Sur la virtualisation serveur, Microsoft, Nutanix et Red Hat ont-ils rattrapé VMware ? On pourrait le supposer à la façon dont Gartner les a positionnés dans le Magic Quadrant dédié à ce marché. VMware a un peu d’avance en « vision », c’est-à-dire sur la stratégie (modèle économique, roadmap produit, déploiement géographique…).
Mais pas en « exécution », autrement dit sur la capacité à répondre à la demande (expérience client, tarification, qualité des produits…). Gartner dit suivre une quarantaine de fournisseurs sur ce segment. Il en a classé 17 dans son Magic Quadrant.
Dont trois basés en Europe : Proxmox, SUSE et Vates. Lire aussi : Gestion des conteneurs : l'effet de lock-in demeure Sur le plan fonctionnel, les critères étaient relativement peu restrictifs. N’étaient pas obligatoires, entre autres : Gestion du cycle de vie (patching et mises à niveau de firmware sans interruption) Chiffrement et calcul confidentiel Infrastructure définie par logiciel (abstraction du stockage et/ou du réseau) Services de données (réplication, compression, migration à chaud…) Gestion des conteneurs Prise en charge des GPU Support d’autres architectures processeur que x86 Les 4 « leaders » de la virtualisation serveur Microsoft, costaud sur les intégrations ISV et la sécurité matérielle…
Chez Microsoft (offres Azure Local et Windows Server Hyper-V), Gartner salue le plan de contrôle unifié que constitue Azure Arc. Il fait de même pour le catalogue d’intégrations ISV (sauvegarde, monitoring et sécurité, en particulier). Et pour les avancées sur la sécurité matérielle (initiative Secured-core, calcul confidentiel, protection des VM, partitionnement GPU). … mais plusieurs consoles d’administration et des dépendances à Azure Le cabinet américain perçoit en revanche une gêne persistance dans la fréquence, le volume et la taille des correctifs pour Windows Server.
Il souligne aussi la dépendance à Azure pour des capacités hybrides telles qu’AVD sur Windows Server ou AKS sur Azure Local. Autre limite : la coexistence de plusieurs consoles de gestion (portail Azure, centre d’administration Windows, gestionnaire de VM de System Center). Nutanix satisfait sa clientèle...
Gartner salue la maturité de Nutanix, l'ampleur de sa base installée et le niveau de satisfaction client. Il donne aussi un bon point à l'offre NC2 (Nutanix Cloud Clusters), qui unifie la gestion entre cloud et on-prem. Ainsi que pour la prise en charge des déploiements désagrégés exploitant du stockage externe, dont les baies Dell PowerStore et Everpure. ... mais cela a un prix Le modèle de licence peut se révéler complexe et les prix dépassent souvent les niveaux attendus.
Les options sont limitées sur le stockage externe : Nutanix ne gère que les protocoles NFS et NVMe/TCP. Elles le sont aussi sur les serveurs pris en charge. La liste de compatibilité officielle comprend des modèles et des configurations spécifiques.
Et elle ne permet pas d'assembler des serveurs à partir de composants certifiés individuellement. Chez Red Hat, un socle adapté au DevOps... Chez Red Hat (OpenShift Virtualization), Gartner apprécie le niveau d'unification de l'outillage pour les VM et les conteneurs (API, planificateur, RBAC, réseau OVN, workflows GitOps).
Il considère que l'architecture d'ensemble est bien alignée sur les pratiques DevOps. Et salue la disponibilité de l'offre sur AWS, Azure et GCP. ... mais une courbe d'apprentissage et un coût initial élevé Sur les migrations, la capacité de delivery de Red Hat est restreinte : le processus dépend largement des intégrateurs et des MSP. Le coût initial est élevé et la tendance est aux augmentations lors des renouvellements.
Attention aussi à la courbe d'apprentissage pour les admins, qui doivent adopter des paradigmes Kubernetes-centric. Lire aussi : Cloud public : dans la foule des « stacks IA », IBM s'efface VMware se distingue sur le fonctionnel et l'écosytème... VMware se distingue par la profondeur fonctionnelle de sa plate-forme VCF, qui associe calcul, stockage, réseau et Kubernetes.
Son écosystème (partenaires hardware et software + base installée) est un autre point fort. Gartner apprécie aussi l'intégration de capacités pour l'IA (il mentionne la virtualisation des GPU ainsi que le RAG et le fine-tuning natifs). ... mais a bien changé sous l'ère Broadcom Si VCF est fonctionnellement exhaustif, il faut prendre toute la pile. VMware la pousse en tout cas largement aux dépens des quelques autres solutions qu'il a à son catalogue.
Il y a aussi, évidemment, la transition vers le modèle à l'abonnement fondé sur les cœurs CPU. Et les hausses de prix importantes qui s'en sont suivies, avec une moindre marge de négociation. En parallèle, Broadcom a profondément restructuré le programme partenaires de VMware, secouant cet écosystème.
Les 3 « challengers » Tarification et support, des points forts de Canonical... Avec ses offres MAAS (bare metal), OpenStack (datacenter) et MicroCloud (edge), Canonical propose une architecture unifiée avec un modèle d'exploitation cohérent. Gartner apprécie la tarification prévisible (prix fixe par nœud).
Il salue aussi la durée du support inclus avec les abonnements Ubuntu Pro (jusqu'à 15 ans) et la conformité avec des cadres comme FIPS et CIS. ... qui manque néanmoins de notoriété et d'intégrations certifiées Sur le marché de la virtualisation serveur, l'offre de Canonical manque de notoriété. Lui font également défaut des intégrations certifiées avec Veeam, Rubrik et Commvault (la sauvegarde repose sur Storware et Trilio). OpenStack nécessite par ailleurs un temps d'adaptation pour qui est habitué aux hyperviseurs commerciaux.
Tandis que MicroCloud et LXD nécessitent des compétences en administration Linux. HPE, avancé sur l'AIOps... Avec sa plate-forme Morpheus, HPE gère à la fois KVM, VMware et les environnements de cloud public.
Gartner apprécie la tarification au socket de VM Essentials. Ainsi que les avancées sur l'AIOps, avec l'intégration d'OpsRamp et de GreenLake Intelligence pour automatiser alertes et remédiation. ... mais encore tout frais sur le marché de la virtualisation serveur HPE n'est que récemment entré sur ce marché. Étant fournisseur de serveurs, il pourrait être tenté de favoriser son hardware à l'avenir, estime Gartner.
Qui note aussi l'absence de migration à chaud des VM avec GPU. Résilience et scalabilité pour l'hyperviseur d'Oracle... Substrat d'OCI et d'Exadata Cloud@Customer, l'hyperviseur d'Oracle a prouvé sa résilience et sa scalabilité.
Le modèle de licence donnant droit à 2 sockets par serveur évite les surcoûts liés au nombre de cœurs et à la quantité de mémoire. Oracle Virtualization est par ailleurs la seule plate-forme de virtualisation x86 qui permet le hard partitioning des produits de la maison (réduction des coûts en ne prenant que les ressources nécessaires pour exécuter les workloads). ... qui n'est toutefois pas une solution full-stack La réputation commerciale qu'a pu se forger Oracle tend à renforcer l'idée que son hyperviseur n'est une option viable que si l'on utilise déjà d'autres de ses produits. Sur le plan fonctionnel, il ne s'agit pas d'une solution full-stack.
Même si la licence Oracle Linux peut donner accès à des produits comme Oracle Cloud Native Environment et Oracle Linux Automation Manager, ceux-ci ne sont pas directement intégrés : ils ont des consoles de gestion séparées. Gartner fait une autre remarque : dans sa quête de la parité fonctionnelle, Oracle limite sa capacité d'innovation. Les 5 « visionnaires » IDT SYSTEM, flexible commercialement et fonctionnellement...
Lire aussi : UCaaS : la demande en IA ne suit pas l'offre Avec InCloud Sphere V8, IDT SYSTEM propose une plate-forme flexible qui gère bare metal et conteneurs en plus du cœur de virtualisation... sans obliger à contractualiser pour l'ensemble. Centrée sur des licences perpétuelles par socket, la tarification est prévisible et avantageuse, selon Gartner. IDT SYSTEM témoigne par ailleurs d'une capacité à s'approprier les grandes migrations à délais restreints. ... mais une activité « sino-centrée » L'activité d'IDT SYSTEM se concentre largement en Chine.
On restera donc vigilant sur la disponibilité de ressources locales dans les autres régions géographiques. Attention aussi au support, dont l'organisation est fragmentée (niveau 1 via des partenaires locaux ; niveau 2 centralisé à Hong Kong et en Asie du Sud-Est ; niveau 3 assuré depuis la Chine). Gartner relève aussi l'absence de lignes directrices de durcissement alignées sur les cadres de type CIS ou NIST.
H3C Technologies répond bien à la demande... H3C Technologies+ a démontré sa capacité de réponse au marché en intégrant, dans son offre CAS Server Virtualization Platform, des fonctionnalités clés (gestion du débordement mémoire sur NVMe, migration à chaud des vGPU...). Gartner apprécie la flexibilité commerciale, entre licences perpétuelles et abonnements Il salue aussi la gestion native de Kubernetes. ... mais manque de partenaires hors de Chine Comme chez IDT SYSTEM, attention aux ressources de support, la région Asie-Pacifique concentrant l'essentiel de la clientèle et du chiffre d'affaires de H3C Technologies.
Cela vaut aussi pour les partenariats hardware et software, largement centrés sur la Chine. Sur le plan fonctionnel, la gestion du stockage s'appuie beaucoup sur les systèmes sous-jacents. Et elle manque d'éléments tels que la déduplication et la compression en ligne.
Platform9 favorise la réutilisation de matériel et les déploiements multilocataires... L'offre Private Cloud Director de Platform9 favorise la réutilisation de matériel et s'intègre aux systèmes de stockage vua des API bloc standards, réduisant les coûts de migration. Un processus que peut contribuer à automatiser l'outil vJailbreak.
Autre point fort : des structures natives et un portail utilisateur en self-service qui simplifient les déploiements multilocataires. ... mais reste un « petit » fournisseur sans SDS natif Il n'y a pas de SDS natif chez Platform9. Ni d'ailleurs de migration des VM avec GPU. On a plus globalement affaire à un « petit » fournisseur : sa clientèle et son channel sont nettement plus restreints que chez les principaux acteurs du marché.
Sangfor Technologies, ouvert à Arm... Les offres Sangfor HCI et aSV ont la particularité de gérer les processeurs Arm ; ainsi que, côté x86, ceux de Hygon en plus du duo Intel-AMD. Gartner apprécie la flexibilité du modèle économique, qui associe licences perpétuelles et abonnements.
Il salue aussi la cadence de livraison de fonctionnalités et la réorientation de la feuille de route vers, entre autres, la gestion du stockage externe. ... mais largement concentré sur l'Asie Comme chez H3C Technologies, la clientèle se trouve largement en Asie-Pacifique, avec les mêmes conséquences potentielles en termes de couverture des autres zones géographiques. En miroir, l'écosystème de partenaires est limité, et les certifications avec. Sangfor Technologies fait, en outre, partie de ceux qui ne procurent pas de lignes directrices de durcissement.
SUSE, une « caution européenne » et des arguments sur la sécurité... Avec SUSE Virtualization et Rancher Prime, la gestion des VM et des conteneurs converge sur un plan de contrôle K8s. L'offre a la particularité d'être complètement open source, en plus d'émaner d'un fournisseur européen.
Lequel se distingue sur le volet sécurité (contrôle des accès, protection des données, monitoring, conseils de durcissement). ... mais des capacités-clés pas encore en production Des capacités-clés manquent à l'appel ou sont à l'état expérimental, à l'image de la migration entre clusters. Il y a de la sauvegarde/restauration en natif, mais l'orchestration DR s'appuie largement sur des outils tiers. Gartner pointe aussi la nette focalisation de SUSE sur les environnements cloud.
Au risque, estime-t-il, d'une réduction des investissements sur la virtualisation traditionnelle. Les 5 « acteurs de niche » XenServer SVP, idéal pour qui est déjà chez Citrix... L'offre XenServer SVP est idéale pour qui est déjà dans l'écosystème Citrix.
Tant d'un point de vue (optimisations pour les workloads CVAD) que financier (inclusion de l'hyperviseur dans Citrix Platform et les licences Universal Hybrid Multicloud). Gartner estime plus globalement qu'elle a prouvé sa fiabilité. ... à condition d'accepter un retard fonctionnel XenServer SVP n'a pas, en natif, de SDN, de gestion du BGP et de gestion automatique du stockage hiérarchisé. L'hyperviseur manque aussi de maturité sur la sauvegarde : des intégrations tierces comme Zerto et HYCU restent indisponibles ou en accès anticipé.
Citrix le vend surtout comme un moteur de VDI et de virtualisation d'applications, ce qui limite son attrait en tant que solution autonome. Proxmox, une option européenne intégralement open source... Comme SUSE, Proxmox est un des rares fournisseurs classés dans ce Magic Quadrant à être établi dans l'UE.
Sa pile est complètement open source. À KVM, elle associe la prise en charge de LXC pour les conteneurs. ... mais au support et aux certifications limités Même au plus haut niveau de contrat, le support ne fonctionne que par e-mail, aux heures de bureau. Proxmox manque par ailleurs de certifications de fournisseurs majeurs tels Oracle et SAP.
Avec une centaine d'équivalents temps plein, son échelle d'activité est limitée. Vigilance, donc, si on envisage de gros déploiements distribués. Scale Computing, peu gourmand en ressources...
L'offre SC//HyperCore se distingue par ses capacités de gestion de flottes distribuées (plus de 10 000 clusters). Les possibilités de déploiement zero-touch (distant, sans VPN) sont un autre point fort. Comme la faible consommation de ressources, qui favorise l'usage sur les NUC et les PC industriels. ... mais limité sur la scalabilité horizontale Hors de ses principales verticales (retail, industrie, éducation, santé), Scale Computing a une notoriété limitée.
Il fournit du support essentiellement via ses revendeurs, ce qui peut allonger les délais. Gartner signale aussi le plafond de 8 nœuds par cluster, peu pratique pour les gros déploiements. Il questionne également le passage dans le giron d'Acumera, suivi de l'acquisition d'Adaptiv Networks.
Une combinaison qui, juge-t-il, est susceptible de détourner les investissements R&D du cœur de virtualisation. Vates, adapté au DevOps... Vates combine lui aussi open source et origine européenne (il est français).
Son prix fixe par hôte évite des surcoûts liés au nombre de sockets ou de cœurs. Gartner trouve la Vates Virtualization Management Stack bien adaptée aux pratiques DevOps (API compatibles Swagger + SDK Go, Powershell et Python ; déploiement de clusters MicroK8s via Project Pyrgos). ... mais restreint sur l'écosystème L'adoption de l'offre reste limitée, ce qui joue sur le support ISV et les certifications. L'hyperviseur XCP-ng a des progrès à faire sur la surallocation de mémoire et de CPU.
Ce manque, associé à la surcharge liée à Dom0 dans les architectures Xen, peut contrarier la pleine utilisation des ressources. Gartner y ajoute le fait que la fonctionnalité optionnelle XOSTOR SDS ne gère pas le chiffrement au repos des images et fichiers de VM. De la résilience chez VergeIO... VergeOS a un modèle de licence par nœud qui favorise la réutilisation de serveurs.
Gartner apprécie le niveau natif de résilience sur la partie stockage (réplication multisite, orchestration DR, snapshots immuables des disques de VM...). Il salue aussi les briques de protection contre les ransomwares - dont les checkpoints immuables des datacenters virtuels. ... mais une échelle d'action limitée La gestion native d'iSCSI et NFS fait défaut. Il n'y a pas non plus d'ajout à chaud de vCPU et de mémoire.
Ni d'équilibrage dynamique en continu des VM. Comme d'autres fournisseurs classés « acteurs de niche » de la virtualisation, VergeIO fonctionne à petite échelle, avec une structure de support limitée. Il manque de notoriété hors Amérique du Nord, où se concentre sa clientèle. Illustration © Annika – Adobe Stock