et de leur rationalisation (identification des doublons ou quasi-doublons + serveur MCP d'enrichissement de métadonnées). Il y ajoute une feuille de route « intéressante » sur la gestion des patterns applicatifs qui émergent à la croisée des agents IA et des API.

La diversité du réseau commercial et de support avait été un autre point fort évoqué en 2025. Cette année, Gartner met l'accent sur son extension, tant au niveau des partenaires intégrateurs que sur les marketplaces des hyperscalers. ... mais peine toujours à séduire hors de sa base installée D'une année sur l'autre, un constat demeure : IBM a du mal à vendre ses solutions de gestion des API au-delà de sa base installée. Par ailleurs, il a peu d'offres sectorielles hors banque et finance.

Quant à sa stratégie commerciale, elle est focalisée sur les acheteurs IT, peinant à toucher les autres métiers à l'heure où les budgets se décentralisent. Kong s'est construit une vraie visibilité... La génération d'API, de specs et de serveurs MCP par IA avait valu un bon point à Kong en 2025.

Tout comme la passerelle Kafka (Event Gateway) intégrée à son maillage de services. Cette année, Gartner insiste sur la brique Context Mesh (context engineering), la gestion des identités machine et les capacités de monétisation des agents, modèles et serveurs MCP. Il apprécie aussi certains éléments de roadmap, comme l'intégration d'OpenMeter et les sandbox d'exécution de code.

L'an dernier, le cabinet américain avait noté la visibilité que Kong s'est construite à renfort d'événements, de partenariats et de présence sur les principales marketplaces. Cette année, il relève le niveau d'adoption de ses outils open source et sa capacité à toucher à la fois les populations techniques et métiers. ... mais sa tarification reste difficile à lire Comme en 2025, il n'y a pas de solutions verticales au catalogue de Kong. Son empreinte géographique demeure limitée (40 % des revenus aux États-Unis, 35 % en EMEA).

L'an dernier, Gartner avait pointé la courbe d'apprentissage nécessaire pour prendre en main les solutions de Kong. Il avait aussi souligné la confusion que pouvait susciter la tarification basée sur les services, assortie de frais supplémentaires pour certains éléments (portails, tests, analytics). Mêmes remarques cette année, en plus du constat d'une prise en charge limitée de la fédération des passerelles tierces.

MuleSoft s'est bien emparé du sujet IA... L'intégration de l'offre de MuleSoft avec celle de Salesforce a contribué à attirer de la clientèle, avait affirmé Gartner en 2025. Tout en saluant plus globalement la présence commerciale et le réseau de partenaires.

Il en dit à peu près autant cette année, en mettant l'accent sur la croissance et la stabilité opérationnelle de l'activité de MuleSoft. Autres bons points : la capacité à répondre aux défis liés à l'adoption de l'IA (shadow AI, prolifération des serveurs MCP, gestion des coûts) et de récentes améliorations telles que la conception d'API en langage naturel ou la conversion d'API en outils agentiques. ... mais reste orienté sur l'écosystème Salesforce Pour la gestion des API, MuleSoft est l'un des fournisseurs les plus chers, avec une structure de prix complexe. Ce constat valait l'an dernier... et vaut toujours cette année.

Complexe est aussi la prise en main de la solution (défis de paramétrage, en particulier), en plus de la difficulté à trouver des développeurs spécialisés. Des fonctionnalités peuvent se révéler superflues pour qui n'utilise pas Salesforce. Beaucoup sont effectivement modelées sur des cas d'usage spécifiques à cet écosystème.

Sensedia, avancé sur la gouvernance des API... Nouveau « leader » de la gestion des API, le brésilien Sensedia se distingue par ses investissements dans la gouvernance et son positionnement sur la « souveraineté ». Il a aussi pour lui une expertise du milieu bancaire, dont il parvient à faire un atout.

Sur le plan géographique, remarque très spécifique : fournisseur intéressant pour des déploiements en Amérique du Sud vu sa présence et sa connaissance des réglementations locales. ... moins sur les fonctionnalités IA Plus des trois quarts du revenu de Sensedia provient d'Amérique du Sud. Les investissements réalisés sur les autres plaques géographiques ne se sont globalement pas encore traduits par des ventes. En parallèle, la notoriété du fournisseur est limitée, en Amérique du Nord comme en Europe.

La livraison de fonctionnalités IA intervient généralement en décalage par rapport aux autres « leaders ». Au final, Sensedia est en retard sur des capacités comme le registre MCP et la découverte orientée agents. Modularité contractuelle chez WSO2...

Sur la partie produit, hormis les investissements dans l'IA, WSO2 se distingue par l'intégration de Moesif (acquis en mai 2025 ; monétisation des API), l'extension des capacités de fédération et l'adoption complète de la spécification Arazzo. L'éditeur aéricain est revenu à la croissance et sa maison mère EQT semble le percevoir comme un actif stratégique - elle investit à la fois dans ses produits commerciaux et open source. Gartner apprécie aussi la contractualisation modulaire et la flexibilité de déploiement. ... mais une empreinte SaaS limitée Comme Sensedia, WSO2 est un nouveau « leader »... et comme lui, il manque de notoriété.

L'approche « plate-forme modulaire » manque encore d'écho et l'approche commerciale demeure centrée sur les profils techniques. Gartner estime que le message axé sur les déploiements hybrides alors que la brique de monétisation n'est disponible qu'en SaaS peut engendrer de la confusion. Les déploiements SaaS, justement, se limitent à une zone, aussi bien pour l'Europe que pour l'Amérique du Nord.

Quant à la page de statut, Gartner la juge « rudimentaire », donnant peu d'informations utilisables. Illustration © Murrstock - Adobe Stock