Une promesse de consolidation peut avoir pour corollaire un risque de verrouillage. Gartner est coutumier de la remarque dans son Magic Quadrant – d’autant plus à mesure qu’il axe ses analyses sur les plates-formes. Celui dédié aux assistants IA d’entreprise n’y fait pas exception.
Le cabinet américain range, dans cette catégorie, les « applications AI-first portées par au moins un modèle génératif ». Les principales s’appellent ChatGPT Enterprise, Claude Enterprise, Copilot et Gemini Enterprise. Leurs fournisseurs respectifs (OpenAI, Anthropic, Microsoft et Google) sont en tout cas classés « leaders » de ce marché.
Lire aussi : Stockage d'entreprise : les disques durs en phase de regain Tous ou presque présentent leur offre comme un « guichet unique » pour les employés. Une approche dont Gartner invite à peser le pour et le contre en étudiant, au-delà du phénomène de lock-in, le risque de chevauchement avec des outils existants et les efforts de gestion du changement. Le choix d’un assistant IA d’entreprise dépend aussi beaucoup du niveau d’adhérence à une suite de productivité.
Et de la volonté – ou non – d’y déléguer la gestion des agents, généralement proposée en module complémentaire. Il n’est en tout cas pas évident de s’engager sur plusieurs années, vu la difficulté à prévoir les coûts, l’évolution fonctionnelle rapide et le niveau de maturité variable des fournisseurs. Assistants IA d’entreprise : 10 fournisseurs, 4 « leaders » Sur le volet fonctionnel, les principaux éléments obligatoires pour figurer dans le Magic Quadrant des assistants IA d’entreprise étaient : Orchestration native des modèles, outils et données Briques de sécurité et de conformité Administration centralisée et tableau de suivi de l’adoption De nombreux éléments étaient facultatifs, accroissant d’autant le nombre de fournisseurs classés.
Par exemple : Actions agentiques (en plus des recommandations) Context engineering Gestion collaborative des connaissances Espaces de travail Magasin d’agents et conception d’agents sans code Contrôle de la résidence des données Bring your own model Le Magic Quadrant se structure en deux axes. L’un porte sur l’« exécution », c’est-à-dire la capacité de réponse à la demande (expérience client, tarification, qualité des produits/services…). L’autre, sur la « vision », autrement dit sur les stratégies (ventes, innovation, marketing…).
La situation sur l'axe « exécution » : Rang Fournisseur 1 Microsoft 2 Google 3 OpenAI 4 Anthropic 5 AWS 6 Glean 7 Zoom 8 ClickUp 9 Superhuman 10 ServiceNow Sur l'axe « vision » : Rang Fournisseur 1 Anthropic 2 Google 3 OpenAI 4 Microsoft 5 AWS 6 Glean 7 Zoom 8 Superhuman 9 ClickUp 10 ServiceNow De MCP à Cowork, Anthropic a posé des bases... En plus de développer ses LLM, Anthropic a établi, avec Claude Cowork, un standard pour le « travail du savoir agentique ». Il est aussi à l'origine de MCP.
Gartner salue la notoriété de son offre Claude Enterprise et ses possibilités tant sur le développement logiciel que sur le travail collaboratif. Il en souligne aussi les capacités sur les tâches à horizon long, le niveau d'intégration avec les applications Microsoft et l'émergence de déclinaisons sectorielles. ... mais il a du mal à suivre la demande Les activités de vente et de support ont du mal à suivre la demande. Si bien que des inquiétudes se font jour sur les SLA.
Quant à la gouvernance des données, elle s'appuie encore largement sur des intégrations - entre autres pour l'audit et le DLP. Attention aussi à l'hébergement, qui se limite aux États-Unis, sauf à passer par des fournisseurs tiers... en renonçant à une partie des fonctionnalités de Claude Enterprise. Gartner fait également remarquer qu'Anthropic est un des rares fournisseurs ici classés à facturer tout à la consommation en plus des licences par siège.
Un choix qui, à l'échelle, peut compliquer la budgétisation. Lire aussi : Infrastructures IA : Gartner met OVHcloud et Scaleway sur sa carte mondiale Google, en avance sur l'intégration... Avec Gemini Enterprise, Google est parvenu à faire passer le message de la plate-forme unifiée.
Tout en s'ouvrant aux données Microsoft 365 et en constituant un catalogue de connecteurs. En sous-jacent, il y a un niveau d'intégration (puces, infra, modèles, outils) qu'on trouve chez peu de concurrents. Il y a aussi un pricing que Gartner juge « relativement simple », avec un pooling des licences en un quota global et l'inclusion d'éléments comme la recherche dans le SKU de base.
La gouvernance des agents sans coût supplémentaire est un autre élément différenciateur. ... mais en retard sur le collaboratif et le computer use Malgré son ouverture, Gemini Enterprise offre davantage de fonctions de productivité avec Google Workspace. En dehors, pas de résumés de réunions en natif, par exemple. Google a par ailleurs du retard sur les autres « leaders » tant sur le computer use que sur le travail collaboratif.
Antigravity ne s'est en effet que récemment étendu au-delà de son périmètre d'origine, à savoir le codage. Du retard, il y en a également sur la « verticalisation » de l'offre : peu de choses en natif. Microsoft peut capitaliser sur son empreinte...
Avec environ 30 millions de sièges payants, Copilot est l'assistant IA d'entreprise le plus déployé sur le marché. Microsoft peut capitaliser sur sa base installée comme sur son réseau de partenaires. Il peut aussi jouer sur l'intégration dans les applications Office.
Et sur la connexion au contexte via la couche Work IQ. Gartner note également que les investissements dans OpenAI ont permis à Microsoft de se forger rapidement une présence sur le marché. Tandis que le partenariat avec Anthropic a permis des passerelles avec Copilot Cowork. ... mais il lui manque un LLM référent Dépendance unique chez les « leaders » de ce marché : un abonnement Microsoft 365 est nécessaire pour utiliser Copilot.
Microsoft a aussi, par rapport à ses principaux concurrents, la particularité de ne pas avoir encore développé un modèle de fondation « complètement capable de porter son offre », pour reprendre les mots de Gartner. Vigilance également sur le licensing, de plus en plus complexe. La jonction avec Cowork y contribue, comme la passerelle avec Agent 365.
Le pack E7 simplifie les choses, mais augmente le risque de verrouillage. OpenAI, alternative « cohérente » aux suites de productivité... Au-delà de la familiarité de ChatGPT pour les utilisateurs, OpenAI démontre une « maturité croissante » dans le B2B.
Il a su nouer des partenariats pour l'hébergement (Microsoft et Amazon, notamment), tout en se constituant une base de consultants et d'intégrateurs. Gartner salue aussi une offre « cohérente » qu'il juge suffisamment exhaustive pour constituer une alternative aux suites de productivité, sans les risques de lock-in qui vont avec. ... mais limité sur la gouvernance et les intégrations La capacité de passage à l'échelle d'OpenAI reste à démontrer, les hyperscalers demeurant en l'état ses principaux clients. Son approche sectorielle reste nettement axée sur les métiers de l'informatique.
Quant aux intégrations, elles ciblent en premier lieu les solutions de productivité. La prise en charge de progiciels tels que SAP, ServiceNow et Workday est plus limitée. Gartner relève aussi des limites sur le DLP et la gouvernance des agents, exécution comprise.
AWS est fonctionnellement exhaustif... AWS figure parmi les « challengers » dans ce Magic Quadrant. Lire aussi : Observabilité : une télémétrie à canaliser Son offre Amazon Quick a pris le relais d'Amazon Quick Sight et d'Amazon Q Business.
Gartner en salue l'exhaustivité (chat, recherche d'entreprise, automatisation de workflows, BI, orchestration et développement d'agents...). Il relève aussi le choix de modèles et d'options de résidence des données et des traitements. Ainsi que les intégrations avec le reste des services AWS et le rapport qualité-prix des modèles Nova pour les « petits » workloads. ... mais doit faire ses preuves sur l'UX et la productivité Sur le segment des assistants IA d'entreprise, AWS n'a pas la même notoriété que les principaux fournisseurs.
Cela peut supposer un effort de formation des utilisateurs et de gestion du changement. Les fonctionnalités collaboratives restent en développement : on peut trouver mieux chez des concurrents plus intégrés aux suites de productivité. AWS doit par ailleurs encore prouver sa capacité à fournir une UX cohérente, Quick découlant du regroupement de plusieurs produits.
Glean, en avance sur le graphe de connaissances... Glean se classe aussi chez les « challengers ». Il se différencie sur le graphe de connaissances (il était, à l'origine, spécialisé dans la recherche d'entreprise).
Ce socle lui permet de servir de couche de contexte à des solutions concurrentes. Gartner salue la flexibilité de déploiement (sur site, en cloud public ou en cloud privé managé sur AWS, Azure ou GCP). Ainsi que le niveau d'adoption chez une bonne partie des clients, qui tendent à s'engager sur le long terme. ... mais en retard sur l'agentique Glean est en retard sur la concurrence tant pour l'agentique que le computer use et le collaboratif.
Beaucoup de ses connecteurs (SAP, ServiceNow, Workday...) sont en lecture seule. Il reste plus globalement un « petit » fournisseur. Cela se ressent dans l'écosystème de partenaires.
Et dans la clientèle, largement concentrée en Amérique du Nord. Ailleurs, les ressources de support local peuvent manquer. ClickUp, salué sur la tarification et l'UX...
Dans le Magic Quadrant des assistants IA d'entreprise, Glean fait partie des « acteurs de niche ». Lui aussi se distingue par son graphe de connaissances, idéal pour qui déjà ClickUp. L'UX est un autre bon point, avec une interface de conception d'agents sans code que Gartner juge simple à utiliser.
ClickUp a par ailleurs une tarification lisible et consent à des remises tarifaires importantes, même pour de petits déploiements. ... mais sa scalabilité reste à démontrer Même si Brain est un SKU autonome, il demeure très dépendant au reste de ClickUp. Ce dernier n'a, en outre, pas l'envergure des principaux fournisseurs, d'autant plus qu'il a dernièrement réduit ses effectifs dans le cadre d'une restructuration. Quant à la scalabilité de l'offre, elle reste à prouver : peu de clients s'engagent sur le long terme et la majorité ne déploient qu'à petit périmètre.
Gartner note aussi l'absence d'hébergement « souverain » malgré quelques options de résidence au niveau des workspaces. Une spécificité back-office chez ServiceNow... ServiceNow fait également partie des « acteurs de niche ».
Il a différencié son offre EmployeeWorks en faisant le pont avec ses solutions RH et ITSM, axant sa stratégie sur l'intégration des progiciels et des flux back-office plus que sur les applications de productivité. Comme d'autres, il peut capitaliser sur sa base installée et son réseau de partenaires. Autre avantage : la capacité à s'intégrer dans une large gamme d'outils (communication, intranets, portails en self-service...) pour aller chercher l'utilisateur où il se trouve. ... mais une feuille de route à clarifier Outre le focus IT / RH / support qui laisse de côté le « travail du savoir » davantage qu'à la concurrence, EmployeeWorks manque de capacités de collaboration avec l'IA.
Les options pour créer et travailler sur documents, présentations et vidéos sont limitées. Le produit, issu de l'acquisition de Moveworks, manque plus globalement d'une roadmap distincte qui aborderait, en particulier, la cohabitation avec Otto, l'autre assistant IA de ServiceNow. Superhuman, extensible et « proactif »...
Autre « acteurs de niche » : Superhuman, ex-Grammarly. Son offre Superhuman Go se distingue en couvrant à la fois web et desktop, limitant d'autant le changement de contexte. Gartner apprécie l'usage de déclencheurs inline pour fournir un retour aux utilisateurs pendant la création de contenu.
Il salue aussi les possibilités d'extension, renforcées par un support dédié pour les principaux connecteurs. ... mais pas au niveau sur la gouvernance et la gestion des coûts Superhuman n'est pas au niveau de ses concurrents sur la gouvernance (pas de DLP ni de gestion du cycle de vie des agents) et la gestion des coûts (pas de contrôle fin par groupe). Son activité repose nettement sur les ventes en self-service, la plupart des contrats durant moins d'un an. Peu de clients le déploient largement.
Et il n'y a qu'une option d'hébergement : chez AWS en Amérique du Nord. Zoom a son expertise dans la communication... Zoom est lui aussi un « acteur de niche » dans ce Magic Quadrant.
Dans le cadre de son offre ZoomMate, il a su capitaliser sur son expertise dans les réunions et la collaboration. Il est ainsi capable d'incorporer des signaux de communication auxquels beaucoup de concurrents ne peuvent accéder en natif. Gartner note aussi l'exhaustivité de son catalogue de connecteurs pour les progiciels. ... mais ne se distingue par sur le reste S'il se différencie sur le « graphe de conversation », Zoom ne se distingue pas sur le reste.
On peut être tenté d'aller voir ailleurs pour la composante agentique ou pour l'intégration à d'autres écosystèmes. Attention aussi à l'hébergement limité aux États-Unis et à la prise en charge linguistique, officiellement restreinte à l'anglais. Mistral AI mentionné pour... l'hébergement de Vibe en Europe Gartner affirme n'inclure dans son analyse que les fournisseurs « les plus pertinents pour ses clients ».
Il en mentionne tout de même 5 autres. Nommément, Alibaba (QwenWork), Tencent (WorkBuddy), Perplexity, SpaceXAI... et Mistral, dont l'offre Vibe a « pour premier élément distinctif » les possibilités d'hébergement en Europe... Illustration générée par IA