Une femme regarde un écran annonçant les prochaines élections législatives russes, affichant le slogan “Votre vote fait la force de la Russie”, à Moscou, le 7 septembre 2026. Photo Ramil Sitdikov/REUTERS À quelques jours du vote, difficile de parler d’effervescence électorale. Dans une enquête menée à la fin de mai auprès de 1 608 personnes par le Centre Levada, institut de sondage russe indépendant, 66 % des personnes interrogées ignoraient quand avaient lieu les législatives, et, parmi ceux qui ne comptaient pas voter, 41 % estimaient que leur participation “ne changerait rien”.

Selon un autre sondage, réalisé le 12 septembre auprès de 1 600 personnes par le VTsIOM, centre public russe d’étude de l’opinion, et cité par Gazeta.ru, près de 70 % des Russes n’ont lu aucun programme électoral. Le média indépendant Novaïa Gazeta fait savoir également que 317 des 434 députés encore en fonction, soit 73 %, se représentent lors de ce scrutin. Comment élit-on les députés à la Douma ?

La Douma, qui vote les lois ainsi que le budget et confirme notamment la nomination du Premier ministre, compte 450 députés élus selon un système mixte. La moitié est élue dans des circonscriptions où un seul candidat l’emporte. Les 225 autres sièges sont répartis entre les listes des partis qui dépassent 5 % des voix.

Chaque électeur dispose donc de deux bulletins, un pour un candidat local et un pour un parti. Au total, dix partis concourent sur les listes nationales. Le parti du président russe, Russie unie, détient la majorité depuis 2003.

Les quatre autres formations déjà représentées dans la chambre sortante – le Parti communiste, le Parti libéral-démocrate de Russie, Russie juste et Nouvelles Personnes –, soutiennent globalement la guerre et votent souvent avec le parti au pouvoir sur les dossiers clés. La liste nationale d’Iabloko, seul parti qui s’oppose ouvertement à la guerre en Ukraine, a été écartée par la Cour suprême, mais 103 de ses candidats ont pu rester en lice dans des circonscriptions, révèle le média indépendant russe en exil Novaïa Gazeta Europe. Les militaires participent eux aussi au scrutin : pour ceux déployés sur le front, un vote anticipé a été prévu du 30 août au 17 septembre.

Quelque 186 participants ou vétérans du conflit ont été par ailleurs enregistrés comme candidats. Le vote est aussi organisé pour la première fois dans les territoires ukrainiens occupés et annexés par Moscou, ainsi que dans plusieurs régions frontalières. Novaïa Gazeta Europe souligne que ces zones représentent environ 16 % du corps électoral.

Des experts cités par le média redoutent que cette procédure facilite les manipulations et permette de “dissiper” le mécontentement dans les régions éloignées de Moscou. En parallèle, des milliers de mandats locaux sont renouvelés dans les régions et municipalités russes, explique le quotidien économique Vedomosti. Pourquoi ce rendez-vous électoral compte-t-il malgré une opposition limitée ?

D’abord parce que le calendrier électoral continue de s’appliquer. Élue pour cinq ans, la nouvelle Douma siégera encore lors de la prochaine présidentielle, prévue en 2030, lors de laquelle Vladimir Poutine pourrait briguer un sixième mandat. Même sans véritable suspense sur l’issue du scrutin, Novaïa Gazeta Europe décrit les élections comme l’une des “structures porteuses” du système de Poutine et comme un moyen de “tester le terrain”.

La campagne permet au Kremlin et aux élites de mesurer leur popularité, la distance qui les sépare de la population et l’ampleur du mécontentement, dans un pays éprouvé par la guerre. Le média compare ainsi les élections à un “indicateur d’usure des pneus”, qui signale au pouvoir quand il devient nécessaire d’ajuster sa politique. Natalya Kovaleva, chercheuse au sein du groupe de réflexion britannique Chatham House, estime dans Azattyq Asia, branche centrasiatique de Radio Svoboda, qu’il permet au Kremlin de “légitimer formellement le régime et la guerre”.

Pourquoi l’après-élection concentre-t-elle toutes les inquiétudes ? Le scrutin se déroule sur fond de guerre, de difficultés économiques, de pénuries de carburant et de frappes répétées des drones ukrainiens sur les raffineries russes. Ces dernières semaines, les préoccupations majeures des citoyens portaient avant tout une nouvelle vague de mobilisation générale, qui n’a toutefois pas été annoncée à ce stade.

Des hommes politiques, fonctionnaires et conseillers politiques interrogés par le média indépendant russe Verstka redoutent cet automne un durcissement global incluant hausse des impôts, censure renforcée, saisie des épargnes bancaires ou encore instauration de la loi martiale. Aruzhan Yeraliyeva Guerre en Ukraine Europe Vladimir Poutine Sur le même sujet Article réservé aux abonnésRussie. Vladimir Poutine règne toujours sans partage, mais “la magie n’y est plus” Écouter l’article Ajouter aux favoris Article réservé aux abonnésGéopolitique.

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