L’intervention israélo-américaine en Iran a réveillé la guerre civile yéménite, pourtant mise en sommeil par un cessez-le-feu depuis 2022. Les Houthis frappent désormais l’Arabie saoudite, contrôlent Mokha et l’île de Perim, à l’entrée de la mer Rouge. Les rebelles houthis ont annoncé samedi 3 octobre avoir ciblé des installations pétrolières d’Aramco près de Riyad, la capitale de l’Arabie saoudite.
Le porte-parole du groupe a déclaré qu’il s’agissait de « représailles » après un raid aérien saoudien sur la capitale yéménite, Sanaa. Plusieurs sites ont depuis été visés par de nouvelles frappes de missiles et de drones. L’aéroport international de Riyad a été touché, ainsi que plusieurs installations militaires concentrées dans le sud du pays.
Les combats s’intensifient au Yémen. Les miliciens chiites menaient depuis juillet dernier une offensive éclair pour s’emparer du littoral yéménite, qui borde le détroit de Bab el-Mandeb. Ils ont désormais pris le contrôle de la ville portuaire de Mokha et de l’île de Perim, points hautement stratégiques pour le passage de la mer Rouge vers l’océan Indien.
« Habilement, les Houthis n’interdisent pour l’instant le passage qu’aux navires saoudiens pour éviter un engagement de l’US Navy. » La situation au Yémen achève de perturber le marché mondial des hydrocarbures La route de la mer Rouge est pourtant essentielle au commerce mondial des hydrocarbures, déjà très largement mis à mal par le blocus du détroit d’Ormuz par l’Iran depuis plusieurs mois, et alors même que les réserves mondiales s’amenuisent. Les Houthis, soutenus par l’Iran, avaient déjà visé l’oléoduc Est-Ouest ces dernières semaines. Ce dernier relie les champs pétroliers saoudiens aux ports de la mer Rouge.
L’Iran renforce, ce faisant, sa stratégie de pression sans s’engager directement, ouvrant d’autres fronts régionaux à l’aide des milices chiites que le régime iranien arme. La situation préoccupe les Américains, qui refusent pour le moment d’intervenir malgré les demandes répétées de Mohammed ben Salmane, le prince héritier d’Arabie saoudite. Habilement, les Houthis n’interdisent pour l’instant le passage qu’aux navires saoudiens pour éviter un engagement de l’US Navy.
Au début des attaques menées par les Houtis, le prix du brut a dépassé les 108 $ fin septembre, avant que le marché ne corrige une fois la crainte passée d’un blocage complet de Bab el-Mandeb ou d’une longue invalidité de l’oléoduc saoudien. Pourquoi l’Arabie saoudite s’intéresse-t-elle à la situation au Yémen ? La guerre civile fait rage au Yémen depuis 2014.
Le pays est divisé entre les forces gouvernementales, les Houthis, le Conseil de transition du Sud et les milices islamistes. L’Arabie saoudite considère les Houthis comme un proxy du régime iranien capable de déstabiliser son environnement stratégique immédiat. « Les Saoudiens craignent qu’une seconde route commerciale majeure ne soit bloquée. » Malgré plusieurs années d’accalmie après le cessez-le-feu de 2022, ce sont les Houthis qui ont rouvert les hostilités en juillet dernier en lançant une offensive contre les forces gouvernementales.
Ces dernières, appuyées par l’aviation saoudienne, ont depuis annoncé avoir repris du terrain. La réussite de cette entreprise est un soulagement pour les Saoudiens, qui craignent qu’une seconde route commerciale majeure ne soit bloquée. Leurs navires sont visés par des frappes houthies.
Si les Américains refusent pour le moment d’intervenir, la France a annoncé de son côté l’envoi de moyens défensifs à l’Arabie saoudite pour protéger le port stratégique de Yanbu, en mer Rouge, par où transitent 7 millions de barils par jour. Le Royaume-Uni a fait de même.