Alors que Google et plusieurs entreprises imaginent déjà des centres de données en orbite, Star Catcher tente de trouver comment les alimenter. La start-up américaine s’apprête à tester une solution digne de la science-fiction: transmettre de l’énergie solaire par laser entre deux satellites distincts.Un jour, il faudra peut-être faire le plein d’énergie dans l’espace comme on branche aujourd’hui son ordinateur à une prise. À une différence près puisque la prise n'existe pas.
Elle sera remplacée par un laser.C’est le pari de Star Catcher, une start-up installée à Jacksonville, en Floride. Cette semaine, l’entreprise doit envoyer en orbite son prototype de nœud électrique, baptisé Protostar, à bord d’une fusée de SpaceX, rapporte Futurism. Son objectif?
Transmettre de l’énergie solaire à un autre satellite, situé à distance et sans que les deux engins ne soient reliés par un câble, précise le communiqué de presse.Star Catcher doit envoyer en orbite son prototype de nœud électrique, baptisé Protostar, à bord d’une fusée de SpaceX, la semaine du 28 septembre 2026 © Star CatcherSi l’expérience fonctionne, Star Catcher franchira une étape symbolique dans la course à l’énergie spatiale. Il s'agirait de la première démonstration de son système complet permettant de transférer de l’électricité entre deux objets dans l’espace.Une station-service flottanteSur le papier, l'idée paraît simple. "Il n’y a pas de réseau électrique dans l’espace", explique Andrew Rush, PDG et cofondateur de Start Catcher.
"Tout le monde se contente d’organiser ces petites sorties en camping." L’idée de son entreprise est précisément de construire les prises électriques de ce camping orbital.Pour comprendre le projet, il faut imaginer une sorte de station-service flottant au-dessus de nos têtes. Les futurs satellites de Star Catcher doivent récupérer la lumière du Soleil grâce à un ensemble de lentilles. La start-up veut ensuite concentrer cette lumière et sélectionner certaines longueurs d’onde afin d’obtenir, selon ses propres estimations, une puissance pouvant atteindre dix fois celle de la lumière solaire diffuse.
L’énergie est alors convertie en faisceau laser et envoyée vers un satellite voisin. À l’autre bout, des panneaux photovoltaïques récupèrent cette lumière pour la transformer de nouveau en électricité.L’intérêt d'un tel système est évident dans un environnement où chaque kilogramme envoyé en orbite coûte cher. Si un satellite peut recevoir de l’énergie d’un autre appareil, il peut potentiellement embarquer moins de batteries et consacrer davantage de masse à ses instruments.
Pour les futurs data centers spatiaux, ce gain pourrait surtout permettre de réserver une partie de la masse disponible aux GPU, les composants les plus précieux.Un test de quelques mètres, puis le videStar Catcher ne part pas de zéro. L’entreprise a déjà expérimenté au sol son système de transmission et affirme avoir dépassé l’an dernier un record établi par la DARPA, en envoyant plus d’un kilowatt vers des panneaux solaires classiques. Une puissance suffisante pour faire fonctionner un four à micro-ondes.
Mais entre un four à micro-ondes et un centre de données orbital, il reste un monde.Dans l’espace, viser une cible qui se déplace à plusieurs kilomètres par seconde est une chose. Lui envoyer suffisamment d’énergie, sans perdre une trop grande partie du faisceau au passage, en est une autre. Protostar doit justement réunir pour la première fois ces différentes briques technologiques.Une fois placé en orbite et mis en service, le prototype doit déployer un CubeSat, un satellite de très petite taille, puis le suivre alors que les deux engins s’éloignent l’un de l’autre.
Protostar dirigera ensuite son faisceau vers le petit satellite, qui mesurera l’énergie reçue grâce à des panneaux solaires standard. Star Catcher pourra alors comparer les résultats obtenus en conditions réelles avec ses modèles.Ce contenu ne peut pas être affichéCe contenu ne peut pas être affiché sans votre consentement car il implique l’utilisation de cookies déposés par son fournisseur. Ces cookies peuvent notamment permettre de mesurer l'audience, personnaliser le contenu ou suivre votre navigation.
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Mais son système complet n’a encore jamais fonctionné en orbite. Lors de sa mission Sextant Alpha, elle avait validé en orbite son logiciel d’acquisition et de suivi, chargé de repérer puis de maintenir dans sa ligne de mire le satellite à alimenter. Cette fois, il ne s’agit donc plus seulement de trouver la cible, mais de lui envoyer effectivement de l’énergie.Ce ne sera toutefois pas le premier test de lasers dans l'espace.
En 2023, le Naval Research Laboratory américain a fait fonctionner pendant une centaine de jours un laser spatial destiné à produire de l’énergie. Mais le dispositif était constitué d’un seul bloc et le faisceau parcourait moins de 1,5 mètre, et son rendement n’atteignait que 11%.Pour Hanieh Fattahi, chercheuse à l’Institut Max Planck pour la science de la lumière, plusieurs obstacles restent donc à franchir avant d’imaginer une véritable infrastructure énergétique orbitale. Star Catcher donc notamment améliorer le rendement, assurer la précision du suivi, gérer la chaleur et garantir la résistance des équipements dans le vide spatial sur plusieurs années.Le rêve ancien de l’électricité orbitaleL’idée n’est d'ailleurs pas nouvelle.
Isaac Asimov imaginait déjà, dans une nouvelle publiée en 1941, des systèmes permettant de produire de l’énergie dans l’espace. Dans les années 1970, la Nasa s’était à son tour penchée sur le concept de centrales solaires orbitales. À l’époque, le problème était moins la physique que la facture.
Il fallait envoyer des quantités considérables de matériel en orbite, à des coûts prohibitifs."Lancer d'importantes quantités de matériel en orbite était extrêmement coûteux, si bien que produire de l'énergie dans l'espace et la transporter ailleurs était rarement envisageable d'un point de vue pratique", détaille Hanieh Fattahi.Mais avec l’arrivée des lanceurs réutilisables et la baisse progressive du coût des mises en orbite la situation a changé. Pour Star Catcher, c’est cette évolution qui permet enfin d’envisager une infrastructure énergétique permanente plutôt qu’une expérience de laboratoire. D'autant que plusieurs grosses entreprises, comme Google, travaillent sur l'idée des centres de données installés en orbite.
Le premier centre de données spatial de Google doit d'ailleurs être envoyé sur la même mission SpaceX que Protostar.Culture IA : Le data center du futur sera-t-il... vivant ? - 16/09 4:10"Toutes les applications majeures qui stimulent l'économie spatiale, du renseignement en temps réel pour la sécurité nationale à l'informatique orbitale basée sur l'IA et à l'observation de la Terre, sont limitées par la consommation d'énergie", rappelle Andrew Rush dans un communiqué.De quoi attirer investisseurs et clients. L’entreprise a déjà levé 65 millions de dollars et obtenu une subvention de 30 millions de dollars de l'US Space Force. Elle revendique par ailleurs 40 lettres d’intention de clients potentiels et dix contrats d’achat d’électricité à long terme avec Starcloud ou encore Astro Digital.La concurrence arrive"À mesure que nous développons l’infrastructure spatiale nous rendons plus rentable l’implantation d’industries plus importantes et plus performantes dans l’espace", rappelle le fondateur de Space Lasers.
"Je considère ce que nous construisons comme une véritable révolution pour le secteur spatial, notamment grâce aux lanceurs réutilisables."Mais l'entreprise n'est pas seule sur ce segment. Des chercheurs du Caltech ont notamment expérimenté la transmission d’énergie solaire vers la Terre par micro-ondes. Cette technologie peut transporter davantage d’énergie, mais elle nécessite des récepteurs beaucoup plus grands.
Le laser présente, lui, l’avantage de pouvoir viser des cibles plus petites.Pour l’instant, Star Catcher doit encore démontrer que cette précision peut se transformer en véritable infrastructure commerciale. La start-up espère déployer ses premiers satellites énergétiques et fournir des services commerciaux "avant la fin de la décennie".Après des années de science-fiction et de prototypes, le prochain test aura donc quelque chose de très concret. Un petit satellite va essayer de recevoir de l’électricité d’un autre, sans câble, au milieu du vide.
Si Protostar y parvient, l’espace aura peut-être enfin sa première prise électrique.Sujets liés :InnovationActualitésSciencesTechTop Articles5,7 milliards de dollars de dommages: condamné à payer une grosse amende pour avoir violé deux brevets, notamment avec ses iPhone et Watch, Apple va faire appel"Nous savons que nous avons encore beaucoup de travail pour regagner la confiance": OpenAI regrette de ne pas avoir prévenu "plus tôt" l'Australie d'une intrusion de son IA, et se dit "désolé"D'abord interdite puis finalement victime d'une simple "erreur": pourquoi la publicité autour du film documentaire "à charge" contre Elon Musk a finalement été autoriséeFavorable à "un peu d'encadrement", Donald Trump réunit les grands patrons de l'IA à la Maison Blanche, alors que la régulation divise jusque dans son propre campSur le dark web, "une économie en pleine croissance associée à l'accès à l'IA", entre comptes Claude, ChatGPT et Gemini volés et revendus, et puissance de calcul détournée