Florian Galleri, Benoît Grémare et Yannick Pincé ont récemment publié l’« Histoire de la dissuasion nucléaire française », aux éditions Armand Colin (2026). Florian Galleri, docteur en histoire contemporaine, spécialiste des questions de dissuasion nucléaire et de sécurité européenne, Stanton Nuclear Security Postdoctoral Fellow au MIT Security Studies Program. Benoît Grémare, ancien officier de Marine, docteur en droit public et chercheur juridique à l’institut français d’analyse stratégique (Paris).

Yannick Pincé, maître de conférences en histoire contemporaine à l’institut d’études européennes de la Sorbonne nouvelle, chercheur associé au centre interdisciplinaire sur les enjeux stratégiques (CIENS) de l’ENS-PSL. Propos recueillis pour Diploweb.com par Paul Cormarie, analyste franco-américain à la RAND sur les questions de dissuasion nucléaire depuis 2025. Florian Galleri, Benoît Grémare et Yannick Pincé ont récemment publié l’« Histoire de la dissuasion nucléaire française », aux éditions Armand Colin.

Proposant un renouvellement historiographique sur la question, leur ouvrage se conçoit comme un manuel pratique pour les étudiants comme les think tanks, souvent précédemment contraints de se tourner vers des ouvrages de journalistes ou de politistes. Les trois auteurs répondent aux questions de Paul Cormarie pour Diploweb.com. Paul Cormarie (P.

C.) : Vous proposez un ouvrage historique qui étudie la dissuasion nucléaire depuis les années 1930 au présent, et même allant jusqu’à l’étude de son futur. Concernant l’arme nucléaire et la dissuasion française, quelle est l’idée fausse qui traîne dans le débat public à son sujet, et pourquoi est-elle fausse ? Benoît Grémare (B.

G.) : Il existe plusieurs idées fausses. L’une des idées fausses, ce serait par exemple que la bombe soit interdite en droit international. Cette idée traîne dans le débat public, notamment depuis 2017, avec l’adoption du traité d’interdiction des armes nucléaires, entré en vigueur en 2021.

Pourquoi est-elle fausse ? L’ouvrage y répond : la force de frappe dans sa création et sa constitution progressive s’est appuyée sur des mécanismes juridiques, soutenus notamment par les pouvoirs publics. Toute une littérature juridique sur la question de l’armement nucléaire a été produite avec l’Assemblée nationale, le Sénat et le gouvernement, donnant des lois et des décrets, nourris par une jurisprudence de contentieux, nationaux et internationaux.

Concrètement, soutenir que l’arme nucléaire est interdite en droit international, c’est ignorer à la fois la pyramide des normes et toute une partie de la législation française qui l’a amenée à se constituer depuis les années 1960. Yannick Pincé (Y. P.) : Deuxième idée fausse, c’est que l’arme nucléaire française serait une création du général de Gaulle.

Même s’il a joué un rôle essentiel, que nous étudions d’ailleurs, puisqu’il y a un chapitre qui s’appelle « Le Magistère de Charles de Gaulle », c’est un programme qui est né avant la Seconde Guerre mondiale. L’équipe de Frédéric Joliot-Curie dépose déjà un brevet qui comporte le principe de fonctionnement de l’arme. Et c’est surtout la Quatrième République qui porte ce programme.

Certes, le général de Gaulle signe l’ordonnance de création du CEA en 1945. Néanmoins, on peut vraiment parler d’un développement du programme nucléaire militaire avec le premier plan quinquennal de 1952, puis avec les décisions de Pierre Mendès France en 1954 et de Guy Mollet en 1956. Pour ce qui concerne Guy Mollet, on est juste après la crise de Suez.

C’est lui qui va demander qu’un champ d’essais nucléaires soit aménagé et commander le prototype du Mirage IV, le premier bombardier nucléaire français. Florian Galleri (F. G.) : Troisième idée fausse que l’on retrouve assez communément, que ce soit de la part des experts ou même de certains chercheurs, c’est qu’il y aurait une politique de dissuasion de toute éternité qui ne serait que continuité.

La réalité, c’est qu’elle évolue et qu’elle fluctue en fonction des politiques, des moyens qu’on lui donne, des inflexions partisanes et des critiques. Je vais prendre l’exemple du discours sur la dimension européenne. Le président François Mitterrand était très prudent sur cette question.

Jacques Chirac insistait beaucoup sur la dissuasion, quitte à avoir un retour de bâton. Nicolas Sarkozy a repris la rhétorique de Chirac en disant s’opposer à lui. Et François Hollande, de même que Mitterrand, a eu un discours très prudent.

Il y a donc des évolutions dans le discours et dans les faits. La dissuasion n’est pas un objet mort, c’est un objet vivant, donc intéressant à étudier. P.C. : A propos de la couverture de votre ouvrage, on y retrouve Jacques Chirac devant un missile Pluton.

Mais ce n’est pas le président Chirac, il s’agit du Premier ministre Chirac. Quel rôle pour le Premier ministre ? Pourquoi ce choix ?

B.G. : L’un des apports de cet ouvrage, c’est de montrer que le rôle du Premier ministre a été historiquement changeant. Il a varié et s’est progressivement déterminé au long des décennies qui suivent la création de la force nucléaire française. À la base, de grands échanges à l’Assemblée nationale virent s’affronter deux conceptions du pouvoir décisionnel : celui du Premier ministre et celui du Président.

Il a fallu de nombreux débats à l’Assemblée nationale, notamment des motions de censure en 1960 et 1964, pour concrétiser la force nucléaire, mais aussi pour calibrer le rôle du Premier ministre sans qu’il ne fasse de l’ombre au Président. En ce sens, une coutume constitutionnelle, non écrite, s’est développée pendant trente ans, sans que ce point juridique soit pleinement débattu. Puis Jacques Chirac finit par préciser et stabiliser le rôle du Président par rapport au Premier ministre avec le décret du 13 juin 1996.

Mais celui-ci évolue encore en 2009 avec la mise en place du contrôle gouvernemental de la dissuasion nucléaire, où le Premier ministre est institutionnalisé dans sa responsabilité, surtout opérationnelle, pour la mise en œuvre de l’arme nucléaire, tout en maintenant le pouvoir décisionnel du Président en comité de défense. On a donc un Premier ministre, éventuel contre-pouvoir au début, qui s’est progressivement affiné dans sa relation avec le Président. Le livre parle de ce débat, de ces contradictions et de ces jeux de pouvoir entre les différentes présidences pour arriver à la stabilisation actuelle.

P. C. : Votre livre - « Histoire de la dissuasion nucléaire française », éd. A. Colin - m’a beaucoup plu, notamment pour certaines anecdotes que je ne connaissais pas, dont celle où Valéry Giscard d’Estaing aurait qualifié la bombe de « saloperie ».

Existe-t-il d’autres exemples de l’attitude personnelle des présidents vis-à-vis de la bombe, une sorte d’histoire intime de leur rapport à la dissuasion ? Et à quel point cela a-t-il pu informer leurs décisions personnelles ? Y.

P. : Ces informations sur le rapport intime des présidents sont rares. Giscard est l’un de ces rares exemples, puisqu’il en témoigne lui-même dans ses Mémoires, ce pourquoi il a d’ailleurs été très critiqué. Il les écrit neuf ans après la fin de sa présidence.

Il explique qu’il n’aurait jamais pu ordonner un tir, décision dont il est sûr après s’être testé lui-même, puisqu’il avait fait organiser dans les sous-sols de l’Élysée un exercice en temps réel. Il s’était révélé incapable d’ordonner une frappe, sauf si le territoire national avait déjà lui-même fait l’objet d’une attaque nucléaire : il aurait vengé le pays. C’est un témoignage précieux.

Avec ses mots, il explique qu’il ne donnerait jamais un ordre qui aboutirait à la destruction de la France. On a quelques éléments sur la pensée de François Mitterrand, mais assez peu, puisqu’il tenait absolument à maintenir les apparences sur sa capacité de fermeté. C’était d’ailleurs l’un des arguments de la campagne électorale qui lui a permis de gagner contre Giscard en 1981.

Il a critiqué une naïveté de Giscard qui avait pu s’exprimer dans les contacts qu’il avait maintenus avec le dirigeant soviétique malgré l’invasion de l’Afghanistan, ce qui avait été qualifié de compromission avec le Kremlin. Pour Mitterrand, son entourage a beaucoup raconté cette anecdote de 1987 où Margaret Thatcher lui demande ce qu’il ferait si Bonn, la capitale de l’Allemagne de l’Ouest, était assiégée. Il répond : rien, puisque cela signifierait que la dissuasion aurait échoué.

Cela a été réinterprété par les proches de Mitterrand comme un attachement à une dissuasion qui empêche la guerre. Or, il y a deux éléments à préciser. D’une part, cela peut aussi être compris comme l’idée selon laquelle, pour lui, la dissuasion est inutile si elle échoue, puisqu’elle repose sur une forme de bluff.

D’autre part, ceux qui témoignent de cet épisode ne le racontent pas toujours jusqu’au bout. Mitterrand a précisé ensuite qu’en cas de siège de Bonn, la France se rallierait aux forces de l’OTAN. C’est une forme de négation du discours entretenu par les chefs de l’État depuis la fin de la présidence de Gaulle.

Quant à de Gaulle, son rapport à la bombe était moins un rapport d’intimité qu’un rapport d’utilité. Pour lui, c’était un objet politique qu’il valait mieux avoir à disposition pour mener sa politique internationale, et une option possible parmi d’autres en cas de crise. F.

G. : La plupart de ces rapports à la bombe, on les trouve dans les biographies. Dans le cas de Nicolas Sarkozy, lorsqu’il mentionne la bombe, il dit quelque chose comme : « c’est quand même un élément qui montre qu’on n’est pas n’importe quel pays ». Cela traduit à la fois un rapport présidentiel à la bombe, mais aussi un rapport à la stature présidentielle.

P. C. : Vous parlez donc des présidents, de leur attitude et de leurs sentiments vis-à-vis de la bombe. On entend aussi souvent parler de la « bombinette ».

Que faut-il penser de cette expression ? Y. P. : Il y a une légende urbaine autour de la « bombinette ».

Tous ceux qui sont des partisans acharnés de la dissuasion nucléaire et de l’héritage de Gaulle disent que ses adversaires la qualifiaient de « bombinette ». Or, c’est faux, et c’est un élément que j’explique dans l’ouvrage. En réalité, c’est de Gaulle lui-même qui a créé ce terme pour ridiculiser les adversaires de l’arme nucléaire, en expliquant que l’on ne pouvait pas la qualifier de « bombette ».

Le terme de « bombinette » est une déformation de ce mot de De Gaulle en conférence de presse, qui n’intervient que dans les années 1970. Ce n’est donc pas un terme inventé par les critiques. C’est un argument destiné à ridiculiser ceux qui critiquaient les choix gaulliens.

P. C. : Quelle est la place des Français dans cette histoire nucléaire ? Est-ce une histoire nucléaire sans les Français ?

Quand on regarde l’histoire, de nombreuses décisions ont été prises par des gouvernements successifs, mais il n’y a jamais eu de vote populaire ou de référendum sur l’arsenal. F. G. : Pour la période post-Guerre froide, on peut dire d’une certaine façon qu’il y a un assentiment, puisque la politique de désarmement est faite aussi parce qu’une opinion française et internationale considère qu’il faut désarmer.

Mais la réalité, c’est que la plupart des décisions nucléaires ont été prises sans consultation, dans le secret, dans un contexte de concentration progressive du pouvoir aux mains du président. Ce qui se faisait sous Chirac, avec des ministres qui pouvaient par exemple donner leur avis sur la dissuasion, ne se fait plus sous Sarkozy ni sous Hollande. Le ministre de la Défense pouvait éventuellement intervenir, mais c’était bien le seul.

Ce qui rend les choix en matière de décision nucléaire de moins en moins démocratiques. B. G. : Quand on lit le chapitre 2 de l’ouvrage, on voit que l’arme nucléaire est un sujet de débat à l’Assemblée nationale, ne serait-ce que pour voter son budget.

C’est aussi pour la Bombe que les lois de programmation militaire, dont on parle souvent dans l’actualité, ont été faites. Il s’agissait de financer un effort de guerre sur plus d’un an, par le biais de plans quinquennaux, afin de mettre en place une triade stratégique. Au chapitre 9, on parle aussi d’une « décennie pérenne » au début des années 2000 pendant laquelle l’arme nucléaire passe sous les radars médiatiques et sociétaux.

Elle devient un objet de guerre froide placé entre la réserve et l’attente, avant que l’année 2014 voyant l’invasion russe de la Crimée ne coïncide avec une audition parlementaire sur la dissuasion nucléaire. En ce sens, le débat est peut-être apparemment sans les Français, mais il reste poursuivi par les représentants français. Y.

P. : Il y a eu un débat populaire, non pas simplement sur le pour ou contre la dissuasion nucléaire, mais sur la stratégie que l’on doit avoir, en particulier sur la distance que l’on doit maintenir vis-à-vis de l’OTAN. La presse et les journaux télévisés soulevaient cette question, parfois longuement. Cela avait un impact électoral, notamment dans l’identification des familles politiques, selon qu’elles se positionnaient en faveur d’une doctrine nucléaire compatible avec l’OTAN ou en faveur d’une doctrine indépendante, plutôt dans l’héritage de De Gaulle.

P. C. : À travers votre ouvrage - « Histoire de la dissuasion nucléaire française », éd. A. Colin - on retrouve bien sûr la France, mais aussi les États-Unis, le Royaume-Uni, les pays de l’OTAN et l’URSS.

On voit des courants d’idées inspirés par d’autres pays, ainsi que des développements étrangers qui produisent des changements en France. Comment les choix nucléaires des autres pays ont-ils informé les choix nucléaires français ? Y.

P. : Les choix nucléaires français sont bien souvent une réaction aux choix américains. Nous avons encore aujourd’hui une doctrine de représailles massives, même si elle ne vise plus les villes mais les centres de pouvoir, qui sont pour la plupart situés en milieu urbain. L’origine de cette doctrine est … américaine.

Après l’échec de la guerre de Corée (le fait de ne pas avoir empêché la guerre), les États-Unis ont choisi une doctrine destinée à empêcher la guerre en menaçant de représailles massives. La France a ensuite adopté cette doctrine lorsqu’elle s’est dotée de l’appareil nucléaire militaire dans les années 1960, justement dans cette idée d’éviter la guerre. Cela correspond aussi à la période où de Gaulle appuie le choix d’une politique d’indépendance nationale, notamment en raison des choix stratégiques américains.

À ce moment-là, les États-Unis abandonnent progressivement les représailles massives pour aller vers une riposte graduée, qui consiste à répondre progressivement à une agression. Pour les Européens et pour de Gaulle, c’était inacceptable, parce que cela signifiait la guerre en Europe. Celle-ci était jugée tout aussi dévastatrice qu’une éventuelle guerre nucléaire, puisqu’il se serait agi d’un conflit en milieu urbain avec des millions de morts.

Là, on a donc très clairement une influence. La crise de Suez est également fondamentale. En 1956, lorsque les Américains et les Soviétiques font pression pour que la France et le Royaume-Uni évacuent le canal de Suez, les Français comprennent que l’allié peut les abandonner en situation de crise.

Les Britanniques comprennent Suez d’une manière complètement opposée : ils considèrent qu’il faut au contraire être très proche de l’allié américain pour s’assurer de sa solidarité. Nous avons aussi réagi par rapport à l’attitude britannique. Le rapprochement britannique avec Washington, au nom de la Special Relationship, a alimenté nos réflexions sur l’autonomie de décision et sur l’indépendance nationale via le nucléaire.

B. G. : L’influence se mesure aussi dans la mise en œuvre de la force de dissuasion nucléaire. Les Français ont observé les essais nucléaires américains dans le Pacifique Nord dans les années 1950, avant de construire en 1966 leur Centre d’Expérimentation du Pacifique pour les essais en Polynésie Française.

De plus, le choix de ne pas adhérer au Traité d’interdiction partielle des essais nucléaires et au Traité de Non-Prolifération, mais aussi le choix de refuser d’utiliser un site américain pour tester leurs bombes explique le positionnement français vis-à-vis des autres. Les Américains, les Britanniques et les Soviétiques étaient suffisamment avancés dans la conception et la maîtrise scientifique de leur arsenal nucléaire, et la France ne pouvait se permettre de se lier juridiquement les mains trop tôt, si elle voulait parvenir au stade thermonucléaire en toute indépendance. F.

G. : Je dirais enfin, de manière un peu ironique, que la France tente tellement de ne pas avoir le même discours que les Américains que lorsqu’il s’agit de faire une politique nucléaire qui pourrait se rapprocher de celle des Américains, elle invente en opposition de nouveaux termes et de nouvelles manières de s’exprimer pour éviter toute concordance. Je pense aux terminologies récentes de dissuasion avancée, qui permettent d’éviter absolument de parler de partage, ou de tout élément qui pourrait rappeler le discours otanien. C’est une réalité : nous construisons avec les alliés, mais aussi en opposition à eux, parfois de manière très expressive.

P. C. : Votre ouvrage parle d’événements qui façonnent l’histoire de la dissuasion nucléaire française. On a l’impression que l’histoire s’accélère à travers le livre et que l’on arrive au présent, où il devient difficile de rattraper les événements courants pour écrire une histoire générale de la dissuasion nucléaire.

Comment avez-vous surmonté cet obstacle ? Quelles méthodes peut-on en tirer ? F.

G. : Nous avons une méthodologie historienne, même si Benoît Grémare est juriste. Nous avons utilisé toutes les sources publiques et disponibles. Pour être tout à fait honnête, je dirais que l’étude du nucléaire dans le très contemporain est peut-être parfois plus simple que le nucléaire ancien, parce que les ouvertures d’archives sont limitées à toutes les époques.

Moi, par exemple, qui suis spécialisé sur le très contemporain, j’ai accès à beaucoup plus d’acteurs vivants que je peux interroger. Je peux donc construire une histoire à partir de leur mémoire, et j’ai aussi accès à quelques archives, même si c’est de manière limitée. Globalement, toute étude de l’histoire du nucléaire est limitée.

Par conséquent, l’histoire du nucléaire très contemporain n’est pas seulement une difficulté, c’est presque une chance. D’autre part, l’histoire du nucléaire s’accélère, mais elle ralentit aussi parfois. C’est une danse à un tempo maladroit.

Parfois elle s’accélère, comme avec la période gaullienne, puis il y a un ralentissement sous Pompidou, encore qu’il faudrait nuancer, une nouvelle accélération sous Mitterrand, puis un ralentissement de Chirac à nos jours, avant de retrouver maintenant une nouvelle accélération. C’est aussi ce que montre le livre : l’histoire du nucléaire est complexe, elle se joue dans le détail, et nous avons essayé de faire une histoire fondée sur des sources, des archives et des témoignages. Y.

P. : Les événements géopolitiques vont plus vite que la recherche scientifique. Nous y avons été confrontés puisque, alors que nous avions fini l’ouvrage et que nous étions en pleine vérification des épreuves, il y a eu le discours stratégique du président Macron, qui nous a amenés à faire évoluer certaines parties. Nous avons essayé de faire en sorte que le livre ne soit pas périmé avant sa sortie, ce qui était un risque majeur puisque nous avons des parties réflexives et même de la prospective.

Nous avons donc essayé d’être prudents et de privilégier les questionnements sur le long terme, par exemple sur la constitutionnalisation du nucléaire, qui intervient de plus en plus dans le débat public. Je me suis également questionné sur l’idée d’une éventuelle obsolescence de l’arme nucléaire, qui pourrait intervenir avec l’arrivée de technologies disruptives comme le cyber, l’intelligence artificielle, voire de nouveaux systèmes d’armement. B.

G. : Écrire l’h