Russie : Max, l’application imposée qui est capable d’espionner ses utilisateurs Par Marion Prost Publié le 18/09/2026 à 16h29 Suivre Suivre sur Google Fermer Suivre Le Figaro Ajouter à vos sources préférées Retrouvez-nous dans vos recherches (ouvre un nouvel onglet) Suivre sur Google Retrouvez-nous dans votre fil personnalisé (ouvre un nouvel onglet) Suivre sur Google News Retrouvez-nous dans vos actualités (ouvre un nouvel onglet) Sujets Russie Espionnage Téléphone Femme tenant un téléphone (Image d’illustration) CoetzeeRising/peopleimages.com / ADOBE STOCK En Russie, l’équivalent «patriotique» de Whatsapp s’impose pour communiquer, payer et accéder aux services publics. Des travaux présentés vendredi révèlent les capacités de surveillance de cette application soutenue par le Kremlin. Passer la publicité Passer la publicité Publicité Pour échanger des messages, effectuer un paiement ou accéder à un service public, des dizaines de millions de Russes ont été contraints d’installer Max, une application promue par les autorités comme une alternative «patriotique» à Telegram et WhatsApp. Mais cette centralisation permet aussi une surveillance étendue.
Des travaux de chercheurs, présentés vendredi 18 septembre par le Guardian, établissent que Max peut accéder aux données des services qu’elle héberge et intervenir dans leur fonctionnement à l’insu des utilisateurs. À découvrir PODCAST - Écoutez le club Le Figaro International Développée par VK, groupe russe étroitement lié à l’État, la plateforme est devenue cet été la messagerie la plus utilisée du pays, selon le quotidien britannique. Son adoption accompagne les restrictions imposées aux plateformes étrangères.
Elle reprend le modèle du chinois WeChat, celui d’une «super-app» qui réunit plusieurs services sous une même interface. Ceux-ci fonctionnent à travers des mini-applications intégrées à Max. Pour l’utilisateur, les usages sont multiples.
L’intermédiaire, lui, reste le même. Regarder la vidéo Lois anti-espionnage : le Japon s’organise face à la Russie Passer la publicité Publicité Une croissance organisée Cette progression ne repose pas seulement sur les préférences du public. Depuis le 1er septembre 2025, Moscou impose la pré-installation de Max sur les téléphones et tablettes vendus dans le pays.
Au moment de l’annonce, en août, l’application comptabilisait déjà 18 millions de téléchargements. Les autorités venaient de restreindre les appels sur Telegram et WhatsApp, invoquant la lutte contre la fraude et le refus de ces entreprises de coopérer avec les services de sécurité. La messagerie nationale gagnait ainsi en visibilité à mesure que ses concurrentes perdaient des fonctionnalités.
Les données rassemblées par les chercheurs permettent de suivre cette accélération. Fin mars 2026, les installations quotidiennes de Max sur Google Play ont culminé à près de 2,9 millions, au moment de perturbations majeures de Telegram et de pressions accrues sur les institutions publiques. Ce chiffre mesure des installations, non des utilisateurs actifs.
Il illustre néanmoins l’ampleur de la diffusion sur une seule boutique d’applications. L’étude relève plusieurs vagues de croissance concomitantes aux restrictions touchant les autres messageries. Dans les administrations et les établissements d’enseignement, l’incitation devient souvent une obligation pratique.
Fonctionnaires, enseignants, étudiants et écoliers doivent transférer leurs échanges vers Max. Les conversations avec les parents et l’envoi des devoirs font partie des usages concernés. La contrainte ne prend donc pas nécessairement la forme d’une obligation générale faite à chaque Russe.
Elle résulte aussi du choix des institutions de réserver certaines communications et certains accès à cette plateforme. Voir les données, agir au nom de l’utilisateur C’est sur les conséquences de cette concentration que porte le travail de l’université du Michigan. L’équipe a étudié 90 mini-applications, couvrant notamment la santé, la banque, l’éducation et les services publics.
Son analyse montre que Max peut capturer leur affichage sans avertir l’utilisateur, mais aussi lire et modifier les données qu’elles stockent sur le téléphone. L’application peut également y injecter du code, autrement dit ajouter des instructions qui changent leur fonctionnement. Son contrôle des mécanismes de connexion lui permet même de se faire passer pour le titulaire du compte auprès d’un service intégré.
Le risque ne concerne plus seulement ce que l’utilisateur laisse voir, mais ce qui peut être accompli en son nom. À lire aussi La Russie prépare «activement» des actions de sabotage contre le Danemark, alerte le chef du contre-espionnage danois Le contexte politique donne toutefois à ces résultats une portée particulière. Le 13 juillet 2026, le Conseil de l’Union européenne a sanctionné VK et sa filiale Communication Platform, chargée du développement et de la gestion de Max.
Dans ses motifs, il affirme que l’application est placée sous la supervision du FSB, les services de sécurité russes, et que ses fonctions de surveillance ont servi à réprimer des utilisateurs critiques de la guerre en Ukraine ou publiant des contenus interdits. Cette accusation européenne est distincte de la démonstration technique des chercheurs. Passer la publicité Publicité Reste une difficulté pour les utilisateurs : renoncer à une messagerie suppose habituellement de convaincre ses proches d’en choisir une autre.
Lorsque cette messagerie accueille aussi les échanges scolaires et les démarches administratives, le choix dépend également de l’école, de l’employeur et de l’État.