Doublage (ILLUSTRATION) - Chris DelmasL'acteur a prêté sa voix à de célèbres séries d'animation, dont "Jujutsu Kaisen" et "Yu-Gi-Oh!". Il exige que TikTok retire de sa plateforme une série de vidéos dotées d'une voix qualifiée de "grave" et "chatoyante" bien distincte, qui, affirme l'acteur de 55 ans, ne peut être que la sienne.Kenjiro Tsuda, acteur japonais ayant prêté sa voix à de célèbres séries d'animation, attaque TikTok en justice pour des vidéos qu'il accuse d'imiter son timbre "baryton" via l'intelligence artificielle: le verdict, scruté par le secteur, est attendu mercredi.La reproduction par l'IA de l'apparence ou voix d'un acteur agite le cinéma mondial, mais prend une résonance particulière au Japon, où les doubleurs des "animés" sont parfois autant vénérés que leurs personnages par les fans.La plainte déposée par Kenjiro Tsuda, connu pour sa participation aux méga-franchises "Jujutsu Kaisen" et "Yu-Gi-Oh!", vise à défendre en justice l'identité vocale contre des "clones" générés par IA.L'acteur exige le retrait d'une série de vidéosKenjiro Tsuda exige que TikTok retire de sa plateforme une série de vidéos dotées d'une voix qualifiée de "grave" et "chatoyante" bien distincte, qui, affirme l'acteur de 55 ans, ne peut être que la sienne.La plateforme soutient qu'il s'agit d'une "voix masculine générique", dont la ressemblance avec celle de Kenjiro Tsuda est au mieux subjective, selon des documents judiciaires consultés par l'AFP.La voix d'un acteur "est le résultat d'années d'entraînement rigoureux et d'apprentissage", indique à l'AFP Yuko Sasaki, directrice exécutive du Syndicat japonais des acteurs et elle-même doubleuse."Nous passons beaucoup de temps et d'argent à la perfectionner (...) nous soutenons Tsuda de tout coeur", insiste-t-elle, appelant la justice à "reconnaître la propriété d'une voix comme un droit fondamental".Des vidéos générant d'importants revenusUn compte anonyme, dont l'image de profil rappelle un personnage de "Jujutsu Kaisen" doublé par Kenjiro Tsuda, a publié les vidéos incriminées qui combinaient des animations et une voix apparemment générées par IA, évoquant légendes urbaines, phénomènes occultes et théories du complot.Avec succès: comptant jusqu'à plus de 200.000 abonnés, le compte aurait généré plus de 500.000 yens (2.780 euros) de revenus mensuels, selon la plainte.Ce compte "n'a gagné en popularité que parce que son contenu douteux et sordide était narré par la voix séduisante d'un acteur populaire", portant préjudice à Kenjiro Tsuda, martèlent ses avocats.Bien que le compte ne soit plus accessible, le tribunal de district de Tokyo doit statuer pour déterminer si la responsabilité de supprimer ces publications incombait à TikTok.Une campagne lancée par plusieurs doubleurs japonaisEn parallèle, Yuko Sasaki et d'autres doubleurs japonais ont lancé une campagne contre l'imitation par IA générative des artistes sans leur accord."Notre secteur peut être écrasé" si une victoire de TikTok en justice ouvre la voie à un usage "débridé" du clonage vocal par IA au risque de "désespérer" les jeunes comédiens, confirme à l'AFP l'acteur Bin Shimada.Le problème est mondial: "Dans de nombreux pays, les lois sur le droit d'auteur et la protection des données ne sont pas suffisamment adaptées" pour protéger les artistes des clones IA, jugeait l'an dernier la Fédération Internationale des Acteurs.L'américain OpenAI, créateur de ChatGPT, a été contraint de présenter des excuses en 2024 à l'actrice-star Scarlett Johansson pour une voix synthétique qui ressemblait à la sienne... alors qu'elle avait refusé de travailler avec l'entreprise.Pas de loi explicite au JaponAu Japon, en l'absence de loi explicite, le ministère de la Justice a publié le mois dernier des directives non contraignantes clarifiant sa protection au titre des droits existants. Comme "symbole de la personnalité de chacun", la voix relève bien "du droit d'empêcher l'utilisation non autorisée de son portrait et de son apparence", tranche-t-il.Mais TikTok a contesté la "notoriété nationale" de l'acteur, rejetant l'idée que le compte tirait indûment profit d'une marque connue.
Il assure n'avoir fait qu'"héberger un forum où les usagers publient un contenu créatif et ingénieux relevant de la liberté d'expression".Fausse Taylor Swift, vraie menace : l’industrie du divertissement s’arme contre l’IA 18:04Il est "très peu probable" que la voix de Kenjiro Tsuda soit purement et simplement privée de "droit à l'image", estime cependant Tatsuhiro Ueno, juriste expert de propriété intellectuelle à l'université Waseda.Selon lui, alors que "Jujutsu Kaisen", où il incarne un exorciste stoïque, a rendu sa voix "très reconnaissable en Europe", le verdict "suscitera beaucoup d'attention à l'international".Sur le même sujet"Fortnite" poursuivi pour avoir créé un Dark Vador qui reprend sa voix originelle grâce à l'IAL'Académie des Oscars annonce que les acteurs et les scénarios générés par IA ne sont pas éligibles"Le Seigneur des anneaux": Andy Serkis a utilisé l'IA pour rajeunir des personnages de son film sur GollumLe vétéran du doublage Michihiro Ikemizu, 83 ans, se dit solidaire de Kenjiro Tsuda, tout en jugeant que l'IA, aussi sophistiquée devienne-t-elle, ne dépassera jamais l'acteur humain. "Il faut ressentir en permanence et s'adapter en jouant son rôle, quelque chose que l'IA ne pourra jamais faire", confie-t-il à l'AFP. "C'est notre seule arme".Sujets liés :TikTokCinéma et sériesJaponTop ArticlesDonald Trump récidive: la Maison Blanche interdirait à Anthropic et OpenAI d’ouvrir leurs nouveaux modèles à des pays étrangers, même alliés, avant une validation américaineComment une équipe d’experts en cybersécurité de Microsoft a contribué à faire tomber Eviltokens, une des plateformes stars du "phishing-as-a-service""On criminalise l'achat du porno": alors que la France pourrait interdire Onlyfan et Mym, deux plateformes sociales et pornographiques, les travailleurs du sexe s'inquiètent"Les décisions que nous prenons aujourd'hui peuvent promouvoir la paix et la prospérité pour les décennies à venir": Xi Jinping veut que les Etats-Unis et la Chine deviennent "les leaders" de l'intelligence artificielle"Il ne fait aucun doute": le créateur de Pangram revient sur les accusations d'utilisation de l'IA par Thélyson Orélien pour son livre "C'était ça ou mourir"