À Lviv, Mykhailo Fedorov, père de l’Army of Drones, lance l’Army of Robots : mettre les machines à la place des hommes là où l’on meurt. Objectif affiché : qu’un robot humanoïde tue un soldat russe sous six mois, et qu’un assaut soit mené sans aucune infanterie sous douze mois. Le 26 septembre 2026, à la conférence IT Arena de Lviv, Mykhailo Fedorov a annoncé le lancement de l’Army of Robots, l’armée des robots.
L’homme n’est pas un inconnu : c’est lui qui avait lancé, en 2022, l’Army of Drones qui a transformé la guerre ukrainienne. Ministre de la Transformation numérique puis brièvement ministre de la Défense en 2026, écarté du gouvernement en juillet, il revient par le secteur privé avec une ambition d’un tout autre ordre : mettre des machines à la place des hommes là où l’on meurt. Lire le communiqué complet Du drone au robot : un basculement déjà engagé Le constat de départ, chiffré, donne la mesure du basculement déjà accompli.
« En 2022, nous avons lancé l’Army of Drones. Peu de gens imaginaient alors à quel point les systèmes sans pilote allaient changer la guerre », écrit Fedorov. Aujourd’hui, poursuit-il, les drones assurent plus de 95 % des frappes, et l’Ukraine compte déjà plus de 700 fabricants de drones.
La robotisation terrestre suit la même pente : le ministère ukrainien de la Défense a fait état de plus de 9 000 missions de robots terrestres armés en un seul mois ce printemps, contre 2 900 en novembre 2025. Des engins à roues et à chenilles combattent déjà. Ce qui manque encore, comme le résume la presse spécialisée, c’est une machine qui marche et qui tire.
La robotisation de la guerre ukrainienne en chiffres Part des frappes assurées par les drones > 95 % Fabricants de drones en Ukraine > 700 Missions de robots terrestres armés (un mois, printemps 2026) > 9 000 Missions de robots terrestres armés (novembre 2025) 2 900 « Faire combattre les robots à la place des hommes » C’est précisément l’objet de la nouvelle initiative, avec des objectifs clairement annoncés. D’après le média de défense Oboronka, rattaché à Ukrainska Pravda, Fedorov assigne au projet un premier but : qu’un robot humanoïde tue un soldat russe dans les six mois suivant le lancement. Le second, dans les douze mois, est de mener un assaut sur une position ennemie sans aucune infanterie, robots et drones « communiquant » entre eux par algorithmes.
La devise que Fedorov martèle résume tout : « Faire combattre les robots à la place des hommes. » « Faire combattre les robots à la place des hommes. » — Mykhailo Fedorov Dans l’immédiat, les tâches confiées aux humanoïdes sont pourtant plus modestes que ne le laisse croire la vidéo de présentation. Fedorov lui-même les décrit d’abord comme mécaniques : recharger une mitrailleuse, changer une batterie, installer un capteur. S’y ajoutent, énumère-t-il, l’évacuation des blessés et le transport de munitions, la pose et le déminage, la reconnaissance, la défense de positions et la frappe.
L’idée directrice est que le robot entre le premier là où l’on risque aujourd’hui la vie des soldats. « La mission de l’Army of Robots est de sauver des vies. Les robots doivent faire le travail le plus dangereux pour que nos militaires rentrent à la maison », écrit-il.
« Les robots doivent faire le travail le plus dangereux pour que nos militaires rentrent à la maison. » — Mykhailo Fedorov Entre vision et affichage Il faut toutefois mesurer la part de l’affichage. Le Kyiv Independent souligne que la plupart des engins montrés dans la vidéo — humanoïdes, mais aussi robots sphériques, quadrupèdes ou arachnéens — ne sont pas employés au combat aujourd’hui. Pour l’heure, l’Army of Robots relève davantage de la vision que de la capacité déployée : Fedorov décrit où il veut mener le champ de bataille, non une force déjà en ligne.
Le projet, insiste-t-il, « n’est pas une entreprise unique, c’est un écosystème », ouvert aux sociétés de défense, aux ingénieurs et aux capitaux, avec un appel à candidatures et la recherche d’un directeur technique. La démarche a ainsi une fonction financière et psychologique assumée, celle d’attirer les investisseurs et d’intimider Moscou, dont Fedorov fait justement le principal obstacle : la Russie « a appris à copier et à passer à l’échelle très vite », ce qui oblige l’Ukraine à inventer sans cesse le cycle technologique suivant. Vers la guerre des robots Reste la portée de fond.
Tandis que les Nations unies débattent encore de limites aux armes autonomes, un ancien ministre de la Défense appelle ouvertement à faire combattre les machines à la place des hommes. Le seuil symbolique visé — le premier soldat tué par un robot humanoïde — inscrirait la guerre dans un territoire nouveau, où la décision de frapper se délègue à la machine. L’Ukraine, laboratoire de la guerre des drones, s’apprête peut-être à devenir celui de la guerre des robots.
Décidément, cette guerre change le sens même de la guerre. « L’Ukraine, laboratoire de la guerre des drones, s’apprête peut-être à devenir celui de la guerre des robots. » Lire aussi : Comment l’Ukraine est devenue une superpuissance du drone Robotique terrestre. Déjà une réalité sur les champs de bataille, encore un défi collectif Robotisation du champ de bataille : défis, enjeux et risques Robotique militaire : dépassons le fantasme du Terminator