Pierre-Antoine Donnet est né à Colmar. Il est diplômé de chinois. Il est l’ancien rédacteur en chef central de l’Agence France-Presse et son ancien correspondant à Pékin et à New York.
Pierre-Antoine Donnet publie, Chine, la défaite de l’Occident, édition de l’aube. Propos recueillis par Pierre Verluise, docteur en Géopolitique, fondateur du Diploweb, P. Verluise produit également l’émission Planisphère sur RCF Notre Dame disponible sur Spotify et Apple podcasts.
Quelles sont les dynamiques externes qui ont contribué à la montée en puissance de la Chine ? Pour le dire plus clairement, quelles sont les responsabilités des Etats-Unis et de l’Europe dans l’émergence d’un compétiteur qui contribue désormais activement à la désoccidentalisation du monde ? L’Occident a-t-il déjà perdu la partie en matière industrielle et de RD ?
Comment s’articulent aujourd’hui les relations entre la Chine, la Russie et les Etats-Unis ? Pierre-Antoine Donnet apporte des réponses franches et stimulantes. Il publie « Chine, la défaite de l’Occident », édition de l’aube.
Il répond aux questions de Pierre Verluise pour Diploweb.com. Pierre Verluise (P. V. ) : Après un premier chapitre consacré à la thématique de l’humiliation, vous avancez que dans les succès récents de la République populaire de Chine, l’Occident l’a grandement aidé par ses naïvetés et ses complicités.
Comment cela s’est-il mis en œuvre ? Pierre-Antoine Donnet (P.-A. D) : La naïveté occidentale à l’égard de la Chine communiste a été en premier lieu celle des États-Unis lorsque Richard Nixon a décidé de reconnaître la Chine en 1979 en espérant ainsi y trouver à ses côtés un contre-poids pour faire face à l’Union soviétique qui était alors le mal absolu.
Son émissaire de l’époque, le secrétaire d’État Henry Kissinger s’était rendu en mission secrète à Pékin du 9 au 11 juillet 1971 pour préparer le terrain. Pour la Chine de Mao, alors isolée sur la scène internationale et plongée dans l’extrême pauvreté, ce fut une aubaine inespérée. Mao Zedong et le Premier ministre Zhou Enlai multiplièrent les sourires, si bien que Nixon, à la stupéfaction générale dans son pays s’y rendit l’année suivante, du 21 au 28 février 1972, dans l’espoir vain de trouver à Pékin non seulement un nouvel allié mais aussi un pays qui, commerce aidant, allait immanquablement s’ouvrir sur le plan politique et emprunter un jour le chemin de la démocratie.
Cette naïveté fut la même à Washington lorsque les États-Unis aidèrent activement la Chine à rejoindre l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en janvier 2001, espérant là aussi qu’avec le commerce, la Chine devait nécessairement s’ouvrir aux aspirations démocratiques. Il n’en fut rien. Tout le contraire même.
Outre le fait que l’adhésion de la Chine à l’OMC lui servit de tremplin inespéré pour accéder aux marchés mondiaux, elle permit au Parti communiste d’y trouver un relais de puissance considérable par le bais d’une croissance économique record et des espoirs de vie meilleures pour une grande partie de la population chinoise. D’ouverture politique, il ne fut jamais question. Avec du recul aujourd’hui, on constate aujourd’hui à quel point l’erreur de jugement des États-Unis fut totale puisque non seulement la Chine ne devint jamais l’alliée de l’Amérique mais que, au contraire, elle fait aujourd’hui cause commune avec la Russie devenue l’agresseur de l’Ukraine aux portes de l’Europe.
À une échelle moindre, la naïveté de l’Europe fut la même. Son moteur fut l’appât du gain grâce au commerce et l’image obsédante chez de nombreux capitaines d’industrie d’un marché réputé colossal pour les vendeurs de brosses à dent qui crurent au mirage d’une fortune facile. Les 1ère classes et classes affaires des avions en partance pour Pékin étaient pleines d’hommes d’affaires pressés qui, bien souvent sans connaître ce pays, s’y précipitaient avec dans la tête des promesses illusoires d’intermédiaires qui y trouvaient leur compte.
Pour d’autres, une main d’œuvre bon marché et corvéable à merci représentait l’opportunité de délocaliser leur production industrielle. C’est ainsi que la Chine devint l’atelier du monde. Pour d’autres encore, souvent des fleurons de l’industrie européenne, les transferts de technologie faisaient miroiter des coopérations juteuses dans des domaines clés tels que le nucléaire civil, les transports ferroviaires, l’aviation civile, la conquête de l’espace, la recherche dans le domaine de la santé.
Or qu’en est-il aujourd’hui ? En l’espace d’à peine quelques décennies, la Chine en est arrivée à maitriser toutes technologies, jusqu’à d’ailleurs souvent dépasser les savoir-faire de nos ingénieurs européens. L’un des nombreux exemples en est notre centrale nucléaire EPR de Flamanville dont le chantier avait démarré en 2007 pour une mise en service prévue en 2012 mais retardée à 2024 et un coût initial évalué à 3,3 milliards d’euros porté finalement à 23,7 milliards d’euros.
Cerise sur le gâteau : des malfaçons manifestes qui illustrent la perte des savoir-faire dans ce domaine de nos ingénieurs, ont contraint EDF à déclarer en septembre de cette année sa mise à l’arrêt pendant une durée prévisible d’un an afin de remplacer le couvercle de la cuve du réacteur. À contrario, la Chine, grâce pour grande partie aux transferts de technologie français consentis par EDF, Framatome et Areva, a annoncé la mise en ligne de ses deux premiers réacteurs EPR de Taishan 1 et Taishan 2 dans le sud du pays respectivement en décembre 2018 et décembre 2019. La comparaison n’est pas à notre avantage.
S’agissant du commerce, le retournement est proprement tout autant stupéfiant qu’humiliant : l’Union européenne enregistre en 2026 un déficit commercial avec la Chine d’un milliard d’euros par jour. Il devrait atteindre la somme de 370 milliards pour l’ensemble de cette année. L’industrie chinoise est devenue un danger tant mortel qu’imminent pour l’industrie européenne dans des domaines où elle pensait encore régner en maître il y moins de vingt ans.
L’exemple emblématique en est Volkswagen, premier constructeur automobile européen et fierté de l’industrie allemande, dont le PDG est contraint aujourd’hui d’annoncer la suppression de 100 000 emplois d’ici 2030, principalement en raison de la concurrence des grandes marques chinoises qui vendent en moyenne 30 à 40% moins cher des véhicules d’une qualité équivalente ou supérieure. Volkswagen avait l’un des premiers majors de l’industrie européenne à faire le « pari chinois » en délocalisant une partie de sa production sur le sol de la République populaire de Chine dont le marché resta pour lui le premier pendant deux décennies. Tous les chanceliers allemands, à l’exception du dernier Friedrich Merz, firent le même « pari chinois », jugeant que la Chine et son marché représentaient un réservoir de puissance infini pour l’industrie allemande.
Las ! Les ventes de Volkswagen en Chine commencèrent à s’effondrer jusqu’à enregistrer une baisse de plus de 70% en moins de dix ans. La déroute est comparable pour BMW, Mercedes, Stellantis.
Pendant ce temps, le géant chinois BYD achève en Hongrie une méga-usine dont la capacité nominale sera de 100 000 véhicules électriques par an pour le marché européen. Le carnage dans l’automobile européenne ne fait que commencer avec les conséquences sociales que provoquera le chômage et ses répercussions politiques ultérieures que l’on peut anticiper avec les dérives populistes qui en découlent bien souvent. Ce n’est que depuis quelques années que l’Union européenne commence à comprendre où la menée cette naïveté et ses conséquences pour ses habitants.
La question première aujourd’hui qui doit être posée est celle des mesures à prendre pour protéger l’Europe contre la disparition progressive de ses souverainetés industrielles essentielles qui conduirait à une vassalisation par la Chine et les États-Unis. Le chapitre des complicités est long et aujourd’hui de mieux en mieux documenté. Viendra le jour où l’étendue de ces complicités dont le moteur principal est toujours l’argent sera mis en lumière.
Ces complicités sont à mettre sur le compte de la nature humaine qui, au-delà des vernis culturels, obéit souvent aux mêmes ressorts de cupidité, de duplicité et de trahisons parfois. P. V. : Pierre-Antoine Donnet, votre livre, « Chine, la défaite de l’Occident » (éd. de l’aube) aborde également la question de la démocratie en République populaire de Chine.
Qu’en est-il ? P.-A. D. : Le régime chinois est celui d’une dictature du Parti communiste chinois et la situation celle de l’exercice solitaire du pouvoir par son secrétaire général Xi Jinping.
Ce dernier a été l’architecte en chef de limogeages à répétition, y compris de responsables militaires qui étaient pourtant réputés proches de lui. Ces purges n’ont pas d’explication rationnelle connue du fait de l’opacité extrême du régime chinois mais elles semblent illustrer une paranoïa croissante au sommet du Parti ainsi que de Xi Jinping. Cette paranoïa est propre aux régimes totalitaires mais ce que l’on voit en Chine rappelle celui de Staline dans les dernières années de sa vie, lorsqu’il voyait des ennemis putatifs partout, jusqu’à se séparer de proches collaborateurs.
Pour autant, je ne fais pas partie de ceux qui prédisent une chute proche du régime communiste chinois et qui ont tous été démentis par la réalité. Il est là pour durer car il s’est depuis longtemps préparé à organiser sa survie dans une environnement qui lui serait hostile grâce en particulier à un système de surveillance très sophistiqué de sa population. 700 millions de caméras dotées des dernières technologies dans toutes les villes de Chine auxquelles s’ajoutent les nouvelles technologies de surveillance que permet l’Intelligence artificielle : la démocratie en Chine n’est pas pour demain.
La Chine est, au contraire, entrée dans un hiver politique et social qui n’a cessé de s’épaissir depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping à l’automne 2012. Il reste néanmoins dans ce sombre tableau une jeunesse qui aspire à un monde bien différent de ce que lui promettent les gérontes du Parti. Le divorce entre cette jeunesse et l’idéologie officielle ne cesse de s’accroître, favorisé aussi par le chômage des jeunes et leur refus de plus en plus affirmé d’épouser les contraintes sociales imposées par la machine économique et le monde industriel chinois.
Innombrables sont les jeunes diplômés qui ne trouvent pas d’emplois qualifiés et qui en sont réduits à devenir livreurs à la journée. Ces contradictions internes dans la société chinoise ne constituent pas pour autant une menace immédiate pour la stabilité du régime qui, rappelons-le, est la priorité numéro un du Parti et de son chef. P.
V. : Pourriez-vous définir le rôle que jouent les triades dans le monde chinois au sens large. Ce rôle n’est-il pas également, jusqu’à un certain point, politique ? P.-A.
D. : À la différence du Japon où les yakuzas respectent un code d’honneur et jouent un rôle social pour porter secours aux populations sinistrées lorsque surviennent des catastrophes naturelles, en Chine les triades n’ont plus pour seul ressort que l’argent. À son origine, à la fin du XVIIe siècle, la Triade était une société secrète née en opposition à la dynastie mandchoue - et donc non-han - des Qing. Société patriote, elle s’était donnée pour objectif de restaurer l’ancienne dynastie han des Ming.
Elle a soutenu pendant des siècles de nombreuses révoltes contre la dynastie mandchoue. Au XIXe s, les sociétés secrètes chinoises avaient déjà profondément changé de nature pour devenir tout à la fois syndicats, sociétés d’entraide au sein de la pègre, organisations politiques, groupes économiques. Aujourd’hui, profondément recomposées, elles ne sont plus guère qu’une mafia qui n’a rien à voir avec leurs origines, usant de méthodes ultraviolentes pour parvenir à leurs fins : extorsion, enlèvements, racket, meurtres sur commande, traite d’êtres humains, jeux d’argent, prostitution.
En bref, il ne s’agit plus que d’un monde parallèle du crime organisé. Ces sociétés secrètes se livrent sans surprise une concurrence féroce souvent meurtrière pour conserver leurs réseaux d’influence. Il est de notoriété publique que les cercles du pouvoir chinois qui y voient un excellent moyen de surveillance sociale et de répression sauvage lorsque cela les arrange.
L’un des exemples bien documenté a été la façon dont les autorités locales à Hong Kong y ont eu recours pour tabasser et terroriser les manifestants prodémocratie lors des manifestations monstres dans les rues de l’ancienne colonie britannique pour dénoncer les ingérences de Pékin en 2019 et 2020, avant l’imposition par le Parti communiste chinois d’une loi sur la Sécurité nationale qui a achevé la mise sous cloche de toute contestation dans la mégalopole portuaire. Officiellement, ces triades sont interdites. Dans la réalité, elles prospèrent mais ne sont tolérées par le régime que dans un cadre étroit et très surveillé, dont celui du rôle qui lui est utile de mise au pas de populations sortant du cadre idéologique du pays.
C’est ainsi que les triades ont été mises au pas sans pitié par le régime de Pékin lorsque leurs activités de racket organisé à très grande échelle au Myanmar (Birmanie) et au Cambodge ont commencé à nuire à l’image de la Chine. A Taïwan, les triades sont considérées par les autorités comme l’un des bras armés de Xi Jinping pour préparer l’invasion de l’île. Elles s’emploient à terroriser les militants anti-Pékin.
La Sun Yee, peut-être la plus puissante, est basée à Hongkong. Elle est bien organisée, très internationalisée. La 14K, elle aussi basée à Hongkong, est très connue, en particulier à cause de Dent cassé, un de ses anciens chefs qui a tenté de s’emparer des casinos à Macao dans les années 1990 avant d’être arrêté.
À Taïwan, l’organisation montante est aujourd’hui Alliance céleste, beaucoup plus locale, qui a vu le jour au sein des prisons dans les années 1980, qui s’étend en Chine, en Asie et maintenant en Occident. Taïwan présente un autre cas, très particulier, avec la triade Bambou uni, qui s’est engagée pour la « réunification » avec la Chine communiste sous l’impulsion de son chef, Loup blanc. Celui-ci a même créé son parti politique prochinois.
Il est également soupçonné de violences et d’intimidations contre des opposants à la Chine communiste. D’autres triades servent depuis un certain temps les intérêts des Chinois à Taïwan. Cela s’explique par leurs investissements et activités en Chine continentale, qui donne à cette dernière un fort moyen de pression.
Les services de renseignement taïwanais évaluent aujourd’hui que les triades seraient capables d’armer sur le sol de Taïwan deux à trois brigades, soit 16 000 à 24 000 hommes, en cas de conflit ouvert avec Pékin. Elles posent donc un risque sérieux de cinquième colonne. Les autorités taïwanaises s’inquiètent également du fait que des triades participent à des stratégies de déstabilisation, informationnelles ou électorales.
Cette alliance sino-russe de circonstance permet en outre à la Chine de réduire son partenaire à un statut de vassal. P. V. : Passons à l’échelle internationale.
Comment s’articulent les relations entre la République populaire de Chine, la Russie et les Etats-Unis de D. Trump ? Comment la guerre russe en Ukraine accélère-t-elle l’évolution des relations d’interdépendance et d’ascendance entre Pékin et Moscou ?
Qu’a démontré la rencontre entre Xi Jin Ping et D. Trump ? P.-A.
D. : La Chine a trouvé avec la Russie un partenaire de choix pour affaiblir l’Occident. Ce partenariat a pris depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine le 24 février 2022 la forme d’une alliance de circonstance puisqu’elle sert les intérêts bien compris des deux pays. La Russie y trouve une aide multiforme à la fois économique et en partie militaire qui lui donne les moyens de poursuivre sa guerre contre l’Ukraine.
La Chine y trouve le moyen de détourner l’attention de l’Occident vers un conflit ouvert aux portes de l’Europe et ainsi la possibilité de poursuivre sa montée en puissance économique, industrielle et militaire à bas bruits sans trouver d’opposition claire et coordonnée. C’est ce que je nomme dans mon livre « une guerre par procuration » livrée par Pékin à l’Occident et ses valeurs. Cette alliance sino-russe de circonstance permet en outre à la Chine de réduire son partenaire à un statut de vassal qui l’autorise à étendre son influence économique et politique dans des sphères géographiques jusqu’à présent dominées par la Russie, en particulier en Asie centrale.
Dans le domaine économique, cette vassalité lui permet également d’acquérir à vil prix des hydrocarbures et d’autres marchandises russes visées par les sanctions occidentales. Enfin, des experts occidentaux sont d’avis que la Chine en retire également des technologies militaires russes de pointe qui lui faisaient encore défaut, en particulier s’agissant des sous-marins à propulsion nucléaire. Par ailleurs, jamais Xi Jinping n’aurait dans ses rêves les plus fous imaginé les services qui lui sont rendus quotidiennement par Donald Trump, devenu le fossoyeur de la démocratie et de l’influence américaines.
Pékin assiste avec délectation au naufrage en direct des États-Unis depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2025. Le régime chinois ne peut que se féliciter du fait que le 47è président américain joue régulièrement contre son camp lorsque lui et une partie de son administration prennent pour cibles l’Europe jugée décadente et les autres alliés des États-Unis en Asie. Les flatteries à répétition de Donald Trump adressées à Xi Jinping lors de leur sommet à la Maison Blanche jeudi 24 septembre 2026 en ont été la dernière démonstration.
Pour autant, Trump n’est pas éternel. La perspective d’un échec électoral lors des élections de mi-mandat et la résilience des fondements démocratiques des États-Unis incitent à la prudence sur la poursuite de cette politique contre-nature. Pékin en a conscience, tout comme Taïwan, le Japon ou la Corée du Sud.
On notera, s’agissant de Taïwan, que Donald Trump est resté muet sur ce sujet à l’occasion de ce sommet et il est permis de penser que l’Amérique ne saurait abandonner cette île sur un coup de tête d’un président fragilisé au risque d’être alors définitivement chassée de l’Asie au profit de la Chine qui deviendrait alors la seule puissance dominante. L’Asie, principal bassin de l’innovation industrielle du monde de demain, est trop importante pour que Washington en arrive là. De cela, Pékin en a conscience également.
P. V. : La République populaire de Chine se veut prochaine première puissance mondiale, notamment par un discours qui a une dimension autoréalisatrice par subjugation des esprits. La Chine, bientôt numéro 1 ?
P.-A. D. : Vous avez entièrement raison de souligner cela. Nous en sommes arrivés au point où l’un des atouts majeurs de la Chine n’est peut-être pas sa puissance réelle, mais sa capacité à imposer l’idée de sa puissance [1], une idée souvent reprise telle quelle par les commentateurs et une partie des médias qui ne prend pas en compte les fragilités de la Chine qui sont nombreuses.
On en arrive parfois à une représentation partagée d’une Chine irrésistiblement ascendante qui, par elle-même, nourrit l’influence de la Chine et où la simple image de la puissance prend la forme d’un instrument de puissance. Aux difficultés inédites depuis quarante ans que traverse l’économie chinoise, il faut y ajouter une démographie en chute libre, un secteur immobilier en crise et surtout un doute qui s’installe dans la société chinoise sur des lendemains difficiles qui conduit les Chinois à thésauriser plutôt que de consommer, contribuant ainsi à une croissance en berne. Pour moi, c’est le concept non-dit mais bien réel de « mandat du ciel » qui est aujourd’hui brisé, celui par lequel le régime promettait à ses sujets prospérité matérielle en échange de lui laisser prendre lui-même les décisions