Alain Rousset, président de la Région Nouvelle-Aquitaine, nous a accordé un entretien pour évoquer le rôle stratégique du Très Haut Débit dans l’avenir des territoires, l’importance des réseaux d’initiative publique comme DORSAL et les enjeux liés à l’attractivité, à la souveraineté numérique et aux nouveaux usages. La Région Nouvelle-Aquitaine a joué un rôle déterminant dans le déploiement du Très Haut Débit sur les territoires ruraux. Avec le recul, quelle vision portez-vous aujourd’hui sur cet engagement public en faveur de la fibre et de l’aménagement numérique ?

Avec le recul, l’engagement de la Région Nouvelle-Aquitaine en faveur du Très Haut Débit apparaît comme un choix stratégique structurant indispensable. Dès l’origine, la Région a fait le pari que l’accès à des infrastructures numériques performantes devait relever d’un principe d’égalité territoriale, au même titre que l’accès aux services publics. Dans des territoires majoritairement ruraux, où le seul jeu du marché n’aurait pas permis un déploiement équilibré, l’intervention publique a été déterminante pour éviter une fracture numérique durable.

Les réseaux d’initiative publique, comme celui porté par DORSAL, illustrent cette capacité collective à conjuguer volontarisme politique, ingénierie territoriale et partenariats solides avec les Départements et les intercommunalités. Aujourd’hui, alors que le déploiement touche à sa maturité, cet engagement apparaît non seulement comme une réussite technique, mais surtout comme un levier d’attractivité et de résilience pour les territoires ruraux, qui disposent désormais d’infrastructures comparables à celles des zones urbaines. Les réseaux d’initiative publique (RIP), comme celui porté par DORSAL, reposent sur un modèle économique exigeant, souvent questionné, notamment en zone rurale.

Selon vous, comment préserver dans la durée l’équilibre économique de ces réseaux tout en garantissant leur mission d’intérêt général ? Les RIP reposent en effet sur un modèle économique exigeant, particulièrement en zone rurale où les coûts d’investissement et d’exploitation sont élevés avec des tarifs régulés par l’ARCEP établis depuis 2015 qui peinent à évoluer. Préserver leur équilibre dans la durée suppose une approche à la fois pragmatique et de long terme.

La commercialisation opérée par la SPL NA-THD est stratégique dans ce cadre, la qualité de service, la maîtrise des coûts d’exploitation et la maintenance également. Mais il est également essentiel de rappeler que ces réseaux remplissent une mission d’intérêt général. Leur équilibre ne peut être apprécié uniquement à l’aune d’une rentabilité financière classique : il doit aussi intégrer les retombées économiques, sociales et territoriales qu’ils génèrent (maintien des services, attractivité résidentielle, développement des entreprises, télétravail, etc.).

Dorsal, c’est près de 247000 prises FTTH et 122M€ de la Région. Au-delà du raccordement des habitants et des entreprises, en quoi la maîtrise publique d’infrastructures numériques vous paraît-elle importante pour l’avenir des territoires : développement économique, services publics, innovation, souveraineté numérique ou encore nouveaux usages liés à l’intelligence artificielle ? Au-delà du raccordement des habitants et des entreprises, la maîtrise publique des infrastructures numériques constitue un enjeu particulier pour l’avenir des territoires.

Au regard de la montée en puissance des problématiques de souveraineté, nous avons là une infrastructure critique dont la maîtrise me semble importante, indispensable au développement économique et à la modernisation de l’action publique. Elle est aussi un facteur clé d’innovation : télémédecine, enseignement à distance, smart territoires, mais aussi nouveaux usages liés à l’intelligence artificielle, qui nécessitent des réseaux fiables, performants et sécurisés. Disposer d’infrastructures contrôlées par les collectivités, c’est se donner la capacité de faire des choix éclairés en matière de données, de cybersécurité, d’interopérabilité et d’usages futurs, au service de l’intérêt général.

Dans un contexte de transitions numérique, écologique et économique, les réseaux publics de fibre constituent ainsi un socle stratégique, appelé à jouer un rôle déterminant à l’avenir. (Crédit photo : Alban Gilbert)