Le sommet qui a réuni les présidents américain et chinois lors de la visite de M. Xi Jinping aux États-Unis, du 23 au 25 septembre, invite à mesurer un renversement géopolitique – et à s’interroger sur un autre. Au milieu des années 1980, la question de Taïwan ne figure pas au rang des priorités géopolitiques de la planète. Depuis 1979, Washington a établi des relations diplomatiques avec la République populaire de Chine (RPC).

La priorité est alors d’affaiblir l’Union soviétique en jouant des tensions qui l’opposent à la Chine. Dans le grand jeu planétaire, Taïwan ne représente qu’« un problème insignifiant », selon un document du Congrès américain daté de février 1982. Le « problème insignifiant » d’hier se trouve désormais tout en haut de la liste des questions brûlantes qui opposent Washington et Pékin.

Le statut de l’île offre depuis longtemps à Washington une marge de manœuvre : si le traité de San Francisco établit que le Japon « renonce » à Taïwan, il ne précise pas à qui elle doit revenir. Après l’effondrement du bloc soviétique, alors que la Chine apparaît comme un rival possible des États-Unis, cette ambiguïté prend une nouvelle valeur stratégique. M. Xi aurait sans doute aimé acter un nouveau renversement, à l’occasion de sa visite officielle, en obtenant des États-Unis qu’ils « adhèrent à la position correcte consistant à s’opposer à “l’indépendance de Taïwan” » — ce qui aurait, de nouveau, renvoyé l’île au rang de question géopolitique « insignifiante ». Que M. Trump se soit gardé de répondre publiquement, à M. Xi comme aux journalistes, pourrait signifier qu’il compte toujours sur l’île comme atout de négociation.

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