L’intelligence artificielle est passée du statut de nouveauté technologique à celui d’outil si courant que même les élèves du primaire l’utilisent déjà. Essayer d’interdire aux enfants d’utiliser l’IA à ce stade n’a pas plus de sens que d’interdire, autrefois, les moteurs de recherche ou Wikipédia. Aujourd’hui, nous allons vous expliquer en détail comment fonctionnent réellement les chatbots, et comment apprendre à votre enfant à utiliser l’IA comme un outil d’aide aux devoirs plutôt que comme un substitut à sa propre réflexion.
Expliquez à votre enfant (et à vous-même) comment fonctionne l’IA Avant d’expliquer quoi que ce soit à votre enfant au sujet de l’intelligence artificielle, il est utile de comprendre comment elle fonctionne réellement et quelles sont ses limites. La plupart des chatbots populaires utilisés par les enfants (ainsi que par les adultes) sont ce qu’on appelle de grands modèles de langage, ou LLM. Pour développer un tel modèle, les chercheurs l’entraînent à repérer des schémas récurrents dans d’énormes quantités de texte. Le modèle décompose le texte en petites unités appelées tokens (chaque « token » peut être une suite de mots, un signe de ponctuation, un seul mot ou caractère, ou encore une phrase entière), puis prédit quel « token » est le plus susceptible d’apparaître ensuite.
Cet exemple illustre comment les modèles GPT-3.5 et GPT-4 divisent les messages en tokens. Source La même chose se produit lorsqu’un chatbot discute avec une personne. En réalité, un modèle de langage ne raisonne pas de lui-même.
Le système détermine quels mots et expressions sont les plus susceptibles de se succéder afin de générer une réponse adaptée à votre requête. Cela signifie que les chatbots donneront parfois des réponses incomplètes, voire totalement erronées, quelle que soit la fréquence à laquelle ils sont mis à jour ou réentraînés. Un exemple frappant : il y a à peine deux ans, des chatbots très populaires affirmaient avec certitude aux utilisateurs que le mot « strawberry » (fraise) comportait deux « r » au lieu de trois.
On appelle généralement ce genre d’erreurs des hallucinations. De nombreux chatbots sont également capables d’effectuer des recherches d’informations sur Internet. Dans ce cas, l’IA récupère des données provenant d’une source externe, mais elle utilise tout de même ses propres algorithmes internes pour élaborer la réponse.
Et les résultats de recherche eux-mêmes peuvent inclure des publications obsolètes, du contenu publicitaire, des articles de presse à sensation et d’autres sources douteuses. Comment aider votre enfant à utiliser l’IA avec sagesse Expliquez-lui comment l’IA peut se tromper Nous avons déjà constaté que l’intelligence artificielle n’est pas à l’abri des erreurs. Malheureusement, les hallucinations ne sont pas le seul problème.
Même lorsqu’un chatbot s’appuie sur des informations exactes, il peut tout de même les présenter de manière trompeuse en omettant certains éléments, en mettant davantage l’accent là où il ne le faudrait pas ou en tirant une conclusion discutable. Parfois, le résultat dépend de facteurs auxquels un utilisateur ne penserait jamais lorsqu’il pose une question. Un facteur surprenant réside tout simplement dans la langue que vous utilisez.
La plupart des données utilisées pour l’entraînement des principaux modèles sont en anglais. Ces systèmes ont donc tendance à donner de meilleurs résultats en anglais. Un même modèle d’IA peut répondre correctement à une question en anglais, mais se tromper lorsqu’on lui pose exactement la même question, par exemple, en serbe.
Cet écart est particulièrement flagrant dans des domaines tels que les sciences, la médecine, la technologie et le droit, où il existe tout simplement beaucoup plus de ressources en anglais de grande qualité sur lesquelles le modèle peut s’appuyer. Une autre particularité des chatbots, c’est qu’ils deviennent moins performants à mesure qu’on leur fournit davantage d’informations. Des études démontrent que plus un modèle dispose de texte et de données, plus il lui est difficile de garder une trace des détails, de relier les informations provenant de différentes parties d’une conversation et de répondre à des questions qui exigent une réelle compréhension approfondie.
Par conséquent, télécharger un livre entier dans un chatbot et lui poser des questions détaillées à son sujet est une façon infaillible de provoquer des hallucinations. Il convient également de s’interroger non seulement sur ce que l’IA vous dit, mais aussi sur la manière dont vous posez vos questions au départ. Les chatbots cherchent souvent à satisfaire l’utilisateur et adaptent leur réponse en fonction du point de vue apparent de ce dernier. Par exemple, un même chatbot pourrait donner des réponses opposées aux questions « Pourquoi la Terre est-elle surpeuplée ? » et « Pourquoi la Terre n’est-elle pas surpeuplée ? », en fondant chaque fois sa réponse sur l’hypothèse sous-jacente à la question.
Une étude récente a révélé que même les modèles de langage les plus avancés ne parvenaient pas à remettre en cause certaines fausses hypothèses dans 26 à 42 % des cas. L’IA doit faciliter l’apprentissage, et non s’y substituer Beaucoup d’anciens élèves savent que copier le travail des autres est un art à part entière, qui exige un talent exceptionnel et au moins un minimum d’implication dans la matière (parfois même un engagement assez important). De nos jours, malheureusement, même cette compétence risque de disparaître : la tentation de copier une réponse qui n’a pris que quelques secondes à générer est tout simplement trop forte.
Mais les chatbots sont eux-mêmes loin d’être des élèves modèles. Dans le cadre d’une étude, des chercheurs ont fait passer un examen de chimie à trois chatbots très populaires, puis ont comparé leurs résultats à ceux d’étudiants réels entre 2009 et 2023. Les étudiants sont arrivés en tête.
Les chatbots parviennent parfois à la bonne réponse, mais y aboutissent après une série de raisonnements erronés. Leurs réponses pourraient donc tout aussi bien être fausses. Il est donc utile d’expliquer à votre enfant que demander à l’IA de rédiger des dissertations de A à Z ou de résoudre des équations sans ensuite les vérifier soi-même est une impasse.
De plus, dans la vie professionnelle, ils seront jugés sur leurs compétences et leurs connaissances réelles, et les chatbots ne leur permettront pas de simuler un savoir-faire. Ce pour quoi l’IA peut réellement être utile, sans pour autant entraver l’apprentissage, c’est d’expliquer des chapitres complexes et d’aider à corriger les erreurs. Voici quelques exemples : Si un sujet est difficile à comprendre « Explique ce sujet en termes simples : {insérer le sujet} » « Explique ce sujet à l’aide d’un exemple concret : {insérer le sujet}« « Voici la partie que je ne comprends pas : {insérer le texte}.
Explique-moi cela pas à pas » « Explique ce sujet d’abord en termes simples, puis en termes plus techniques : {insérer le sujet}« « Voici une question : {insérer la question}. Ne me donne pas la réponse. Pose-moi des questions pour que je puisse trouver la réponse moi-même » Mathématiques et autres sciences exactes « Donne-moi un indice pour la première étape, mais ne résous pas tout le problème : {insérer le problème}« « Regarde ma solution et dis-moi où j’ai fait une erreur, mais ne la corrige pas à ma place : {insérer le problème et la solution}« « Propose-moi un problème similaire que je pourrais essayer de résoudre : {insérer le problème}« « Voici ma réponse : {réponse}.
Pose-moi des questions pour que je puisse vérifier si j’ai bien résolu le problème » « Explique pourquoi cette formule s’applique ici : {insérer le problème}« Rédactions et devoirs écrits « Pose-moi cinq questions sur ce sujet pour que je puisse élaborer ma propre thèse et mes propres arguments : {insérer le sujet}« « Voici un brouillon de ma dissertation. Essaie de repérer les lacunes dans mon raisonnement ou les points qui mériteraient d’être développés : {insérer le brouillon}« « Regarde le plan de ma dissertation et dis-moi ce qui manque : {insérer le plan de la dissertation} » « Indique-moi les passages de mon texte où l’idée n’est pas claire, mais ne les réécris pas à ma place : {insérer le texte}« « Imagine que tu es un enseignant expérimenté et essaie de contester mon argument : {insérer le texte}« Apprentissage des langues « Discute avec moi en {insérer la langue} à un niveau A2. Une fois que j’aurai répondu, corrige mes erreurs » « Donne-moi cinq phrases à traduire en utilisant cette structure grammaticale : {insérer la structure grammaticale}« « Explique-moi cette règle de grammaire et donne-moi quelques exemples : {insérer la règle de grammaire}« « Je vais écrire une phrase, et tu me diras s’il y a une faute.
Donne-moi d’abord un indice, et ne me montre la version correcte qu’après ma deuxième tentative. {insérer la phrase}« « Écris un petit dialogue en {insérer la langue} où je dois répondre en incarnant l’un des personnages » Test de connaissances « Pose-moi 20 questions sur ce sujet : {insérer le sujet}. » « Pose une question à la fois, et ne donne pas tout de suite la réponse » « Après chaque réponse, explique-moi juste où je me suis trompé » « Commence par cinq questions faciles, puis pose cinq questions difficiles » « Rends les questions de plus en plus difficiles chaque fois que je réponds correctement » « D’après mes erreurs, dis-moi quels sujets je devrais revoir » Vérifiez ensemble les réponses générées par l’IA Assurez-vous que votre enfant comprend qu’il ne doit pas se fier aveuglément à ce que lui dit un chatbot, même lorsque celui-ci cite d’autres sources. Et demander à un chatbot de vérifier lui-même son travail n’est pas non plus une très bonne idée : il y a de fortes chances qu’il refasse les mêmes erreurs, voire qu’il en cumule. Prenez n’importe quelle réponse d’un chatbot et passez-la en revue ensemble, en la décomposant en phrases distinctes et en posant des questions sur chacune d’entre elles.
D’où viennent cette date ou ce numéro ? L’IA cite-t-elle une personne, une publication ou une étude en particulier ? Cette citation correspond-elle réellement à ce qu’a dit cette personne ?
Si le chatbot contient un lien, ouvrez-le et vérifiez dans quelle mesure l’IA l’a correctement présenté. Profitez-en pour vérifier la qualité de la source elle-même. Si un texte est rédigé sur un ton trop émotionnel ou avance des affirmations audacieuses sans les étayer, c’est un bon signe qu’il vaut mieux chercher des informations ailleurs.
Protégez votre enfant et ses comptes Tout ce que votre enfant partage avec un chatbot est stocké sur les serveurs de l’entreprise et, par défaut, ces données sont utilisées pour améliorer l’apprentissage du modèle. Au cours des dernières années, nous avons constaté que même les plus grandes entreprises ne sont pas à l’abri des bugs de sécurité et des fuites de données. Pour réduire le risque de fuite des informations concernant votre enfant et assurer la sécurité de son compte, suivez quelques règles simples : Faites comprendre à votre enfant que l’IA n’est pas un journal intime.
Dites-lui de ne pas communiquer son nom, son adresse personnelle, le nom de son établissement scolaire ou toute autre information confidentielle à un chatbot. Ajustez les paramètres de confidentialité du chatbot. À tout le moins, désactivez la mémoire ainsi que toutes les fonctionnalités d' »amélioration du modèle » ou d’entraînement.
Nous vous recommandons également de consulter nos guides détaillés sur la configuration des paramètres de confidentialité et de sécurité dans ChatGPT et DeepSeek. Mettez à jour le mot de passe. La plupart des chatbots exigent la création d’un compte.
Pour éviter que le compte de votre enfant ne soit piraté, choisissez un mot de passe fort qui n’est utilisé nulle part ailleurs. Que votre enfant utilise comme mot de passe le classique « nom de jeune fille de la mère + année de naissance » ou un mot à la mode comme « skibidi », mauvaise nouvelle : ces mots de passe peuvent être compromis en un rien de temps. Au lieu de créer et de mémoriser des mots de passe, il vaut mieux laisser un gestionnaire de mots de passe sécurisé les générer et les stocker.
Activez l’authentification à deux facteurs. Cette mesure ajoute une barrière supplémentaire pour toute personne qui tenterait de pirater le compte de votre enfant. Plutôt que d’utiliser un numéro de téléphone comme deuxième facteur d’authentification, il est préférable d’utiliser des codes d’accès générés et actualisés automatiquement dans un gestionnaire de mots de passe.
Utilisez une protection contre le phishing. Au-delà des faux sites qui se font passer pour des services d’IA légitimes, il existe un autre risque : les chatbots fournissent parfois aux utilisateurs des liens vers des sites de phishing (fausses pages conçues pour voler des informations personnelles). Kaspersky Premium bloque l’accès aux sites suspects et empêche les escrocs de voler les données et l’argent de votre famille.
Restez au courant de ce que fait votre enfant sur Internet. En plus d’un gestionnaire de mots de passe et d’une protection contre les programmes malveillants et le phishing, Kaspersky Premium intègre Kaspersky Safe Kids, qui vous permet de configurer le contrôle parental, de limiter l’accès aux contenus indésirables et de garder un œil sur le temps que votre enfant passe en ligne. Autres articles à lire sur la sécurité des enfants sur Internet et à l’école : Protection des enfants en ligne : guide pratique à l’intention des parents Comment aider votre enfant à devenir blogueur sans craindre pour sa sécurité Comment les pirates s’attaquent à la génération Z Bien choisir : un guide pour le premier un appareil mobile de votre enfant Risques liés à la rentrée des classes : les gadgets Menaces liées à la rentrée des classes : classes virtuelles et vidéoconférences Menaces liées à la rentrée des classes : réseaux sociaux Conseils de sécurité pour la rentrée scolaire