Correspondances new-yorkaises / Observatoire politique et géostratégique des États-Unis 17 septembre 2026 Midterms 2026 : entre état d’urgence et contestation Midterms 2026 : entre état d’urgence et contestation 4 min. de lecture Citer Partager Imprimeren PDF Ajouter aux favoris Romuald Sciora Chercheur associé à l’IRIS, directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis Nous voici à sept semaines du 3 novembre. Et jamais, dans l’histoire récente des États-Unis, des élections législatives n’avaient revêtu une telle importance — ni un président sortant fait preuve d’une telle agressivité pour tenter d’en infléchir le cours. La convention républicaine de Dallas des 9 et 10 septembre aura donné le ton.
Surnommée “Trumpapalooza” par une presse médusée, cette grand-messe inédite — les républicains n’avaient jamais organisé de convention à mi-mandat — a été imposée par Donald Trump lui-même. Lorsque le speaker de la Chambre Mike Johnson lui a objecté que “ça ne se fait pas”, Trump aurait répondu : « Make it a thing. » On ne saurait mieux résumer sa conception des institutions. Le président américain a donc transformé ce scrutin en référendum sur sa propre personne, interpellant les électeurs depuis la scène de l’American Airlines Center : « Faites comme si j’étais sur le bulletin de vote. » Pour s’assurer que le message passe, il a promis un chèque de 5 000 dollars à chaque citoyen états-unien adulte si les républicains conservent le Congrès.
Rien de moins. Le hic, c’est que tous les indicateurs lui sont défavorables. Sa cote d’approbation est au plus bas — même au Texas, État hôte de la convention.
La guerre en Iran, vécue aux États-Unis comme un véritable fiasco, a fracturé sa base MAGA. Le pouvoir d’achat s’érode chaque jour davantage. Et les sondages donnent aux démocrates une nette avance pour reprendre la majorité à la Chambre des représentants avec le Sénat en ligne de mire.
Mais Trump n’est pas homme à accepter une défaite. Et la contestation des résultats a déjà commencé — bien avant que les bureaux de vote n’aient ouvert. Elle a débuté le 3 juillet au pied du mont Rushmore, la veille du 250e anniversaire des États-Unis, lorsque le milliardaire new-yorkais a prononcé un discours proprement lunaire dans lequel il agitait le spectre d’un « danger communiste » prêt à « submerger l’Amérique de l’intérieur. » Puis est venue, quelques jours plus tard, une allocution à la nation dans laquelle il affirmait, preuves à l’appui selon lui, que la Chine avait massivement truqué en faveur des démocrates les données électorales américaines depuis 2020.
On se demandera naturellement comment, si tel était le cas, il a pu être brillamment réélu en 2024. Mais Donald Trump n’a jamais été embarrassé par ses propres contradictions. L’objectif de ces déclarations est transparent : préparer le terrain et légitimer une contestation des résultats de novembre.
Le scénario se dessine depuis des mois. Si les républicains perdent la Chambre, Trump n’acceptera pas le verdict. Il invoquera des fraudes, des ingérences étrangères, un complot « radical-gauchiste. » Il a déjà pratiqué l’exercice en 2020.
Il recommencera. Mais cette fois, il pourrait aller plus loin. Des rumeurs persistantes circulent à Washington selon lesquelles il envisagerait de proclamer l’état d’urgence en octobre — avant même la tenue du scrutin — pour en retarder l’organisation.
Constitutionnellement, un président ne peut interférer sur le processus électoral : la date des élections est fixée par la loi, pas par décret. Mais plus de vingt gouverneurs républicains — qui contrôlent l’organisation des élections dans leurs États — ont d’ores et déjà fait savoir qu’ils suivraient les directives de Trump, y compris inconstitutionnelles. Ce seul fait devrait faire froid dans le dos.
Proclamation d’état d’urgence avant les élections, ou contestation après — dans les deux cas, le pays plongerait dans une crise institutionnelle sans précédent. Et même si Donald Trump décidait, in fine, de s’asseoir sur des résultats défavorables et de gouverner par décrets en ignorant une nouvelle majorité démocrate à la Chambre, voire au Sénat, le bras de fer institutionnel qui s’ensuivrait serait d’une violence que les États-Unis n’ont jamais connue. Des procédures d’impeachment en cascade.
Des blocages budgétaires. Des batailles judiciaires portées devant une Cour suprême trumpisée. Le tout se concluant potentiellement par un remake du 6 janvier 2021, version XXL, qui cette fois-ci pourrait même inclure les parlements locaux.
Bref, une Amérique en état de guerre civile plus tout à fait froide. Tout pointe donc, d’une manière ou d’une autre, vers une nouvelle fuite en avant autoritaire. Quelle que soit l’issue du scrutin.
Celles et ceux qui affirment avec certitude que tout se passera bien, que les institutions feront digue, que les Américains voteront sereinement le 3 novembre et que la droite crypto fasciste au pouvoir acceptera sagement le résultat, sont les mêmes qui juraient en 2015 que Trump ne serait jamais élu. Les mêmes qui, après l’assaut sur le Capitole, nous assuraient qu’il finirait ses jours en prison. Les mêmes, encore, qui, en 2024, criaient à qui voulait les entendre qu’il ne pourrait jamais revenir au pouvoir —les électeurs ayant soi-disant compris la leçon.
Dans quelques semaines, l’Amérique votera —ou du moins devrait voter. Ce qui se passera ensuite, personne ne le sait vraiment. Et c’est précisément ce qui doit nous inquiéter.
Romuald Sciora, essayiste franco-américain, est directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’IRIS. Dernières publications: « America 250, une histoire graphique des États-Unis, vol. 1, Né dans le sang » et « Lettre ouverte à Trump d’un Américain de papier » (éditions Point Nemo).
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