Le 8 septembre 2026, Qualcomm a annoncé une « collaboration produit multi-générationnelle » avec Amazon. Objet : du silicium d'inférence sur mesure et des liaisons optiques à 1,6 térabit destinés aux centres de données d'AWS. Le titre a gagné près de 10 % en séance.
Le même jour, un formulaire 8-K déposé auprès de la SEC en donnait la contrepartie financière. Qualcomm a émis le 3 septembre, au profit d'une filiale d'Amazon, un bon de souscription portant sur un maximum de 25 millions de ses propres actions. Leur acquisition est liée aux commandes fermes et aux achats effectifs, jusqu'à un plafond de 60 milliards de dollars de paiements.
L'opération compte à deux titres. Elle installe le mécanisme inauguré par AMD et OpenAI en octobre 2025, où le fournisseur de puces paie en capital la fidélité de son client. Elle fait aussi entrer un troisième acteur dans le silicium personnalisé des hyperscalers, jusqu'ici partagé entre Broadcom et Marvell.
Ce que dit le 8-K, et ce qu'il ne dit pas Le prix d'exercice est de 161,26 dollars par action, soit environ 4 milliards de dollars pour la totalité. L'exercice se fait sans apport de trésorerie : la différence entre le cours et le prix d'exercice est réglée en actions. Le bon expire le 3 septembre 2036.
Les 25 millions d'actions ne sont pas acquises d'emblée. Elles se débloquent par tranches en fonction « de l'exécution de certains accords commerciaux, du passage de commandes fermes et des achats effectifs » par Amazon de puces serveur, de technologies, de systèmes et de services de fabrication de Qualcomm Technologies. À l'émission, 3,75 millions d'actions sont acquises, au titre des engagements d'achat initiaux.
Soit 15 % du total. Le chiffre de 60 milliards est donc un plafond sur dix ans, l'équivalent de 6 milliards par an en moyenne. Ce n'est pas un engagement d'achat.
Le document ne précise ni le barème des tranches intermédiaires, ni les conditions de résiliation, ni les volumes commandés. Le communiqué produit est tout aussi discret. Il ne nomme aucune puce, ne cite ni les accélérateurs AI200 et AI250 annoncés par Qualcomm en octobre 2025, ni les processeurs Trainium qu'Amazon conçoit en interne, et ne donne pas de calendrier.
La seule indication temporelle vient du directeur financier Akash Palkhiwala : les revenus commenceraient au premier trimestre fiscal 2027, celui de décembre 2026, avec des puces déjà en production, rapporte TechTimes. Le modèle AMD-OpenAI généralisé La structure reprend celle de l'accord du 6 octobre 2025 entre AMD et OpenAI : un bon de souscription sur 160 millions d'actions AMD à un cent, acquis par tranches à mesure du déploiement de 6 gigawatts de GPU et de l'atteinte de cours cibles. Dans les deux cas, le fournisseur cède une part de sa hausse boursière future pour sécuriser une demande pluriannuelle.
Le client obtient un intérêt financier direct à concentrer ses achats. Les différences sont instructives. AMD payait cher, un cent par action, un client dont la commande validait ses GPU face à NVIDIA.
Qualcomm accorde un prix d'exercice au cours du marché à un client qui a relevé son objectif d'investissement 2026 à environ 220 milliards de dollars et n'a aucun besoin de ce capital. Le bon vaut ici moins par sa valeur intrinsèque que par ce qu'il signale : un fournisseur prêt à s'engager sur plusieurs générations, et une source d'approvisionnement de plus face à NVIDIA. Ce qu'Amazon achète vraiment AWS dispose avec Annapurna Labs de ses propres accélérateurs d'entraînement et d'inférence.
Confier à Qualcomm du silicium « personnalisé » revient à externaliser une partie de la conception, comme Google le fait avec Broadcom pour ses TPU. L'argument de Qualcomm tient à l'efficacité énergétique héritée du mobile et à une architecture mémoire différente. L'AI200 embarque jusqu'à 768 Go de LPDDR par carte, contre environ 180 Go de HBM3e sur un B200 de NVIDIA.
Le compromis privilégie la capacité sur la bande passante, ce qui sert la phase de décodage de l'inférence. Il contourne surtout la mémoire à haute bande passante, dont les prix ont contribué à la hausse du budget d'investissement d'Amazon. La partie optique s'appuie sur les SerDes et les processeurs de signal issus d'Alphawave, racheté en décembre 2025.
Qualcomm indique en retour qu'il utilisera Amazon Bedrock pour ses charges de conception électronique. Pourquoi Qualcomm avait besoin de ce client L'accord arrive à un moment précis. Le contrat de modems avec Apple s'éteint en mars 2027.
L'entreprise s'est fixé plus de 15 milliards de dollars de revenus de centre de données à l'exercice 2029, contre environ 5 milliards attendus pour 2027, selon TheStreet. Jusqu'ici, sa référence la plus visible dans le calcul d'IA était le saoudien Humain, avec 200 mégawatts d'accélérateurs. Amazon est son premier hyperscaler occidental, et le bon de souscription est le prix de cette entrée.
Il expose aussi Qualcomm à un risque symétrique : si les achats ne suivent pas, les actions ne s'acquièrent pas, mais l'entreprise aura consacré plusieurs générations de conception à un client qui garde ses propres puces en réserve. L'enjeu de fond est le coût de l'inférence. Un hyperscaler qui multiplie ses sources de silicium, en interne, chez NVIDIA, chez Qualcomm, se donne une marge de négociation sur le prix du token servi.
Les clients européens d'AWS en verront l'effet, s'il se matérialise, dans les grilles tarifaires de Bedrock à partir de 2027. D'ici là, les seuls chiffres fermes de l'accord sont 3,75 millions d'actions et un prix d'exercice. ST Stephane Nachez Rédaction ActuIA — actualités, données et analyses sur l'intelligence artificielle pour les décideurs.