"Valable à vie" : l’histoire folle du forfait Millenium que personne n'a voulu lâcher pendant des années Par Alexandre Nardo Publié le 23/08/26 à 14h48 Nos réseaux : Suivez-nous Ajoutez nous à vos favoris Google Commenter 4 "Valable à vie" : l’histoire folle du forfait Millenium que personne n'a voulu lâcher pendant des années Demandez à un quinquagénaire ce qu'était le Millenium. Il vous parlera de nuits entières au téléphone sans surveiller le compteur, de cette impression d'avoir déjoué le système, d'un forfait qu'il a gardé bien plus longtemps que de raison. Puis il ajoutera, souvent à mi-voix : "Je crois que c'était chez SFR".

C'est là que ça se complique. Parce que ce qu'on appelle "le forfait Millenium" recouvre en réalité deux offres concurrentes, lancées à un mois d'intervalle par deux opérateurs rivaux. Le nom de l'une a fini par désigner les deux, et 25 ans de récits de comptoir ont achevé de souder les souvenirs.Deux forfaits pour un même souvenirLe vrai Millenium a bien existé.

Bouygues Telecom le lance en novembre 1999 : 240 francs TTC par mois, deux heures de communications en semaine, appels illimités le week-end vers les fixes français et les mobiles Bouygues. Une formule encore encadrée. Mais audacieuse dans un marché où l'on raccrochait avant la fin de la phrase pour ne pas entamer la minute suivante.SFR réplique le 1er décembre 1999.

Son offre, qu'on résume couramment par "soir et week-end illimité", ouvre les appels gratuits de 20 h à 8 h, le week-end et les jours fériés, vers les fixes français et les mobiles SFR, avec en plus un crédit utilisable hors de ces plages. Même prix, 240 francs. Et une mention qui va peser lourd : valable "à vie".

L'une était plus large par ses plages horaires. L'autre portait le nom. Voilà toute l'histoire de la confusion.

Parler du "Millenium de SFR" n'est donc pas vraiment une erreur, c'est le raccourci devenu dominant. Historiquement, les deux offres restent distinctes. À lire également : Alerte nostalgie : retour en 2001 avec Windows XP recréé dans un navigateur web Un succès trop massif pour son époqueArnaque ?

Pas au sens strict. Pour ceux qui en bénéficiaient, la proposition était imbattable. Le prix restait élevé pour l'époque, l'équivalent d'environ trente-six euros par mois quand la plupart des forfaits se contentaient d'une poignée d'heures.

Mais payer un montant fixe et cesser de compter ses minutes le soir et le week-end, personne n'avait vu ça avant.© Shutterstock / MehaniqLa ruée est immédiate. Environ 400 000 personnes souscrivent au forfait SFR en quelques semaines, entre le lancement du 1er décembre 1999 et le retrait de la commercialisation, le 16 janvier 2000. Six semaines de commercialisation, pas une de plus.

Le succès met à nu les limites d'un réseau et d'un modèle économique bâtis à une époque où l'usage intensif du mobile relevait de l'exception.L'opérateur semble avoir sous-estimé deux choses. L'intensité avec laquelle les abonnés allaient réellement se servir de l'illimité, d'abord. La concentration des appels à l'ouverture de la plage gratuite, ensuite : à 20 h précises, tout le monde décroche en même temps.

Le réseau sature, la qualité de service se dégrade sur les créneaux les plus demandés, et SFR arrête la commercialisation au bout de six semaines. Le retrait a fait le reste. Les détenteurs se retrouvent avec un forfait introuvable, assorti d'une promesse "à vie".

Certaines lignes ont été conservées des années durant, parfois au prix d'un renoncement à changer d'offre, et même de téléphone, tant l'idée de perdre le forfait paraissait absurde. C'est la rareté, plus que la générosité de l'offre elle-même, qui a fabriqué la légende : un forfait qu'on ne pouvait plus obtenir devenait forcément le meilleur que le marché ait connu. À lire également : Game Boy, Tamagotchi, Walkman... : ces objets cultes des années 90 font leur grand retour dans des versions modernisées Mon verdict : un précédent, plus qu'une révolution à lui seulFaut-il le regretter ?

Le Millenium n'était ni le bon plan parfait que la nostalgie fabrique, ni une arnaque dont le retrait prouverait la mauvaise foi. C'était une offre brillante pour ses abonnés, et fragile par construction : trop généreuse pour les réseaux, les usages et l'économie mobile de 1999. Elle a dépassé les capacités de son époque, ce qui est une façon polie de dire qu'elle avait été calibrée sur des usages que personne n'avait encore vus, dans un pays où le mobile servait surtout à prévenir qu'on serait en retard.Son importance historique est réelle, à condition de ne pas lui attribuer tout ce qui a suivi.

Il a installé une idée dans la tête des consommateurs : un forfait mobile peut se payer à prix fixe, sans compter chaque appel. L'illimité s'est ensuite généralisé par étapes, au rythme des réseaux, de la concurrence et de la transformation du marché, sur une décennie entière plutôt que d'un coup.L'arrivée de Free Mobile en 2012 accélère la phase suivante : chute brutale des prix, forfaits plus généreux, modèles tarifaires traditionnels balayés. Y voir la conséquence directe d'un épisode vieux de douze ans serait hasardeux.

Mais le précédent avait montré une chose, très tôt : le mot "illimité" attire les clients autant qu'il piège l'opérateur qui n'en mesure pas encore les conséquences. Alors non, ce n'était pas une arnaque. C'était une promesse commerciale démesurée, impossible à reproduire dans les mêmes conditions.

Et la preuve qu'une opération arrêtée au bout de six semaines peut marquer une industrie plus longtemps que bien des succès. Suivez toute l'actualité des Numériques sur Google Actualités et sur la chaîne WhatsApp des Numériques Envie de faire encore plus d'économies ? Découvrez nos codes promo sélectionnés pour vous.