Des Iraniens utilisent leurs téléphones juste après la réouverture d’Internet dans le pays, le 27 mai 2026, à Téhéran. Photo Majid Asgaripour/REUTERS L’Iran abrite 92 millions d’habitants. Dont 85 % ont accès à Internet, selon les chiffres de la Banque mondiale.
Mais régulièrement, dans cette théocratie contrôlée par les mollahs, cette communication est coupée. Soit pour limiter toute sortie d’informations et d’images, comme ça a été le cas pendant la répression sanglante des manifestations de janvier 2026. Soit pour que les Iraniens eux-mêmes ne puissent avoir accès à l’extérieur.
Et souvent, ce sont ces deux buts qui sont poursuivis. Trafic internet en Iran du 1er novembre au 8 juin 2026 Catherine Doutey/Courrier international Quels sont les moyens de contrôle de l’Iran ? L’Iran est un L’État iranien contrôle Internet via la Telecommunication Infrastructure Company (TIC).
Tous les fournisseurs d’accès à Internet (FAI) et les opérateurs mobiles du pays doivent en effet obligatoirement se connecter à la TIC. Régie par le ministère des Technologies de l’information et des Communications, la TIC contrôle le réseau de télécommunications iranien. À ce titre, c’est la seule entité autorisée à gérer les passerelles reliant l’Iran au reste du monde.
Si l’État décide de fermer la vanne internationale, le flux s’arrête physiquement à ce point de passage. Comment ? La TIC utilise le Border Gateway Protocol (BGP), la feuille de route des informations Internet, qui indique aux routeurs mondiaux comment acheminer les données vers une adresse IP spécifique.
Pour isoler le réseau iranien du reste du monde, la TIC cesse purement et simplement d’“annoncer” les routes IP iraniennes : les réseaux iraniens cessent ainsi d’exister pour le web mondial, explique Cloudflare Radar, un portail spécialisé dans l’observation du trafic Internet. La TIC peut aussi donner de fausses informations BGP pour faire passer les internautes iraniens vers le réseau national. Il s’agit alors d’un BGP-Hijacking, un détournement pur et simple.
À cela s’ajoute l’empoisonnement DNS (DNS Poisoning). Le DNS, l’annuaire du web, est falsifié : un citoyen iranien tapant l’adresse d’un site d’information étranger ou d’un réseau social se voit redirigé automatiquement vers une page d’erreur ou un site gouvernemental. Les Iraniens peuvent-ils contourner ce black-out ?
Plusieurs organisations de référence en matière de droits numériques et d’accès au Net, comme Access Now, le Global Investigative Journalism Network ou Electronic Frontier Foundation, expliquent en détail comment se connecter malgré le contrôle des États. Mais c’est loin d’être simple. En cas de coupure totale, l’une des solutions pour avoir malgré tout accès à Internet passe par le ciel.
Et notamment en ayant recours à des constellations de satellites, comme Starlink. Mais les autorités se sont également équipées d’analyseurs de spectre pour traquer au sol les antennes satellites clandestines (comme celles du réseau Starlink). Elle brouille alors leurs signaux, comme dans les coupures de 2026, indique la chercheuse Nayana Prakash sur le site du think tank Chatham House.
Autre système : le réseau maillé ou mesh. Grâce à des applications comme Briar ou Bridgefy, on peut communiquer sans Internet : les messages circulent de téléphone en téléphone, via le wifi ou Bluetooth. À quoi ont alors accès les Iraniens ?
Il reste le “réseau national d’information”. L’Iran développe depuis plusieurs décennies un intranet géant (parfois qualifié d’“Internet halal”). Ce système vise à isoler l’écosystème numérique du pays, permettant aux services locaux de fonctionner même si l’État décide de couper l’accès à l’Internet mondial pour contrôler l’information, comme il l’a fait en janvier 2026, pendant les grandes manifestations antirégime, puis entre fin février et mai de cette même année, durant le conflit avec les États-Unis et Israël.
Cette version parallèle et fermée d’Internet donne accès à quelques sites officiels de l’État, des applications bancaires, des services de taxi et des messageries locales telles que Bale ou Eitaa, qui fonctionnent sur des serveurs iraniens. Courrier international Moyen-Orient Politique Sur le même sujet En kiosque. Notre nouveau hors-série : l’Atlas des communications Écouter l’article Ajouter aux favoris Télécommunications.
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Comment l’Iran coupe-t-il son réseau Internet ? Ce sont ces questions qui nous ont conduits à proposer cet atlas des communications. Car Internet est une réalité physique.
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