Sans ravitaillement, les pétroliers iraniens bloqués au large du Sri Lanka Par Marion Prost Publié le 01/10/2026 à 18h20 Suivre Suivre Le Figaro sur : Google (ouvre un nouvel onglet) Google Discover (ouvre un nouvel onglet) Google News (ouvre un nouvel onglet) Sujets Pétroliers Sanctions États-Unis Un pétrolier au parc national marin de Narara dans la mer d’Arabie, près du Sri Lanka, mars 2026. (Photo d’illustration) Amit Dave / REUTERS Depuis juillet, des dizaines de pétroliers liés à l’Iran restent bloqués dans les eaux asiatiques. Une enquête du Wall Street Journal révèle ce jeudi comment Washington dissuade désormais les entreprises sri-lankaises de leur porter assistance. Passer la publicité Passer la publicité Publicité Ils ont livré leur pétrole, mais ne peuvent plus repartir en chercher.
À une vingtaine de kilomètres de la côte sud-ouest du Sri Lanka, une vingtaine de navires iraniens dérivent, moteurs à l’arrêt pour ménager le carburant. Les vivres et l’eau douce s’épuisent. Les sanctions américaines visent aussi bien le transport du pétrole iranien que le ravitaillement des navires qui l’acheminent.
À découvrir PODCAST - Écoutez le club Le Figaro International Avant le rétablissement du blocus américain du détroit d’Ormuz, en juillet, ces navires participaient à un commerce dont l’organisation permettait de contourner les restrictions américaines. Ils chargeaient du brut en Iran, le transportaient jusqu’aux eaux internationales au large de la Malaisie, puis le transféraient à d’autres pétroliers. Ceux-ci acheminaient la cargaison vers les raffineries chinoises.
Les premiers reprenaient le chemin de l’Iran pour une nouvelle livraison. Certains battaient pavillon iranien ; d’autres naviguaient sous pavillon étranger, sans avoir échappé pour autant aux sanctions de Washington qui menacent tout acteur, américain ou non, qui commerce avec l’Iran, d’exclusion du système financier en dollars. À lire aussi « Les gens n’ont plus d’argent » : les Iraniens en première ligne face aux sanctions américaines Passer la publicité Publicité Ravitailler n’est plus sans risque Ce blocus a interrompu ces rotations ; des dizaines de bâtiments iraniens ou liés à l’Iran restent depuis lors dans les eaux asiatiques.
Le parcours de l’Elva en donne un exemple précis : après avoir chargé du brut sur l’île iranienne de Kharg et franchi le détroit en juin, ce pétrolier sanctionné a transféré sa cargaison à un autre navire en août. Il attend depuis au large de la Malaisie. Sa cargaison livrée, le pétrolier attend toujours de pouvoir reprendre la mer.
Pour retrouver du carburant, des provisions et des réparateurs, plusieurs pétroliers ont gagné les environs du Sri Lanka. Plus proche de l’Iran, l’île avait aussi l’avantage de leur fournir habituellement ces services : c’est cette assistance que Washington entend restreindre. En août, l’ambassade américaine à Colombo a informé le gouvernement sri-lankais qu’elle surveillait les déplacements de 19 pétroliers iraniens au large de la côte occidentale.
Selon des documents officiels consultés par le Wall Street Journal, elle a demandé aux autorités d’avertir les prestataires locaux : leur apporter un soutien les exposerait à des sanctions américaines. Plusieurs bâtiments se sont alors éloignés des eaux territoriales, leurs moteurs laissés au repos pour économiser leurs réserves. Les pétroliers ne sont pas les seuls concernés.
Début septembre, deux porte-conteneurs sous pavillon iranien ont mouillé dans les limites du port de Colombo. Dans une lettre citée par le quotidien, l’autorité portuaire a estimé qu’il n’était pas prudent de leur fournir des services, compte tenu du risque de sanctions. Le transport vers l’Iran de marchandises telles que le maïs ou les matériaux industriels se trouve ainsi affecté à son tour.
Regarder la vidéo «Le choix appartient désormais à Washington» : l’Iran a soumis aux États-Unis un plan en sept jours pour rouvrir le détroit d’Ormuz Provisions sous réserve À bord, les restrictions se traduisent par des rationnements en eau et en nourriture. Le responsable d’une société de réparation a raconté avoir envoyé des techniciens sur un pétrolier iranien juste avant les nouvelles restrictions. Habituellement nourris à bord, ils avaient été priés d’apporter leur déjeuner.
Pour ce qui est de la toilette, il fallait également prendre ses dispositions : le navire devait conserver son eau douce. Le 24 août, Washington avait déjà sanctionné plusieurs sociétés établies à Hongkong et aux Émirats arabes unis pour leur participation au ravitaillement en carburant de navires liés à l’Iran. Les prestataires sri-lankais sont désormais avertis qu’ils s’exposent au même risque.
Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères de l’île reconnaît que même un ravitaillement d’urgence pourrait rebuter les sociétés privées, soucieuses d’éviter les sanctions.