Derrière le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, une carte inaperçue « capture » le golfe Persique, Ormuz et la mer Caspienne dans le territoire iranien. Cette appropriation cartographique dit une ambition : réaffirmer l’emprise sur les mers du Sud face aux États-Unis, mais aussi basculer vers un axe caspien avec la Russie. De l’INSTC aux frappes sur Bandar Anzali, l’Iran cherche à briser l’encerclement et à se poser en centre incontournable de l’Eurasie.

Par le capitaine Jean-Baptiste Arrault Dans l’espace politique, une carte n’est jamais un décor anodin. Elle fait partie de la communication, elle la soutient, elle la complète. Elle en est parfois l’objet et peut aussi la faire basculer dans la propagande.

D’autres fois, la carte n’a rien à voir avec le sujet de l’intervention : elle se tient là, au second plan, et agit par elle-même, dans l’implicite. S’interroger sur la raison de sa présence et sur le message qu’elle porte n’en demeure pas moins essentiel. Car, de manière générale et sans entrer ici dans une longue discussion épistémologique, la carte doit être considérée comme un objet spécifique, exprimant un point de vue sur le monde autant que le construisant, dans une dimension profondément performative.

Il faut, comme le recommande Christian Jacob dans le sillage de John Brian Harley, précurseur de la cartographie critique, lire entre les lignes de la carte1 et la « déconstruire »2 — c’est-à-dire la saisir comme un objet rien moins que neutre ou objectif, comme un discours ayant une intention, entretenant un rapport essentiel au pouvoir et s’inscrivant pleinement dans son « arsenal intellectuel »3. C’est sous cet angle théorique et méthodologique que nous souhaitons analyser la carte du monde qui constitue l’arrière-plan de la salle de presse du ministère iranien des Affaires étrangères (MIAE) (figure 1)4. « Dans l’espace politique, une carte n’est jamais un décor anodin. » Figure 1 : allocution d’Ismael Baghaï, Téhéran, 19 juin 20265.

Venant remplacer un autre arrière-plan également intéressant utilisé depuis 2019 (figure 2), ce fond apparaît en septembre 2021 dans les conférences de presse des porte-parole successifs du ministère, Saeed Khatibzadeh (2020-2022), Nasser Kanaani (2022-2024) puis Ismael Baghaï6. Figure 2 : allocution de Saeed Khatibzadeh, Téhéran, 22 février 20217. À notre connaissance, cette carte, récurrente dans les publications iraniennes ainsi que dans les médias moyen-orientaux, russes, pro-russes, et même israéliens (plus rare dans les médias occidentaux), n’a pas encore été commentée.

Elle incarne pourtant à bien des égards les relations entre pouvoir et cartographie, car elle donne à voir une conquête cartographique des espaces maritimes situés au nord et au sud de l’Iran. Ce faisant, elle entre en résonance avec le conflit ouvert en février 2026, mettant en perspective les efforts de l’Iran pour réaffirmer son emprise sur les mers qui le bordent, le détroit d’Ormuz et le golfe Persique, bien sûr, mais également la mer Caspienne, ce qui est plus étonnant. Ce travail porte donc moins sur la guerre en cours, les échanges économiques ou la politique étrangère des puissances concernées, que sur l’emploi d’un objet cartographique dans la communication politique et sur la signification d’une carte qui affiche une ambition de type impérialiste (postulant une extension territoriale).

Sans être un spécialiste du Moyen-Orient, nous risquerons cependant quelques hypothèses sur les reconfigurations géopolitiques en cours, vers quoi cette carte semble nous guider : l’affirmation d’une centralité eurasienne de l’Iran par son alignement avec la Russie sur un axe caspien qui doit être saisi dans toute sa profondeur stratégique et géohistorique, même s’il est sans doute à relativiser. Une image iranienne de l’Iran dans le monde Le surlignage des contours de l’Iran et l’inclusion des espaces maritimes dans ce périmètre est ce qui a attiré tout d’abord le regard : visiblement, golfe Persique, détroit d’Ormuz, golfe d’Oman et mer Caspienne font partie de l’Iran. Ce surlignage opère une véritable capture géopolitique, traduit une conception hybride du territoire, associant terre et mers, et s’ajoute aux nombreuses tentatives contemporaines de territorialisation des mers par des puissances qui changent unilatéralement un nom, modifient des cartes ou construisent des îlots artificiels (« Golfe d’Amérique », « patrie bleue » turque ou ligne des dix traits chinoise…).

La carte du MIAE doit être en premier lieu reçue comme un exemple supplémentaire de cette prédation territoriale. Ce qui frappe en outre sur cette carte, c’est le contraste entre la précision et la couleur brillante des contours du territoire iranien et le traitement grossier du reste du monde (l’Espagne est collée au Maroc, la mer Noire coupée de la Méditerranée…). Ce jeu de formes et de couleurs place l’Iran dans une situation de centralité graphique et symbolique (aucun autre État n’apparaît sur cette carte politiquement neutralisée) alors que, c’est notable, le planisphère demeure européo-centré.

En revanche, même si elle est difficilement identifiable, la projection utilisée n’est pas celle de Mercator, dont les déformations sont connues, mais une projection stylisée qui corrige les inégalités de taille entre les continents. Si l’on en croit Alice Bombardier dans son travail sur les manuels scolaires iraniens, les Iraniens auraient rejeté les planisphères construits sur la projection de Mercator depuis 19798. Peut-être dans le domaine scolaire, qui est son objet, mais un arrière-plan cartographique au MIAE était bel et bien construit sur cette projection entre 2009 et 2011…9 L’étude d’A.

Bombardier n’en demeure pas moins très utile, notamment pour les exemples de cartes d’Iran qu’elle convoque, dont plusieurs associent le territoire iranien aux espaces maritimes. Bien sûr, la pratique est assez générale : imagine-t-on une carte scolaire de France sans golfe du Lion ou Manche ? Mais pourtant, cela va au-delà, comme dans cette carte de 1979 dans une leçon sur la patrie pour des élèves de primaire (figure 3).

À l’association du territoire iranien et des mers au nord et au sud, s’ajoute l’invisibilisation des voisins : pas de frontière, pas de nom, pas de couleur. Cette indétermination renforce l’identification des espaces colorés : la « patrie » iranienne se compose d’un espace terrestre (orange) et de deux espaces maritimes (bleu). Figure 3 : leçon « patrie » dans un manuel de persan de 1979 (Bombardier, 2018).

Il est certainement imprudent de généraliser à partir de ce seul exemple, mais cela suggère toutefois que l’effet d’appropriation perceptible dans l’arrière-plan du MIAE relève peut-être d’une représentation territoriale ancienne, ancrée dans l’apprentissage scolaire, participant de la construction de l’État-nation (indépendamment des régimes politiques) et plongeant aussi ses racines dans la grandeur perdue des empires perses. Elle pourrait relever dès lors autant d’une vision du monde ou d’une métagéographie10 que d’un motif de communication politique. Lire aussi : Des cartes pour comprendre le monde Golfe Persique et détroit d’Ormuz, des « territoires » iraniens Revenons à la carte du MIAE, sur laquelle l’Iran et les espaces maritimes revendiqués (visibles, délimités, mis en relief) s’opposent au reste du monde, proprement indifférencié, informe.

Mais ces espaces maritimes ne se situent pas tous au même niveau de territorialisation. Le golfe Persique et le détroit d’Ormuz, secondairement le golfe d’Oman, sont médiatiquement les plus exposés et les plus valorisés dans la communication iranienne. Et pour cause : les actions qui y sont menées quotidiennement s’appuient sur un discours d’appartenance historique du détroit et du golfe, qualifié de « persique » depuis l’Antiquité, au territoire iranien.

La polémique récurrente avec ceux qui préfèrent golfe Arabique, arabo-persique ou Golfe tout court, est finalement assez récente et, malgré des retours parfois tonitruants, peu conséquente. En Iran, le golfe et le détroit sont iraniens : c’est une représentation très largement partagée, uniquement évoquée ici pour établir un point de comparaison avec la mer Caspienne. Car de fait, le conflit actuel a permis à l’Iran de réaffirmer son emprise sur les mers du sud, peut-être comme jamais auparavant, face aux États-Unis, mais aussi face aux puissances rivales du golfe Persique.

« En Iran, le golfe et le détroit sont iraniens : c’est une représentation très largement partagée. » L’enjeu porte à la fois sur la délimitation des frontières maritimes et sur le contrôle de la navigation. On sait que l’Iran n’a pas ratifié la convention de Montego Bay et que les États-Unis n’en sont pas même signataires : le conflit en cours sur Ormuz incarne une confrontation entre la vision juridique et stratégique des États-Unis (pour qui le détroit est un espace ouvert à la libre circulation) et celle de l’Iran (qui prétend contrôler la circulation). C’est dans ce contexte que l’Autorité du détroit du golfe Persique (PGSA), créée par les Gardiens de la révolution pour gérer le trafic maritime, a diffusé une nouvelle carte d’Ormuz le 4 mai 2026 (figure 4).

Les Gardiens s’y approprient une zone de responsabilité qui inclut une large part des eaux territoriales émiraties et omanaises — ce qui a suscité de nombreuses réactions de la communauté internationale. Pour ce qui nous concerne, c’est le signe que l’Iran dispose de nombreux leviers pour marquer son territoire maritime : déclarations, minages (réels ou non), attaques de navires, bombardements de réplique, et aussi, donc, cartographie. L’Iran réussit un coup de force : en imposant sa vision géopolitique du golfe Persique et du détroit d’Ormuz, il se rétablit symboliquement après la déstructuration de « l’axe de la résistance »11.

Le détroit d’Ormuz serait plus efficace qu’une arme nucléaire, selon Dmitri Medvedev, envoyé spécial de Vladimir Poutine pour les obsèques de l’ayatollah Khamenei, dans l’avion qui le menait en Iran le 3 juillet 2026… « Le détroit d’Ormuz serait plus efficace qu’une arme nucléaire » (Dmitri Medvedev). Figure 4 : carte du détroit d’Ormuz de la PGSA, diffusée le 4 mai 202612.

C’est ce même objectif de reprise en main qu’illustrent les nombreux panneaux de propagande installés et régulièrement changés par la municipalité de Téhéran, en lien avec les Gardiens de la révolution et le ministère de la Culture et de l’Orientation islamique. Vecteurs essentiels de propagande nationale et internationale, ils collent à l’actualité (et à la doctrine !), usent de slogans multilingues et font preuve d’une grande habileté graphique. Plusieurs ont évoqué ces derniers mois la domination iranienne sur Ormuz et le golfe Persique.

Celui qui représente Donald Trump bouche cousue et bâillonnée par un chiffon épousant la forme du détroit d’Ormuz en est une parfaite illustration (figure 5). Figure 5 : panneau de propagande, Téhéran, 2 mai 202613. Mais il y en a d’autres, difficilement dénombrables, car les médias occidentaux leur donnent un écho limité.

Ils sont pourtant très représentatifs, par le texte et les images (le « terrain de chasse », le filet de pêche, le poing serré sur Ormuz…), des efforts de l’Iran pour affirmer sa pleine souveraineté sur cet espace maritime (figures 6 et 7). Ils sont de remarquables exemples de propagande cartographique14 ainsi que des éléments clés d’une guerre des récits dans laquelle l’Iran dispose d’atouts certains. Figure 6 : panneau de propagande, Téhéran, avril 202615.

Figure 7 : panneau de propagande, Téhéran, mai 202616. Le conflit de 2026 semblerait donc avoir, entre autres conséquences, celle de renforcer la volonté déjà ancienne de l’Iran de s’approprier ses marges maritimes méridionales. Lire aussi : Ormuz : la porte du pétrole La mer Caspienne est-elle un lac iranien ?

Qu’en est-il de la mer Caspienne ? On pourrait même se demander ce qu’il en est de l’espace caspien dans son ensemble, bien souvent réduit dans l’imaginaire géopolitique occidental à une simple marge entre différents ensembles politiques17, ou à un jalon dans de très anciennes relations est / ouest. La Caspienne est alors vue comme un pont entre l’Asie et l’Europe18, un élément de la Belt and Road Initiative chinoise, le tronçon maritime du Middle corridor19.

Certains auteurs estiment toutefois que sa valeur géopolitique depuis les années 1990 est plus complexe. C’est le cas de Pierre Razoux, qui la caractérise comme l’un des sept systèmes modelant la politique étrangère de l’Iran : un système orienté vers le monde russe, alors que les autres systèmes sont centrés sur l’Iran, orientés est / ouest ou articulés sur l’océan Indien (figure 8)20. Mais en tout état de cause, la Caspienne n’est jamais décrite comme une mer iranienne.

Du reste, ni son statut juridique ni son histoire ne permettraient de fonder des prétentions comme celles qui visent Ormuz ou le golfe Persique. Figure 8 : « Les sphères de la politique étrangère iranienne » (Razoux, 2018, p. 16).

Les Perses, de fait, n’ont jamais dépassé l’actuel Daghestan dans le nord Caucase, à la différence des Russes, dont les ambitions d’extension méridionale sont connues21. Ces derniers ont perçu depuis le XVIIe siècle la Perse comme une voie d’accès aux mers du sud et ont peu à peu conquis les rives de la Caspienne, devenue lac russe après la convention russo-britannique de 1907, et encore pendant la Seconde Guerre mondiale. Il est vrai que, des années 1920 à la guerre, Reza Shah était parvenu à reprendre pied sur la Caspienne et avait tâché d’intégrer cette région longtemps isolée au reste du pays22, même si l’intégration s’était déjà amorcée à la fin du XIXe siècle par l’ouverture de routes, dont la « route russe » achevée en 189923.

Le point clé a cependant été la construction du chemin de fer transiranien de 1927 à 1938 entre le golfe Persique et la mer Caspienne, dont l’importance stratégique a été confirmée pendant la Seconde Guerre mondiale pour le ravitaillement de l’URSS. Les Pahlavi s’efforcent en outre de tourner l’Iran vers la mer, au nord comme au sud, afin d’accompagner le développement de l’extraction des hydrocarbures. Mais cette dynamique s’est largement ralentie après 1979, du fait des sanctions internationales et parce que l’ambition de la marine iranienne s’est rapidement concentrée sur le maintien de capacités de blocage du détroit d’Ormuz, la priorité stratégique ayant été donnée au développement du nucléaire24.

Que la Caspienne soit incluse dans sa totalité dans les représentations officielles du territoire iranien, au même titre que le golfe Persique ou le détroit d’Ormuz, est donc inattendu. Cette carte suggérerait-elle la nécessité d’une bascule géostratégique vers le nord ? Ce qui est sûr, c’est qu’il ne s’agit pas d’un effet d’actualité : sur l’ancien arrière-plan du MIAE, l’appropriation cartographique des mers était de fait déjà réalisée (figure 9).

L’Iran y apparaît aux couleurs de son drapeau et les espaces maritimes sont colorés différemment des autres mers et océans. L’effet produit est donc très proche de celui de la carte actuelle. Figure 9 : détail de l’ancien arrière-plan du MIAE, derrière Saeed Khatibzadeh, le 8 mai 2021.

Mais on ne peut se contenter de cette seule comparaison, et il reste beaucoup à préciser sur l’émergence de cette représentation territoriale, ainsi que sur l’identité de ses promoteurs et leurs ambitions. Pour ce qui est du MIAE, l’installation d’un arrière-plan cartographique semble dater de 2009, quand Ramin Mehmanparast était porte-parole (2009-2013)25, mais, sur ce premier fond (de projection Mercator), il n’y a pas de différence entre les mers « iraniennes » et les autres. En revanche, cela change début 2011, dans un contexte géopolitique particulièrement tendu pour l’Iran, ce qui n’est certainement pas anodin26.

Hors du champ diplomatique, cette représentation semble connaître aussi une certaine faveur. Voici par exemple une image publiée sur le site de l’Iranian Student News Agency en 2017, illustrant un bilan provisoire du document stratégique Vision 2025 publié en 2005 (figure 10). Figure 10 : bilan du plan Vision 2025 (isna.ir, consulté le 25 juin 2026).

Sur cette image, l’Iran est à la fois au centre d’un planisphère effaçant l’Amérique du Nord et se substitue au globe lui-même, avec un axe de rotation passant par Ormuz et la Caspienne… Il ne s’agit que d’un exemple isolé, mais il paraît cependant révélateur de ce qui se joue actuellement entre l’Iran et ses espaces maritimes. À noter que le même type d’image se retrouve aussi sur des supports de communication de l’opposition iranienne : pins, badges, bijoux, etc., associent la même vision du territoire iranien et d’anciens symboles zoroastriens ou nationaux actuellement mobilisés par les partisans de Reza Pahlavi (figure 11).

Il semblerait que cette ambition d’hégémonie maritime régionale relève d’une forme de nationalisme iranien transpartisan, en partie métagéographique. Figure 11 : exemples d’objets patriotiques d’opposition repérés sur le site d’e-commerce Etsy le 30 juillet 2026. Le statut de la Caspienne serait peut-être, pour finir sur ce point, en train de se différencier de celui d’Ormuz et du golfe Persique, comme pourrait le laisser penser le bandeau cartographique illustrant la page d’accueil du site Internet du MIAE (figure 12).

Car, si on y retrouve les mêmes éléments graphiques que sur l’arrière-plan de la salle de presse (monde stylisé et grisé, Iran aux contours précis et mis en avant par le contraste de couleurs et l’ombrage), on observe aussi que la Caspienne, quasi entière, est représentée dans la continuité de la portion continentale, alors que le golfe Persique et le détroit d’Ormuz sont ici « détachés » du territoire. Figure 12 : illustration du site Internet du MIAE (en.mfa.ir, consulté le 21 avril 2026). Erreur de graphiste ou indice qu’il se joue quelque chose de particulier au nord de l’Iran ?

Lire aussi : Eurasie : vers une nouvelle route de la soie ? La Caspienne dans le renforcement de l’axe russo-iranien (2022-2026) Redisons-le, nous posons seulement ici quelques hypothèses au sujet d’un élément de communication politique généralement inaperçu, mais dont la récurrence sous différentes formes et dans différents contextes ne laisse pas d’être surprenante. Il ne s’agit pas pour l’Iran de ressusciter une glorieuse histoire caspienne, ni de prétendre à une domination effective de la Caspienne (pour l’heure absolument hors de portée).

Mais il y a bien une ambition caspienne, que Mohammad-Reza Djalili décrivait dès 1997 en notant comment, après plusieurs siècles de recul face aux Russes, l’Iran reprenait pied au XXe siècle dans cette région, tout spécialement après la chute de l’URSS, que ce soit sur le littoral ou sur la Caspienne elle-même, auprès des nouveaux États d’Asie centrale ou de la Russie, qui devient progressivement un partenaire27. L’espace caspien, de fait, s’est singulièrement complexifié depuis 1991 : le nombre de riverains est passé de deux à cinq (Russie, Iran, Kazakhstan, Azerbaïdjan et Turkménistan), ce qui a rendu toute coordination très compliquée. Il a ainsi fallu deux décennies pour définir un cadre juridique qui satisfasse les différentes parties, la convention du 12 août 2018 établissant finalement un statut hybride pour la Caspienne, au regard de la convention de Montego Bay, entre le modèle de la mer et celui du lac.

De fait, les enjeux pour la pêche, les hydrocarbures et le passage des conduites et câbles sous-marins étaient considérables, et il s’agissait de trouver un compromis : les fonds marins sont découpés en secteurs nationaux, les eaux de surface demeurent en usage partagé (avec interdiction de navigation pour des navires militaires de pays tiers). On pourrait donc imaginer qu’une telle appropriation cartographique serait propre à attiser des tensions avec les autres États riverains. C’est peut-être le cas, mais cela n’apparaît pas au premier abord.