Après près de trois années passées à l’Élysée, Claire Vernet-Garnier rejoint Orange pour diriger le Corporate Development, les fusions-acquisitions et l’intégration. À 42 ans, cette ancienne banquière d’affaires retrouve un groupe dont elle fut administratrice au nom de l’État. Son arrivée intervient au moment où l’opérateur doit absorber MASorange et préparer le partage de SFR, deux opérations qui vont profondément redessiner son périmètre.
Avant d’apprendre à placer une émission d’actions, Claire Vernet-Garnier a appris à placer une balle. Ancienne membre de l’équipe de France jeunes de tennis, elle aurait pu, selon plusieurs portraits qui lui ont été consacrés, tenter une carrière professionnelle, elle choisira finalement les marchés financiers, un terrain où les échanges durent rarement cinq sets, mais où la lecture du jeu reste une qualité recherchée. Depuis le 20 juillet 2026, l’ancienne conseillère industrie, innovation, numérique et participations publiques d’Emmanuel Macron dirige le Corporate Development, les fusions-acquisitions et l’intégration du groupe Orange.
Elle rapporte au directeur financier Laurent Martinez et rejoint une entreprise qu’elle connaît déjà de l’intérieur : entre octobre 2020 et mai 2021, elle avait siégé à son conseil d’administration comme représentante de l’État et membre du comité d’audit. Ce retour n’a donc rien d’une découverte. Il marque plutôt une nouvelle étape dans un parcours construit à la frontière de la finance, de l’entreprise et de la puissance publique.
La finance comme première langue Née le 10 février 1984, Claire Vernet-Garnier est diplômée du programme Grande École d’Audencia. Elle complète sa formation par un Executive MBA associant l’École nationale des ponts et chaussées, la Solvay Brussels School of Economics and Management et la Fox School of Business de Temple University, ainsi que par une formation non diplômante à l’Essec. Elle débute sa carrière en 2008 au sein des équipes de syndication actions de Société Générale CIB, un métier qui consiste à organiser le placement d’actions auprès des investisseurs lors d’une introduction en Bourse, d’une augmentation de capital ou d’une cession de participation.
Une fonction à l’intersection de la finance pure, de la psychologie des marchés et de la stratégie d’entreprise. En 2010, elle rejoint Bank of America Merrill Lynch à Londres comme analyste en Equity Capital Markets, avant de revenir deux ans plus tard chez Société Générale, au sein des équipes Corporate Finance et Equity Capital Markets dédiées aux grandes capitalisations. Durant cette première partie de carrière, elle participe à la structuration d’introductions en Bourse, d’augmentations de capital, de placements accélérés, d’obligations convertibles et de fusions-acquisitions.
Elle y apprend à construire une equity story, à négocier avec les conseils, à mesurer la réaction des investisseurs et, surtout, à traduire une stratégie industrielle en opération financière. En 2015, Euronext lui confie le lancement de son activité Pre-Listing Services, destinée à accompagner les entreprises, notamment les PME et ETI, avant leur éventuelle arrivée sur les marchés. La mission dépasse la préparation technique d’une introduction en Bourse : elle contribue aussi à la transformation commerciale de l’activité Listing de l’opérateur paneuropéen.
À l’école de l’État actionnaire En avril 2018, Claire Vernet-Garnier change de côté de table et rejoint l’Agence des participations de l’État comme responsable du pôle Finance et marchés de capitaux et intègre son comité de direction. L’APE gère alors des participations publiques dans des entreprises aussi diverses qu’EDF, Air France-KLM, Renault, Orange, Safran ou la Française des jeux. Son rôle ne se limite pas à protéger les intérêts patrimoniaux de l’État : il faut aussi arbitrer entre rendement financier, souveraineté, politique industrielle, emploi et continuité de services essentiels, des objectifs qui cohabitent plus facilement dans les discours que dans un tableur.
Selon la présentation diffusée lors de son arrivée chez InfraVia, Claire Vernet-Garnier participe fin 2018 à la cession de 1,2 milliard d’euros de titres Safran détenus par l’État, puis à l’introduction en Bourse de la Française des jeux en novembre 2019, l’une des principales privatisations du quinquennat. La crise sanitaire change brutalement la nature des dossiers. En 2020 et 2021, elle contribue aux opérations de soutien à Air France-KLM et à la préparation des crédits budgétaires nécessaires à son sauvetage.
Lorsque les frontières ferment et que les avions restent au sol, l’État actionnaire cesse d’être un gestionnaire de portefeuille pour devenir financeur de dernier ressort. En octobre 2021, elle est promue directrice de participations chargée des transports. Son portefeuille couvre Air France-KLM, ADP, la SNCF, la RATP, les tunnels alpins, ainsi que plusieurs ports et aéroports régionaux.
Elle siège parallèlement dans de nombreux conseils d’administration : ADP, SNCF, Radio France, Dexia, Orano Mining, Orano Cycle et Orange. Ces mandats lui ouvrent une autre dimension du pouvoir économique, celle qui s’exerce dans les conseils, les comités d’audit, et lors des discussions sur les investissements, les dirigeants ou les opérations stratégiques. Chez Orange, où elle siège entre octobre 2020 et mai 2021, elle découvre la gouvernance d’un groupe coté dont l’État reste le premier actionnaire, directement et via Bpifrance.
Un détour par le capital-investissement En novembre 2022, après plus de quatre années à l’APE, Claire Vernet-Garnier rejoint InfraVia Capital Partners comme directrice de l’Asset Management. Ce fonds français, fondé par Vincent Levita, investit dans les infrastructures et les entreprises technologiques non cotées. Ce passage lui offre un troisième point de vue sur les actifs stratégiques.
Après avoir conseillé les entreprises, puis représenté l’État à leur capital, elle doit désormais créer de la valeur pour les investisseurs d’un fonds privé. À partir de mars 2023, elle siège aussi au conseil d’administration de Mon Courtier Énergie comme administratrice indépendante et membre du comité d’audit, et accompagne la société lors de son introduction en Bourse. L’épisode InfraVia sera bref, en novembre 2023, elle démissionne de ses mandats privés pour rejoindre le pôle économique de l’Élysée.
L’exercice discret du pouvoir Le 15 novembre 2023, Claire Vernet-Garnier est nommée conseillère industrie, innovation et numérique auprès d’Emmanuel Macron. Elle exerce simultanément comme conseillère technique au cabinet d’Élisabeth Borne, puis conserve ses attributions auprès de Gabriel Attal. Son titre s’élargit en janvier 2026 aux participations publiques.
Son portefeuille couvre alors la réindustrialisation, France 2030, l’intelligence artificielle, les souverainetés numérique et spatiale, ainsi que la transformation de l’État actionnaire et des entreprises de défense. Le périmètre est considérable, il place sa titulaire au contact d’entreprises cotées, de start-up, de groupes de défense, d’administrations, d’investisseurs et d’acteurs de la recherche. Mais le métier de conseillère présidentielle laisse peu de traces publiques, les décisions y sont collectives, les arbitrages rarement signés, et la communication revient au chef de l’État ou aux ministres.
Un épisode permet néanmoins d’entrevoir cette mécanique. Le rapport de la commission d’enquête sénatoriale sur les eaux minérales reproduit un courriel adressé par Claire Vernet-Garnier à Alexis Kohler en décembre 2024. Après une rencontre avec le directeur général de Nestlé, elle y résume les difficultés réglementaires et sanitaires rencontrées sur le site Perrier de Vergèze.
Le document ne permet pas de lui attribuer l’arbitrage de l’État, encore moins les dysfonctionnements dénoncés par les sénateurs. Il montre en revanche la réalité d’un portefeuille industriel à l’Élysée : derrière les grands mots de souveraineté et de réindustrialisation se cachent aussi des usines fragilisées, des règles européennes, des risques sanitaires et des milliers d’emplois. Le conseiller fait circuler l’information, prépare les options, signale les conséquences.
La décision appartient à d’autres. Selon La Lettre, Claire Vernet-Garnier avait déjà participé à la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron en 2017. Son passage au Château ne constitue donc pas une irruption tardive dans le politique, mais le prolongement d’un engagement longtemps resté en retrait.
Orange, une maison connue dans un moment décisif À l’été 2026, Claire Vernet-Garnier quitte l’Élysée pour rejoindre Orange. Son intitulé exact mérite attention : Corporate Development, fusions-acquisitions et intégration, le dernier terme compte probablement autant que les deux premiers. Le groupe vient de prendre le contrôle intégral de MASorange en Espagne.
Orange détenait déjà 50 % de l’opérateur issu du rapprochement entre ses activités espagnoles et MásMóvil. En juin 2026, il a finalisé le rachat des 50 % détenus par Lorca pour 4,25 milliards d’euros, valorisant MASorange 8,5 milliards. Reste désormais à consolider entièrement la filiale espagnole et à accélérer les synergies industrielles, commerciales et financières.
Mais le dossier le plus sensible se joue en France. Le 6 juin 2026, Bouygues Telecom, Iliad et Orange ont signé avec Altice France un protocole d’accord en vue de l’acquisition et du partage de SFR. La transaction valorise les actifs concernés à 20,35 milliards d’euros.
La part revenant à Orange représente environ 27 % du prix, soit 5,6 milliards d’euros avant ajustements. L’opérateur prévoit de récupérer près de quatre millions de clients mobiles, un million de clients fixes, plusieurs marques d’opérateurs virtuels et 47 MHz de fréquences supplémentaires. L’ensemble représentait environ 1,7 milliard d’euros de chiffre d’affaires et 600 millions d’euros d’EBITDAaL en 2025.
Orange table sur plus de 500 millions d’euros de synergies annuelles cinq ans après la réalisation de l’opération, essentiellement issues de l’optimisation des réseaux et des infrastructures, mais aussi de l’informatique, des fonctions support et de la distribution. Le plus difficile reste à accomplir. La documentation définitive doit être négociée, les activités réparties entre les trois acquéreurs, l’opération soumise aux autorités de concurrence.
Le passage de quatre à trois opérateurs nationaux soulève des questions de prix, de qualité de service et de coordination entre concurrents. La finalisation n’est pas envisagée avant le second semestre 2027, et Orange rappelle qu’aucune certitude ne peut encore être donnée sur son aboutissement. Claire Vernet-Garnier arrive après la négociation du protocole initial, son expérience semble en revanche taillée pour la phase qui s’ouvre, négociation financière, compréhension de la doctrine publique, dialogue avec les administrations, gouvernance d’actifs stratégiques, préparation de l’intégration.
Car c’est souvent après la signature que commencent les vrais problèmes. Une acquisition se raconte avec un prix et quelques synergies, quand une intégration exige de rapprocher des équipes, des systèmes d’information, des réseaux, des contrats, des marques et des cultures d’entreprise. De représentante de l’État à dirigeante du groupe La dimension symbolique de son arrivée est renforcée par l’évolution récente du capital d’Orange.
Le 31 juillet 2026, quelques jours après sa prise de fonctions, Bpifrance a cédé 2,5 % du capital pour environ 1,1 milliard d’euros. L’État et Bpifrance conservent ensemble 20,4 % des actions et près de 27 % des droits de vote, restant ainsi le premier actionnaire du groupe. À 42 ans, Claire Vernet-Garnier n’est ni une haute fonctionnaire classique, ni une banquière reconvertie dans les affaires publiques, ni une politique devenue dirigeante d’entreprise.
Elle appartient à cette génération de profils hybrides qui circulent entre marchés, fonds d’investissement et institutions, et dont la compétence première est peut-être de traduire les contraintes d’un monde dans la langue de l’autre. À propos Articles récents LA REDACTION DE FW.MEDIAPour nous contacter, nous vous avons préparé un petit formulaire pour bien gérer votre demande et pouvoir l'adresser en toute confidentialité. Cliquez ici pour y accéderNotre politique éditoriale concernant l'intelligence artificielleLes analyses et articles sont rédigées par des journalistes.L'IA peut être utilisée comme outil d'assistance (traduction, synthèse, recherche documentaire ou amélioration stylistique).Les faits, chiffres et analyses sont systématiquement vérifiés et validés par la rédaction.Les illustrations générées ou modifiées par IA sont explicitement signalées.
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